Kinshasa — Bouclier de l' Etat contre les menaces extérieures, l'armée en République démocratique du Congo est en pleine restructuration. Dans son émission « 30 minutes avec », Télé 7 a profité du passage du professeur Mwayila Tshiyembe à Kinshasa (RDC) pour aborder cette question. Au cours de l'interview, le directeur de l'Institut géopolitique panafricain s'est penché sur la vision d'une armée républicaine pour le Congo, notamment ses objectifs, ses missions et ses stratégies. Il propose à la RDC, pour former une armée dissuasive, de solliciter un partenariat stratégique avec les Etats-Unis d'Amérique.
On constate depuis longtemps qu'il n'y a pas d'armée depuis 1996, au début de la guerre de l'Est. On est parvenu à casser l'armée de Mobutu Quelle armée faut-il aujourd'hui pour le Congo ?
Au Dialogue intercongolais, il est apparu une idée, assez géniale, celle de penser qu'il fallait aller vers une armée dite républicaine. L'armée républicaine est une capacité de sécurité et de défense, distincte des hommes et des femmes qui en ont la charge mais qui a la vocation d'assurer la liberté, la sécurité des institutions de la République et de la sécurité des personnes et des biens. Donc, cette option qui me paraît innovante par rapport à l'ancienne armée nationale, qui n'avait que la notion de dire que l'armée est le porte-étendard de la nation, ceci ne suffisait pas. Et, les Congolais avaient compris qu'au-delà de la nation, il faut la République. Donc, l'armée doit-être le porte-étendard de la République, c'est-à-dire le lieu de défense de la République, de la liberté, de la responsabilité, de l'intégrité territoriale et de la sécurité des personnes et de leurs biens. C'est pour cela que cette idée était saluée par tout le monde. Et pour l'instant, j'en conviens avec vous, cela fait un temps qu'on en discute mais on n'est pas encore arrivé au bout. D'ailleurs, il eût été incongru de penser qu'il suffisait tout simplement d'avoir une idée géniale pour que le lendemain elle soit mise en oeuvre.
C'est une route de longue haleine, encore faut-il qu'il faille commencer par se poser des questions. Ce qui n'est pas encore le cas aujourd'hui.
Pendant cette période, la communauté internationale avait proposé à la RDC le mixage et le brassage de rebelles pour refaire l'armée. Etait-ce un bon choix ?
Dans la circonstance, c'est-à-dire, partant du principe que les Congolais se battaient entre eux notamment, ceux qui étaient au gouvernement contre ceux du Mouvement de libération du Congo (MLC), du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) et d'autres. On devrait faire la paix avec les ennemis ou du moins avec les adversaires. Donc, il était temps de mettre fin d'abord à la guerre, avant de monter une structure armée. Nous avons d'ailleurs soutenu cette option parce qu'on ne pouvait pas faire la paix en laissant les milices dans la brousse en train de lutter contre le gouvernement. Maintenant, le problème n'est pas que les experts étrangers, tel ou tel autre pays, puissent soutenir l'armée de la RDC.
Première question : qu'est-ce qu'une armée républicaine ? Quelle est la volonté, la vision et la motivation pour lesquelles il faut une armée républicaine ? Quel type de moyens faut-il ? Vision voudrait simplement dire mission. Quelles sont ses missions ? Comment l'envisage-t-on ? Comment recrute-t-on les soldats ? Quelles sont les conditions militaires ? Et puis, quelle est la stratégie de cette armée qui veut voir le jour ? Elle est au service de quelle ambition et de quelle stratégie ?
Or, à ces questions, on n'attend pas de réponses des amis du Congo. C'est d'abord aux Congolais de définir ce qu'ils entendent par cet instrument de sécurité et de défense qui est l'armée. Et, que veulent-ils en faire justement? C'est après qu'on pourra mettre en place cet instrument de sécurité et de défense. Avec quel allié et avec quels moyens va-t-on le faire ?
