Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Jean Nkuete - « Démarrage imminent d'une banque agricole au Cameroun »

Propos recueillis par Laurent Abah et Monica Nkodo

10 Juillet 2009


interview

Au lendemain du conseil des ministres du 26 juin dernier, le vice Premier ministre, ministre de l'Agriculture et du Développement rural, Jean Nkuete annonce les mesures prises pour accélérer la croissance du secteur agro-pastoral et la consolidation de la sécurité alimentaire.

Quels sont les chantiers urgents dont on peut avoir les résultats dans les 100 jours pour ce qui est du secteur agricole ?

Avant de m'appesantir sur les chantiers urgents de mon département ministériel, permettez-moi de rappeler les cinq fonctions essentielles et vitales qu'assure le secteur agricole. Il s'agit de :

- garantir la sécurité alimentaire des ménages et de la nation ;

- contribuer à la couverture des besoins alimentaires des pays voisins, compte tenu de la forte demande de la sous-région ;

- approvisionner le pays en devises grâce aux exportations ;

- contribuer à la réduction du chômage rural à travers la création d'emplois ;

- contribuer à la paix et à la stabilité sociale.

Ces cinq fonctions, qui constituent les conditions de base d'un développement économique durable, font de l'agriculture un des secteurs où les investissements devraient être concentrés prioritairement, au même titre que les autres secteurs productifs à forte valeur ajoutée. Et c'est à juste titre que le Chef de l'Etat a fait de ce secteur, l'une des priorités de son action.

Pour ce faire, le ministère dont j'ai la charge a pris un certain nombre de mesures et d'actions d'accompagnement de la production agricole et a mis en chantier un certain nombre de projets et programmes permettant, au cas où les moyens nécessaires sont disponibles à temps, d'avoir des résultats concrets à court et à moyen termes, je citerai :

- Le renforcement du financement de l'agriculture par le développement de la micro-finance en cours renforcé par le démarrage au mois de septembre prochain du Projet d'appui au développement de la micro-finance (Padmir), et surtout, la mise en place de la Banque agricole dont l'étude terminée au niveau du Minader, a été transmise au ministère des Finances pour la coordination de la poursuite du processus;

- Le soutien de l'Etat au prix des intrants, l'accélération du processus de libéralisation du marché des engrais, la création d'un fonds de soutien aux engrais et la mise en place des unités locales de fabrication des engrais pour lesquelles les contacts sont en cours avec les promoteurs ;

- Le renforcement des effectifs du personnel d'encadrement du Minader qui a subi, comme d'autres ministères, les effets dégressifs du non recrutement et des départs à la retraite, effets ayant tendance à ralentir la dynamique du ministère au moment où, au contraire, il faut à tout prix l'impulser ;

- La redynamisation de l'animation de la production par le renforcement du fonctionnement des comices régionaux et départementaux ainsi que la reprise de l'organisation des comices agro-pastoraux nationaux en commençant par celui d'Ebolowa en cours de préparation au niveau du Minader et qui se tiendra avant 2011 ;

- Le renforcement de la mécanisation et la promotion des moyennes et grandes exploitations agricoles ;

- Le développement du Programme d'appui à l'installation des jeunes agriculteurs par le renforcement des sites pilotes existants (Nlobesse'e et Wassande) et l'extension de l'expérience dans d'autres localités du pays ainsi que l'appui à l'installation des jeunes sur leurs sites propres ;

- L'incitation des paysans à s'intéresser davantage à la production des céréales et autres productions à graines ainsi que la nécessité de la constitution des stocks de sécurité et de régulation par le renforcement des activités de l'Office céréalier et l'extension de ses activités sur toute l'étendue du territoire national ;

- Le renforcement de la facilitation de l'évacuation des produits agricoles et l'accès au marché par la construction et la mise en place des magasins de stockage, des infrastructures de conservation des produits, la construction des marchés ruraux et par la priorisation des grands bassins de production dans la réalisation des pistes agricoles et des grands axes routiers.

Qu'en est-il de la mise en oeuvre du plan d'urgence d'accroissement des productions agricole élaboré par le Minader suite à la crise alimentaire ?

Sa mise en oeuvre doit se faire à travers les projets et programmes concentrés sur les unités de production des produits stratégiques en cours d'exécution que sont :

- Le programme national de développement des racines et tubercules.

- Le projet d'appui à la riziculture dans la vallée du Logone.

- Le programme national d'appui à la filière maïs.

- Le programme de développement des palmeraies villageoises.

