Par Jacques Doo Bell
9 Juillet 2009
opinion
La grande région du Centre, à travers ses élites et, dit-on l'ensemble de ses forces vives, s'est donnée en spectacle mardi, 7 juillet.
Avec pour chef d'orchestre M. Réné Sadi, secrétaire général nommé du comité central du Rdpc et, depuis le 30 juin, ministre chargé de mission à la Présidence de la République. Il s'agissait pour M. Sadi, d'une rencontre devant permettre au beau monde présent mardi à l'hôtel Mont Fébé, de partager leurs analyses, échanges et d'harmoniser leurs vues sur des sujets et des enjeux importants liés à la vie nationale, au climat socio-politique qui prévaut dans le pays, et particulièrement dans la région du Centre. Sujets et enjeux qui, selon le maître et initiateur de la rencontre appelent " une prise de position concertée, assumée et sans équivoque des élites et notabilités du Centre ".
De prime abord, il s'agissait pour le Sg du Rdpc et tout nouveau ministre chargé de mission à la présidence de la République de poser un acte politique majeur dans un contexte sulfureux, marqué comme il l'a si bien précisé par cet autre memorandum Beti qui fustige " l'infidélité " de Paul Biya à ses oncles, tantes, cousins et cousines beti. Un contexte marqué également par la publication du rapport sur la fortune du chef de l'Etat et son fils aîné.
Dans un tel contexte et sous nos cieux, qui pouvait ne pas répondre présent à l'appel de M. Réné Sadi. Nombre d'entre eux étant des personnes occupant des fonctions qu'elles doivent au parti au pouvoir. Dans nos pays, il faut savoir respecter les codes, les convenances, les usages et ménager les susceptibilités. Car le courage est une affaire de viscères, il ne s'apprend pas. Même les auteurs du fameux memorandum contesté y étaient présents. Avec l'intime satisfaction d'avoir fait passer un message fort, bien que anonyme. Leur mémorandum a néanmoins le mérite d'avoir porté sur la place publique les récriminations de cette région, siège des institutions républicaines. Pour ce qui est du rapport du Ccfd, nous en avons suffisamment parlé pour ne plus insister dessus.
La vérité de la rencontre du 7 juillet qui a accouché d'une déclaration dite de Yaoundé invitant Paul Biya à se représenter à la présidentielle de 2011 est qu'il s'agit d'une grande manifestation d'hypocrisie à laquelle les politiciens camerounais sont orfèvres. Un tissu d'hypocrisie tissé par des " exégètes " qui croient peu ou prou en leur propre " profession de foi ". Il vaut mieux se faire hara kiri que se singulariser dans un tel mouvement collectif par son absence ou par une note discordante. Tous étaient là, tous ont applaudi, mais bien peu y adhérent corps et âme. Faut-il rappeler que dans l'histoire des motions de soutien au Cameroun, on a vu en 1984, un certain colonel Sale Ibrahim signer la motion de soutien des élites du Mayo Banyo en faveur de Paul Biya. Il figurait quelques semaines plus tard, à tort ou à raison, parmi les militaires felons du 6 avril de la même année.
Tout récemment encore, à Libreville, au Gabon, parmi les prétendants à la succession d'Omar Bongo Ondimba figurent des personnalités qui ne juraient que par le président défunt il y a encore quelques semaines. " Des candidatures dont certaines font rire " analyse Jean Ping, ancien ministre gabonais des Affaires étrangères, président actuel de la commission de l'Union africaine. Le Rdpc et tous les apparatchiks qui s'en réclament offriront le même spectacle un jour car, comme l'avait dit François Miterrand " en politique, on n'est le père de personne On a quelques amis, deux ou trois disciples. Mais des enfants, jamais ".
Le moins que l'on puisse dire c'est que Réné Sadi a donné un spectacle digne des sombres années du nazisme (1936 - 1945) jusqu'à l'effondrement du IIIe Reich. Plus de 60 ans après, on n'a honnêtement plus besoin de ce genre de manifestations. Et qu'elles soient l'oeuvre de personnalités aussi représentatives que celles qui ont brillé par leur assiduité et leur suivisme mardi dernier au Mont Fébé hôtel, cela confirme une fois de plus que le Cameroun a un problème d'éthique et de qualité des hommes.
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