Or, si on commence par dire qu'il faut demander à la Chine, aux USA, à la France, etc, on n'aura que de bribes pour constituer quelque chose qui, au fond, n'aura pas de visage. Parce que c'est aux Congolais d'en définir l'esprit et la lettre, quitte à savoir après dans le domaine de la collaboration et de la coopération, les pays amis qui peuvent intervenir dans le champ.
Il ne faut pas attendre que les étrangers viennent nous imposer. En tant que société civile, quelles sont vos propositions parce que vous aviez écrit sur la réforme de l'armée? Que peut-on proposer ?
Il y a plusieurs choses à proposer. La première chose est de savoir la stratégie au service de laquelle pourrait, le cas échéant, être placée cette armée.
Le Congo est un grand pays et tout le monde en parle. Mais personne n'en tire de leçons sur le plan stratégique. Cette armée est une armée de projection de forces parce que quand on voit l'étendue du Congo avec ses neuf frontières, c'est pratiquement un sous-continent. Donc, si on a une vision d'une armée républicaine nouvelle, c'est une armée dont la mission ou la vocation est la projection de forces. Or, projeter les forces veut dire qu'il faut d'abord constituer la question de « qui peut être soldat demain ? ». C'est une question de recrutement puisque nous sommes au début du 21èmesiècle, les choses vont tellement vite qu'on doit sortir de l'armée de papa où avec de pioches, on pouvait aller faire de guerres de type guérilla. On est dans une armée modernisée ou l'armée des techniciens. C'est cela le profil du soldat qu'il faut envisager. A l'époque, j'avais suggéré que le minimum soit un diplôme d'Etat ou le baccalauréat. Pour être soldat, il faut au minimum avoir quelqu'un qui a fait son école secondaire parce que s'il y a une formation qui s'ensuit, pour qu'on ait une armée de techniciens, on peut même monter le niveau.
Compte tenu de problèmes de l'enseignement au Congo, je pense que le niveau minimum serait probablement d'aller au niveau du graduat pour avoir, non seulement des soldats qui peuvent apprendre, de jeunes gens et jeunes filles que l'on peut recruter dans les universités et instituts supérieurs du pays. Dieu seul sait combien il y en a aujourd'hui qui n'ont pas ou cherchent du travail.
Mais en attendant, on peut faire de ces jeunes gens de vrais soldats, c'est-à-dire, partant de l'idée qu'ils ont une capacité minimum. Donc, ceci est du point de vue recrutement. Recrute-t-on à six ans ou est-ce qu'on recrute au niveau de G3, donc le graduat actuel ?
A mon avis, il faut peut-être monter de crans à partir de G3. Il faudra que la première génération de soldats soit composée de gens formés.
La deuxième condition pourrait être la condition militaire.
