Abdou Zoure
8 Juillet 2009
Acte de terrorisme ou bavure de l'armée algérienne ? Si la sépulture des sept moines français assassinés à Tibéhirine en Algérie en 1996 avait le don de la parole, que d'ombres et de flou seraient levés ! Le massacre avait été revendiqué par le GIA (Groupe islamique armé) le 21 mai 1996. Puis, en juin 2009, l'ancien Attaché de défense à l'ambassade de France à Alger à l'époque, le général François Buchwalter, déclarait au juge d'instruction Alain Marsaud, en charge de l'affaire depuis 2004, que ce massacre aurait été plutôt le fruit sanglant d'une bavure de l'armée algérienne. Conséquence : il y a une anguille qui se terre soit sous la roche française soit sous celle algérienne.
Une anguille que Nicolas Sarkozy a décidé de pêcher pour la faire cuire dans la casserole de la vérité, et ce depuis le mardi 7 juillet 2009, lors d'une conférence de presse en compagnie de son homologue brésilien, Lula Da Silva. "Les relations entre les grands pays, elles s'établissent sur la vérité et non sur le mensonge", a-il déclaré. Et pour casser la coque de ce mensonge afin d'en extraire la noix de la vérité, il compte utiliser le bâton de la levée du secret de défense qui protégeait jalousement les documents qui contiendraient des informations sur ce qui s'est réellement passé lors de cet acte de barbarie.
Mais si ces documents confirment effectivement que l'assassinat était le fruit d'une bourde de la Grande muette algérienne, des questions vont arriver au galop. Si les autorités françaises étaient au courant de cette bavure, pourquoi se sont-elles tues comme des carpes ? Pourquoi le GIA a-t-il endossé la responsabilité du carnage ? Aurait-il été manipulé par l'armée algérienne ? Il faut souligner que dans tous les deux cas, Sarkozy nagerait dans une eau boueuse dont les éclaboussures le laisseraient aussi propre et sec qu'un os exposé en plein Sahara. D'une part, s'il s'avérait que la France avait les mains tachées par le sang des moines, il s'empresserait de désigner les mains du chauffeur qui était aux commandes de la locomotive française à l'époque, en l'occurrence Jacques Chirac.
D'autre part, si l'Algérie n'avait pas non plus les mains propres, Sarkozy secouerait, une fois de plus, sa cape de Zorro redresseur de torts. Mais avant d'en arriver là, il faudrait d'abord qu'une lumière éclaircisse cette affaire qui baigne jusqu'à présent dans un labyrinthe rempli d'obscurité. Malgré la bonne volonté du président français, il peut arriver qu'une fois le secret d'État levé, les documents tant protégés ne révèlent qu'une partie des informations. L'autre partie du puzzle se trouvant entre les mains des autorités algériennes, il est à parier que les relations entre les deux États vont grincer des dents. Mais s'il est vrai qu'une omelette ne provient que d'un oeuf cassé et que la vérité ne vient au monde sans que les yeux ne rougissent, il faudra bien passer par là pour qu'enfin on soit situé sur les véritables auteurs de ce carnage d'il y a maintenant 13 ans.
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