Le Soleil (Dakar)

Afrique: Panaf 2009 - Alger fait un gros plan sur le cinéma africain

Modou Mamoune Faye

10 Juillet 2009


Le programme cinéma de la deuxième édition du Festival culturel panafricain d'Alger (Panaf) est très riche. Des rétrospectives et panoramas sont présentés à l'occasion d'un festival international dédié au septième art africain.

En 1969, lors de la première édition du Festival culturel panafricain d'Alger (Panaf), le cinéma africain en était à ses premiers balbutiements. La capitale algérienne a servi de rampe de lancement à des futurs grands du septième art africain comme Mahama Johnson Traoré, Ahmed Rachedi, Ousmane Sembène ou Mohamed Lakhdar Hamina. Quarante années plus tard, le Panaf 2009 veut perpétuer la tradition. Un Festival international du cinéma a démarré lundi et va s'achever le 19 juillet prochain. Au programme, des dizaines de films africains réalisés au cours de ces cinquante dernières années.

Longs-métrages, courts-métrages, moyens-métrages et documentaires sont présentés dans les sections Panorama, Pionniers, Yennenga d'or, Coproduction avec l'Algérie et la Diaspora. « C'est l'histoire de la narration africaine vue sous l'angle de la diversité. Il s'agit de réfléchir sur notre cinématographie, de s'arrêter un moment et de voir ce qui a été fait durant ces cinq dernières décennies », nous explique le réalisateur de la République démocratique du Congo (RDC), Balufu Bakupa Kanyinda. Avec Mahama Johnson Traoré, il a élaboré et ficelé le volet Cinéma du deuxième Panaf.

« Notre rôle de consultant, Johnson et moi, a été d'ajouter nos connaissances à celles des Algériens pour offrir le catalogue le plus large possible des films africains de ces cinq dernières décennies. C'est vraiment une anthologie du septième art africain qui est présentée à ce Panaf. Nous avons également bénéficié de l'appui de spécialistes de la diaspora comme Manthia Diawara qui est professeur d'université à New-York », poursuit Balufu. Une analyse intellectuelle sera également proposée sur le cinéma africain car, selon le réalisateur de la RDC, les écrits et réflexions sur les oeuvres cinématographiques africaines sont très souvent l'oeuvre d'Occidentaux avec tout ce que cela comporte comme préjugés et oeillères.

ENCOURAGER LA COPRODUCTION SUD-SUD

Des centaines de films sont ainsi au programme, allant de « Afrique sur Seine » du Sénégalais Paulin Soumanou Vieira (réalisé en 1957 et considéré comme le premier film africain) à « Mascarades » de l'Algérien Lyès Salem (2007) en passant par le documentaire « Mère-bi » de Ousmane William Mbaye du Sénégal (2008), « Silmandé » de Pierre Yaméogo (Burkina Faso, 1998) ou « Tabataba » du Malgache Raymond Rajaonarilevo (1988). Le clap de début a été donné lundi après-midi à la salle Ibn Zeydoun de l'Office Riadh El Feth devant les autorités algériennes et des cinéastes africains dont le réalisateur sénégalais Thierno Faty Sow qui se dit fier d'être invité à Alger.

« A mon avis, cette rencontre est comme une évaluation de l'impact de notre cinématographique du début des années 1960 à nos jours. Cela va nous pousser à aller vers une autre démarche, non pas pour balayer l'ancienne génération comme semblent le vouloir certains jeunes réalisateurs, mais pour donner une autre impulsion au cinéma africain dans son ensemble », nous a confié Thierno Faty Sow, rencontré dans le hall de l'hôtel El Aurassi où logent la plupart des invités du Panaf 2009. Selon lui, il faut que les décideurs et les acteurs du septième art insistent sur le volet de la distribution afin que les oeuvres soient disponibles et visibles dans toutes les parties du continent. « Il faut également trouver d'autres perspectives et encourager la coproduction Sud-Sud », explique le co-réalisateur, avec Ousmane Sembène, de « Camp de Thiaroye ».

Le Panaf de 1969 avait été un déclic pour la Culture africaine, particulièrement pour le cinéma. « C'est d'ici que tout est parti : la Fédération panafricaine des cinéastes, les festivals de Carthage et de Ouagadougou, etc. Il y a quarante ans, il y avait un désir réel de panafricanisme à Alger avec des idées chères à Frantz Fanon et à d'autres précurseurs », analyse Balufu Bakupa Kanyinda. Il estime que 2009 doit être le début de la prise de conscience des Africains dans leur représentation. « Il faut sortir de l'approche coloniale pour aborder une approche plus africaine, tout en intégrant des nouveautés comme la révolution digitale et l'outil numérique », estime le réalisateur de « Juju Factory ».

Liens Pertinents

Durant la deuxième édition du Panaf, l'Algérie va poser les jalons d'un fonds de financement du cinéma africain qui aiderait les professionnels à trouver des moyens pour concrétiser leurs projets. C'est ainsi que quatre projets de long-métrage et quatre autres pour les courts-métrages seront sélectionnés pour bénéficier d'un apport substantiel. Dans la même lancée, dix courts-métrages ont été financés par les autorités algériennes et tournés par des cinéastes comme Mama Keïta (Guinée), Gaston Kaboré (Burkina Faso), Nouri Bouzid (Tunisie), Balufu Bakupa Kanyinda (RDC), Abderrahmane Sissako (Mauritanie), etc. Tous ces réalisateurs ont donné leur vision sur l'Afrique d'aujourd'hui. Les oeuvres seront présentées à Alger dans le cadre du Panaf 2009.

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