La Presse (Tunis)

Tunisie: Agriculture - Quand certaines céréales sont plus les bienvenues que d'autres

Raouf Seddik

10 Juillet 2009


La moisson bat son plein. Dans beaucoup de régions du Nord du pays, les résultats sont plus que satisfaisants, et cela se traduit par un certain encombrement dans les centres de collecte.

La dernière majoration décidée en début de saison concernant les prix des céréales avait porté exclusivement sur le blé dur : les autres céréales, soit le blé tendre et l'orge, ainsi que le triticale avaient été maintenus à leur niveau de prix de l'année précédente. C'est sans doute cela qui explique que les livraisons de blé dur sont particulièrement importantes, comparées aux autres céréales.

Il faut pourtant rappeler qu'il n'y pas si longtemps, nous avons vécu une pénurie des céréales destinées à l'alimentation animale. Tout cela semble un peu loin dans les esprits, si l'on en juge par l'attitude dédaigneuse de nombre de responsables de centres de collecte lorsqu'il s'agit de recevoir de l'orge ou du triticale.

L'entrée en scène des minotiers comme nouveaux vis-à-vis des agriculteurs, à côté ou en remplacement des anciennes «coopératives» spécialisées dans la collecte, est actuellement le thème qui suscite le plus de commentaires et de spéculations de la part de la profession des céréaliculteurs. Des inquiétudes aussi, bien sûr, comme tout ce qui est nouveau.

Mais ce qui attire l'attention, c'est que les difficultés que l'on oppose à la réception des céréales secondaires, comme l'orge et le triticale ne concernent pas que les nouveaux acteurs privés. Dans les anciennes structures, les agriculteurs s'entendent dire qu'il n'y a pas de place, qu'il faut attendre, que le taux d'humidité trop élevé peut causer le refus de la marchandise, que l'appareil qui permet de les acheminer à l'intérieur des silos est en panne ou non disponible Une multiplicité de causes qui en dit long sur l'embarras des centres de collecte et, bien plus encore, par ricochet, sur celui des agriculteurs qui doivent improviser des solutions pour la liquidation d'une partie de leur récolte.

Cette situation prête à réflexion dans la mesure où les messages qui parviennent à l'agriculteur comportent quelque chose de contradictoire. Car les encouragements concernant la production de blé dur n'ont jamais signifié qu'il fallait renoncer à l'orge ou au triticale, dont le pays garde un besoin pressant pour répondre aux besoins du secteur de l'élevage. Que signifie donc le fait que le producteur se sente comme empêché au moment d'écouler sa marchandise, et qu'il ait ainsi à subir tous les faux-fuyants des responsables des centres de collecte?

Le problème qui se pose ici est celui de la cohérence des dispositions pratiques dans la mise en oeuvre d'une stratégie globale. L'agriculteur, et c'est encore une des nouveautés de la saison, est désormais soumis à une politique plus stricte de qualité qui le pénalise au niveau du prix de référence pour tout élément indésirable (mitadinage, grains maigres, impuretés ), et sans pouvoir espérer, comme auparavant, de bonifications dans le cas où son produit est de bonne qualité.

Il appartiendrait pourtant aux centres de collecte d'observer eux-mêmes des règles de qualité au niveau de leur organisation, de manière à ne porter atteinte ni à la motivation des agriculteurs, ni à la bonne mise en oeuvre d'une stratégie céréalière qui, répétons-le, est globale: donnant une grande importance à la question de la quantité et de la qualité en matière de production de blé, mais ne négligeant pas d'autres céréales dont le passé récent nous a montré à quel point leur manque pouvait créer des déséquilibres au niveau de notre agriculture et, au-delà, du bon fonctionnement du marché et des conditions de son approvisionnement.

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