Pour qu'il y ait une véritable armée, il faut régler la question de l'accès aux soins et au logement des soldats. On ne peut pas laisser les soldats dans un état de misère. Tous les vieux camps qui existent, non seulement qu'il faut les réhabiliter mais il faut détruire ce qu'il y a à détruire et reconstruire ce qu'il y a à reconstruire. Il faut assurer les soins et les soldes des militaires parce que c'est un citoyen qui a des droits et devoirs. Au lieu de voir seulement ses droits, c'est-à-dire, il faut voir ses droits vis-à-vis du droit à la rémunération, etc. Bien sûr, compte tenu de conditions du pays, il ne faut pas s'affoler, mais, il faut régler la question de la solde des militaires. La condition de leur accès au logement doit être réglée ainsi que la question de leur alimentation ; tout ce qui a été prévu à l'époque, même si on n'a pas les moyens de le faire, doit être fait globalement aujourd'hui. Un soldat doit au moins avoir le minimum vital non seulement pour exercer son métier mais l'entraînement pour être au service de la République, le cas échéant, faire la guerre. Toutes ces conditions préalables d'entraînement, il faut avoir des soldats super-entraînés et équipés pour avoir une vision nouvelle, c'est-à-dire au lieu d'avoir l'ancienne armée - l'armée de terre d'un côté, de l'air de l'autre côté et, au milieu, les fantassins et autres -, il faut avoir la vision nouvelle de polyvalence de brigade intégrée. Par brigade intégrée, on dit que les mêmes soldats sont à la fois de l'armée de terre, à la fois l'aviateur et de la marine. Donc, du moment où on a cette vision de polyvalence, on peut avoir la force projetée, c'est-à-dire changer totalement la logique de ce qu'on a appelé de régions militaires pour passer au commandement intégré. L'idée de commandement intégré, c'est quoi ? C'est l'idée de mobilité et de permanence. Par exemple, on prend ce que j'appelle le commandement Ouest avec le point central, Kinshasa la capitale, le Bas-Congo et la province de l'Equateur. Ces trois provinces ou régions peuvent avoir un commandement unique, à partir de Kinshasa, qui pilote ces trois provinces. En ce moment-là, les forces peuvent se positionner : ici on a le commandement Ouest ; les deux provinces de Kasaï font le commandement au centre ; le Katanga fait le commandement sud ; les anciennes provinces du Kivu font le commandement Est et le commandement Nord pourrait avoir son siège en province Orientale dans la configuration ou dans la recomposition en tant que province.
A partir de là, les forces peuvent se positionner. Chaque commandement doit avoir une polyvalence, c'est-à-dire, avoir les forces interarmées qui peuvent se positionner, le cas échéant, puisque projeter veut dire qu'on connaît après avoir identifié les menaces, on sait quels sont les points à partir desquels le Congo est l'objet d'attaques extérieures qu'il s'agisse des rébellions ou autres. Alors, on peut pré-positionner les forces polyvalentes dans chaque commandement militaire de telle sorte que s'il y a menace directe, le commandement intégré de chaque région, que ça soit celle de l'Est, du Sud ou du Nord, peut repousser les menaces en attendant les forces qui viennent d'autres régions.
Ce qui demande une géographie militaire, sortir du cadre de régions militaires pour entrer dans le commandement intégré. A partir de là, on définit le gabarit de l'armée. Combien de soldats faut-il ? Dans le schéma suggéré, il faut partir, compte tenu de moyens, de l'exigence d'équipements, de logement, de soldes, d'accès aux soins, etc, d'une base de cent mille hommes. Et, ces cent mille hommes, il faut se donner cinq ou dix ans pour une formation systématique de telle manière qu'au bout de 6, 7, 8 ou 10 ans qu'on puisse avoir véritablement une formation assurée à la quasi-totalité des hommes, une compétence dévouée. C'est-à-dire un équipement qu'il faut, cela suppose aussi la réhabilitation de l'infrastructure, les casernes militaires, s'il y a à détruire, il faut détruire déjà presque près de la moitié pour reconstruire vraiment des zones militaires intégrées.
Bien sûr, il y a aussi toute l'infrastructure, les centres d'entraînements qui existaient déjà. S'il faut créer de nouveaux centres, il faut créer de nouvelles écoles de formation militaire, en plus de l'Ecole supérieure militaire de Kinshasa et l'Académie de Kananga. Donc, il faut restructurer tout cela dans un projet de cohérence à la fois entre la vision qu'on a de forces projetées polyvalentes, surentraînées et suréquipées. A partir de là, bien sûr que tout est question de menaces. Tout est donc question de voir quelles sont les menaces qui pèsent sur le Congo face auxquelles ces femmes et hommes doivent être équipés ou entraînés évidemment.