- Le projet d'appui à la production de la pomme de terre.

- Le programme de relance de la filière plantain

Pour la filière rizicole, il convient de signaler qu'en plus de l'UNVDA, de la SEMRY et des périmètres de Lagdo, des contacts sont en cours avec des promoteurs privés notamment l'Inde et la Chine, pour le riz pluvial dans les localités de Tonga, Limé et de Santchou et dans l'ensemble du territoire national afin de valoriser de nombreux bas-fonds dont regorge notre pays. Le projet « Mont Mbappit », sous financement de la Banque internationale de développement (BID), s'exécute de façon satisfaisante et développe la production de riz dans la plaine de Baigom. Dans le cadre de la coopération entre le Cameroun et la Chine, le projet IKO de Nanga Eboko est en train de mettre en place 2 000 hectares de riz et 4 000 hectares de manioc, les contraintes foncières auxquelles cette société était confrontée étant levées. La réhabilitation de l'outil de production de la SEMRY est en cours et permettra de relancer les activités dans les périmètres de Yagoua. Enfin en collaboration avec le gouvernement du Japon, un vaste programme de développement de la riziculture est en cours d'élaboration dans le cadre de la « Coalition pour le développement de la riziculture en Afrique-CARD »

Qu'en est-il de la filière palmier à huile ?

Pour la filière palmier à huile, en dehors de la deuxième phase du Programme de développement des palmeraies villageoises dont l'action visera désormais les grands bassins de production pour éviter le saupoudrage, une convention est en cours de finalisation avec l'investisseur américain SITHE GLOBAL pour la mise en place de 5 000 hectares de palmiers à huile dans le Sud-Ouest. De même, des discussions sont en cours avec la société PAMOL pour un appui du Minader en vue de l'extension de ses activités dans la zone de Bakassi par le développement de 5 000 hectares de palmiers à huile.

Par ailleurs, le ministère de l'Agriculture et du Développement Rural vient d'élaborer un projet d'appui à la compétitivité agricole. Ce projet a été négocié avec succès avec la Banque mondiale, programme devant s'intéresser à certaines filières à haut impact de sécurité alimentaire (Riz, maïs, manioc, bananier plantain, palmier à huile), mais aussi à l'amélioration de l'accès aux marchés par les producteurs, pour un montant d'environ 60 000 dollars US. Le démarrage de ce projet est prévu au mois de septembre 2009. Un programme d'appui au développement des filières agricoles (riz et oignon) est en cours de négociation avec le FIDA et devrait démarrer en 2010.

Après la polémique de la filière maïs, quelles sont les dispositions pratiques prises au Minader pour satisfaire la demande pressante ?

Le maïs est l'une des céréales les plus importantes dans l'alimentation humaine, animale et industrielle du Cameroun et des pays voisins. La quasi-totalité des zones agro-écologiques du Cameroun sont globalement favorables à la culture du maïs grâce à des systèmes de production appropriés. Si la demande en alimentation humaine est dans sa quasi-totalité assurée par la production locale, il faut noter que les besoins des brasseries et des provenderies ne peuvent être entièrement couvertes pour le moment que par les importations complémentaires ; mais d'ores et déjà, une attention particulière est accordée par le Minader à cette culture à travers plusieurs actions :

- un programme national d'appui à la filière maïs, financé sur fonds PPTE est opérationnel au Minader depuis plusieurs années, avec pour composantes l'appui à la multiplication des semences améliorées de maïs, la structuration des organisations de producteurs de maïs, et le financement de la production du maïs ;

- le Minader accorde chaque année des appuis directs aux Groupes d'initiatives communes (Gic) parmi lesquels les producteurs de maïs sont privilégiés ;

- le projet d'appui à l'installation des jeunes agriculteurs et notamment dans le site pilote de Wassandé a accordé une place de choix au maïs ;

- la réorientation des appuis du programme national d'appui à la filière maïs qui accordera désormais plus d'attention en termes d'appui aux moyens et grands exploitants ;

- la signature récente d'une convention de financement entre le Cameroun et l'Inde destinée à soutenir la production de 5 000 hectares de maïs, 5 000 hectares de riz et 5 000 hectares de manioc ;

- l'exploitation des terrains de l'ex SODELBE pour la culture de 3 000 hectares de maïs avec la signature de convention de partenariat avec des opérateurs économiques privés constitués en organisations de producteurs.

- les contacts similaires sont en cours avec d'autres pays tels que la Chine, l'Inde et l'Italie.

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