Alain Njipou
9 Juillet 2009
Des organisateurs d'évènements culturels ou sportifs associent des célébrités à leurs concepts en guise de caution morale et financière.
Depuis quelques temps, des organisateurs d'évènements à caractère culturel, sportif, social et autres semblent avoir trouvé une panacée en greffant à leurs concepts des noms des célébrités. Dès lors, il ne se passe plus de festivals ou d'évènements sans le parrainage d'une tête couronnée, d'une vedette ou d'une icône dont la renommée et parfois le matelas financier, bien épais, sert d'appuis à ces organisateurs forcément ingénieux. Si ces stars acceptent volontiers d'associer leur image à ces manifestations, il n'en demeure pas moins vrai qu'elles ont d'autres motivations et bénéficient ipso facto d'un coup de publicité. Quelques clichés. "C'est pour moi un motif de fierté de m'impliquer dans cette manifestation. C'est une manière d'apporter ma contribution à l'encadrement de mes cadets"
Ainsi s'exprimait Eric Djemba Djemba, international camerounais de football, comme pour justifier son implication dans le festival des arts et de la culture banen (Fescuban) dont l'un des temps forts est le tournoi de football qui porte son nom. Au mois de décembre 2009 à Yingui, des jeunes gens vont rivaliser de talents et d'adresses dans le cadre du tournoi de football labellisé "Tournoi Djemba Djemba". Le Lion Indomptable, via espèces sonnantes et trébuchantes et sa caution morale entend ainsi oeuvrer à l'encadrement de ses cadets qui ne bénéficient pas toujours d'un cadre d'expression approprié pour faire éclore leurs génies. En outre le comité d'organisation de ce festival, à coup sûr, grappillera quelques subsides auprès du Lion Indomptable, lesquels lui permettront de finaliser certains aspects du programme. Toutes choses qui semblent à priori normales, d'autant plus que le footballeur est un fils banen et donc concerné.
Récemment, l'artiste Papillon, bien connu dans les milieux du show biz pour ses nombreux coups tordus, a célébré en grandes pompes ses 20 ans de carrière musicale avec comme guest star l'increvable Manu Dibango. N'eût été l'entregent de cette icône de la musique africaine, vénérable ambassadeur du makossa dans le monde entier, le spectacle de Papillon à Douala Bercy où étaient conviés entre autres Georges Seba, Marthe Zambo , n'aurait pas eu lieu à cause d'une histoire d'argent que Mota Nguina n'aurait pas versé entièrement à un prestataire. Ce dernier était déterminé à en découdre avec l'artiste. Papillon a eu de la sueur froide après avoir négocié âprement auprès des forces de l'ordre venues à Douala Bercy pour l'embarquer manu militari. Manu Dibango a dû user de son aura pour étouffer l'affaire et finalement sauver son jeune frère d'un fiasco retentissant.
Soutenir l'initiative
Autre lieu autre parrainage. La semaine culturelle et traditionnelle de Mambine, une bourgade enfouie dans l'arrondissement de Matomb, département du Nyong et Kellé, s'est déroulée au mois de février 2009 sous le parrainage du cinéaste camerounais, Basseck Ba Khobio, lequel depuis 2006 apporte sa caution et son soutien à un rendez-vous culturel en passe de devenir une institution. Pour le cinéaste, "la conservation et la mise en valeur de notre patrimoine culturel est une préoccupation à laquelle je ne saurais me soustraire" avait-il déclaré à Mambine. C'est dire combien de fois, de sa posture d'homme de culture, il ne ménage aucun effort pour soutenir une initiative qui a le mérite de mettre en valeur le patrimoine culturel matériel et immatériel d'un peuple disséminé dans 13 villages et dont l'essence identitaire est en voie de disparition.
Au plan social, des initiatives bénéficiant du parrainage de grosses légumes sont légion. Le 30 mai 2009, l'association Mbog- Bakogo installait l'ambassadeur itinérant Albert Roger Milla comme président d'honneur de leur structure. En fait, une casquette qui n'est pas différente de celle de parrain ou de sponsor ou encore d'éclaireur. D'ailleurs, le Vieux Lion l'a compris ainsi. "En me nommant président d'honneur de l'association Mbog- Bakogo du Wouri, l'élite de mon canton a fait confiance à un homme qui tient au développement du canton. Je ferais tout mon possible avec l'aide de Dieu pour que les Bakoko du Wouri aient leur mot à dire dans le Grand sawa" a-t-il soutenu en jurant la main sur le coeur de ne pas faillir.
De même, au mois de juin 2009, l'Association camerounaise pour le marketing social (Acms) a initié le projet Universal access to female condom (Uafc) qui ambitionnait de contribuer à la réduction du nombre de nouvelles infections au Vih et de grossesses non désirées par la vulgarisation et la distribution du préservatif féminin. Comme parrain du projet, Fally Ipupa encore appelé Di Cap La merveille, artiste Congolais à la réputation établie, a accepté faire le déplacement de Douala où il a eu aussi à parrainer la première édition de "La Nuit des icônes".
Préoccupations existentielles
Sur le choix de cet artiste, les responsables de l'Acms ont affirmé que "la star est pétrie de talent. Il a un look ravageur qui a conquis les scènes africaines par l'originalité de son style et la qualité de ses prestations. C'est un porte-voix pour les causes nobles ". Sans surprise, Fally Ipupa a posé sa voix, avec les autres artistes et personnalités sur la chanson de promotion du préservatif féminin au Cameroun. Tout comme son image a été associée au clip vidéo réalisé à cet effet.
Comme on le voit, le parrainage, à défaut de servir les organisateurs uniquement, loin d'apparaître seulement comme un outil de marketing personnel, est une passerelle qui permet aux célébrités d'être plus proche des préoccupations existentielles des populations. A condition que cette proximité ne soit dévoyée par des desseins ambigus, peu ou prou orthodoxes.
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