L'autre élément est que dès qu'on a cette armée pour assurer la sécurité, la défense et l'intégrité du territoire, l'ambition, c'est-à-dire les droits et les devoirs des citoyens en soutenant et en défendant la démocratie. Elle doit avoir, par exemple, une mission extérieure participant au maintien de la paix soit dans le cadre de Nations Unies, de l'Union Africaine
Auparavant, les colonisateurs faisaient en sorte que toutes les tribus soient représentées au sein de l'armée. On a créé un esprit national. Comment peut-on combattre le tribalisme qui gagne l'armée nationale
L'armée a aussi la fonction d'intégration. Si nous posons le principe de recrutement soit au niveau du diplôme d'Etat ou du graduat, mais à qualité égale de formation, il faut recruter dans la quasi-totalité de provinces du Congo pour éviter la menace ou le risque d'une armée tribale ou régionalisée qui serait au service d'un homme ou d'un clan. Parce que la différence entre les milices et l'armée, c'est que l'armée est un corps au service de la République et au service du droit, de l'intégrité territoriale et de la défense de la démocratie. Alors que les milices sont au service d'un individu ou d'un clan et n'ont rien avoir avec la République. Du moment que l'on recrute dans une vision républicaine ou démocratique, il faut à qualité égale recruter les hommes et les femmes dans la quasi-totalité des ethnies du Congo où, tout au moins les plus représentatives de gens ont la formation pour éviter justement le risque de tomber dans une armée tribale au service d'un homme ou d'un clan.
L'histoire militaire nous démontre que l'on n'a pas eu un seul partenaire qui a fondé notre armée. On a vu des Français qui s'occupaient de commandos vers l'aéroport, les Chinois, les Américains ou les Israéliens, etc. Je dirais que ce n'était pas une véritable armée mais elle aurait été une milice formée par plusieurs armées du monde. On vient de voir ce qui se passait avec Mobutu, l'armée vient de disparaître après sa mort. Que peut-on faire pour que demain notre armée ne soit pas prise en otage par un clan ou un individu ?
C'est notre point de vue de départ. L'armée est une affaire de Congolais, de militaires, de civils, ceux qui sont pour ou contre en tout cas, l'armée est une affaire de la République. C'est une affaire essentiellement congolaise avant de voir l'aspect de partenariat. Seul le Congo ne peut pas le faire non pas seulement que le Congo n'a pas de moyens, on a besoin de la volonté ou de la définition de missions de ces soldats et ce sont des Congolais qui doivent le dire. Quels moyens ? Ce sont les Congolais qui doivent le dire. Que doivent-ils payer comme prix pour avoir une véritable armée républicaine capable de défendre le pays contre les menaces extérieures. C'est la responsabilité première des Congolais. Alors, on le fait avec qui ? Evidemment, le Congo a besoin de partenariats.
Dans ce que vous dites, le défaut n'est pas de voir avec qui on le fait ! Le défaut, c'est de ne pas faire ce que l'on veut et attendre qu'on soit soumis aux diktats de partenaires, avec des conditionnalités. Le Congo doit prendre conscience que cette armée est une force au service du droit et, en étant aussi au service du droit et de la démocratie, c'est-à-dire, des institutions républicaines et de l'intégrité du territoire, on lui donne une mission de projections, on définit le gabarit de 100.000 hommes, les conditions militaires liées aux soins et logement des soldats, leur équipement, leur solde et leur entraînement. A partir de là, on réhabilite les infrastructures et on équipe la logistique de l'armée sans laquelle il n'y a pas d'armée qui vaille. Si tout ceci est défini d'abord par les Congolais, en ce moment on peut se tourner vers les partenaires qui conviennent pour faire en sorte que cette armée puisse exister. Je pense que ce n'est pas en soi le fait de demander à tel ou tel partenaire. Le Congo doit avoir un partenaire militaire stratégique. J'avais à l'époque indiqué que par rapport à l'offre de sécurité aujourd'hui, il n'y a pas - l'Union Soviétique ayant disparu- une seule puissance au monde qui soit capable, non seulement d'aider le Congo d'avoir une armée républicaine capable et même à mesure de se battre, aujourd'hui dans la hiérarchie des compétences reconnues mondialement. Bien sûr, il y a les USA. Et si le Congo, en fonction de l'ambition pour son armée, optait pour un partenariat stratégique avec les USA. Vous me diriez que ce n'est pas possible qu'une seule puissance entraîne toutes les forces armées.
C'est bien connu aujourd'hui, les troupes américaines ont aidé le Rwanda et l'Ouganda à nous envahir dans leurs calculs géopolitiques. Faut-il encore faire appel à l'Amérique qui nous a fait la guerre à travers le Rwanda ?
L'intérêt du Congo est de prendre la main de l'Amérique. Pourquoi ? Parce qu'à l'époque de Mobutu, je vous avais dit que lorsque le régime de Mobutu allait vers sa fin, il n'y avait plus d'armée. C'est lui-même qui avait pratiquement détruit son armée. Il a pratiqué vis-à-vis de sa propre armée ce que j'ai appelé « la stratégie de déstabilisation contrôlée ». Cela a marché pendant un temps et à un moment ou à un autre, cela lui a échappé de la main, non pas que l'armée n'était plus compétente, dévouée comme elle était entraînée. Mais non, le Rwanda et l'Ouganda ne faisaient pas face au Congo. Le Burundi ne pouvait pas, militairement parlant, occuper le Congo. C'est Mobutu lui-même, dans sa volonté de garder le pouvoir et d'en faire ce qu'il veut, c'est-à-dire, avoir le pouvoir ad aeternam ou être président à vie. Lorsqu'il a vu certains éléments de l'armée comme une menace, il a pensé lui-même à purger l'armée. Et Mobutu avait commis l'erreur de penser que, pour voir le pouvoir défendu, il fallait recourir aux frères d'ethnie. Or, un soldat c'est un soldat. Lorsqu'il est formé, équipé, entraîné et dévoué, il se bat pour le drapeau et non pas pour la région, l'ethnie ou les dirigeants à la tête du pays. C'était l'erreur commise par Mobutu, on en connaît les conséquences. Donc, à l'époque où la coopération militaire avec d'autres pays avait été engagée avec les USA et d'autres pays, tout le monde reconnaît que le Congo avait une armée. Vous me direz qu'elle n'a pas eu de victoires militaires. Mais, elle n'a pas eu de guerres à l'extérieur pour mesurer la capacité d'une armée à se battre. Personne ne conteste l'idée que c'est en 1973, lorsque Mobutu a décidé de mettre l'armée sous la coupe du MPR, parti unique, que la dégradation de l'armée a commencé, avec les présumées tentatives de coups d'Etat qui ont détruit l'armée. Mobutu avait tué lui-même sa propre armée.
Je pense que le Congo se trouve à un moment de choix difficiles. Est-ce qu'on prend l'élan de l'Amérique d'abord qui offre et a la capacité ? Ce pays a fait une offre de sécurité. On peut aussi le solliciter. A l'heure qu'il est, la Chine n'a pas fait l'offre de sécurité pour que le Congo prenne la main, seule l'Amérique l'a fait. Bien sûr, on peut y intégrer la France, la Belgique et les autres. Nos alliés traditionnels, Israël s'est occupé à un moment de problèmes de formation en ce qui concerne les services de renseignements. On peut même élargir l'horizon au Congo en gardant la main. On définit d'abord le gabarit de l'armée, les objectifs à atteindre et la stratégie, etc, et le reste, c'est au Congo de faire le choix de ses partenaires. Ce n'est pas mauvais en soi qu'on fasse appel aux USA ou à d'autres, le problème est celle de savoir si le Congo a une ambition pour son armée alors que les USA soutiennent le Rwanda ou l'Ouganda .
Si l'on va à Kigali, il faut voir l'ambassade des USA ; il ressemble à un bunker. Là, on voit bien que les USA ont déjà fait leur choix .
Non, les USA n'ont pas fait le choix du Rwanda. L'Amérique a demandé, vous le savez, sous le président Bush à l'ensemble des pays africains pour savoir « qui voulait prendre la main de l'Amérique » non sans contrepartie C'est du donnant-donnant.
L'Amérique demande d'avoir une présence en Afrique et le Congo, en contrepartie, demande d'avoir cette armée républicaine équipée, une force pour laquelle il n'y a pas d'Etat. Or, si on se contente évidemment de tomber dans des incantations du genre que « l'Amérique est au Rwanda ou en Ouganda », alors là on renforce la position de l'Ouganda et du Rwanda. Or, si le Congo reprend la main de l'Amérique, l'Amérique revient au Congo. La conséquence logique est que le Rwanda et l'Ouganda vont être marginalisés au regard de la recomposition géopolitique. Dernièrement, les USA ont convenu que d'ici une vingtaine d'années, le Golfe de Guinée deviendra le lieu de ravitaillement en pétrole, aussi important que l'Arabie Saoudite et les pays du Golfe compte tenu des instabilités. Or, cette zone du Golfe de Guinée est le pourtour important qui côtoie pratiquement la quasi-totalité des pays autour desquels s'exercent la polarité de la RDC, que ça soit en Afrique centrale ou dans les Grands Lacs voire en Afrique australe ou le Golfe de Guinée. Il est donc clair que l'intérêt même de l'Amérique se fera en sorte que le Congo se réveille pour lui prêter la main de la stabilité afin de consolider ou tout au moins de faire en sorte que sa stratégie réussisse.
Il y a ceux qui pensent encore comme Kankwenda Mbaya et soutiennent que pour mieux refaire l'armée aujourd'hui, il vaut mieux faire appel aux armées africaines qui ont déjà une expérience en la matière. Elles peuvent nous aider à mettre en place notre armée pour éviter qu'on tombe dans la néo-colonisation .
Tout le monde connaît la charte du néo-colonialisme. Ce qui est important, c'est une question de choix. Le Congo est arrivé au moment où il faut faire des choix difficiles, cela veut dire qu'il faut choisir les meilleurs. Le Congo n'a pas besoin d'aller demander la formation de ses soldats par les mêmes pays qui, eux, pour former leurs militaires, ont besoin des USA, de la France et d'autres pays. Je pense que le monde a changé. La compétition Est-Ouest a disparu. Le socialisme et la guerre froide ont disparu. Aujourd'hui, le monde qui existe, c'est l'Amérique. Le Congo ne peut se faire une place dans le monde militairement parlant qu'en étant avec l'Amérique. Je ne vois pas quelle autre puissance aujourd'hui peut contester cette réalité y compris d'autres partenaires vers lesquels le Congo peut tourner le regard. Ce serait avoir une vision médiévale de l'armée que d'envoyer des soldats congolais être formés dans des pays voisins qui, eux-mêmes pour former les meilleurs, les envoient aux USA. On peut reprocher à Mobutu une chose mais sur ce plan, il avait une vision. Il a fait en sorte que les soldats fussent reconnus lorsqu'il avait envoyé Mahele piloter les forces de l'Organisation de l'union africaine (OUA) au Tchad. Tout le monde a reconnu, y compris les Nations Unies, que cet officier supérieur a mené ses hommes avec dignité, compétence et intégrité. Cela n'a jamais été contesté. Je pense que c'est se tromper de vision que de voir des aspects un peu boutiquiers et d'avoir une vision médiévale de l'armée. Non, le Congo doit prendre la main de la puissance qui existe, l'Amérique, et de faire en sorte que les autres petits pays, comme on disait naguère, qui ont pris la main de l'Amérique et qui nous font peur, ne lui fassent plus peur. Regardez : qu'est-ce qui a changé au Rwanda et en Ouganda? Ce sont leurs armées. Qu'est-ce qui manque au Congo ? C'est l'armée. Alors, si l'on veut avoir une bonne armée, il faut prendre la main de l'Amérique. Il n'y a pas de choix.

Comments Post a comment