Kinshasa — Le Congrès national pour la démocratie et le progrès (CNDP) vient de décider de se retirer du Comité de suivi de l'Accord du 23 mars 2009 signé à l'Hôtel Ihussi, à Goma (province du Nord-Kivu), selon l'esprit des négociations de Nairobi entre le gouvernement et le CNDP. « Le CNDP est frustré depuis quelques jours à la suite du non paiement de ses émoluments et le retard pris, du côté du gouvernement, pour honorer ses engagements. On parlerait aussi d'un repli en brousse de Bosco Ntaganda devant la décision de la CPI de l'arrêter », croit savoir une personnalité ayant requis l'anonymat.
International Crisis Group rapporte que « la branche militaire du CNDP était composée de 85 % des Hutu représentant la majorité des combattants de base dirigés par un commandement essentiellement tutsi. A partir de février 2009, ces Hutu affiliés au CNDP ont déserté en nombre croissant les nouvelles brigades intégrées FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo) avec leurs armes. Déçus par les retards de paiement et l'absence de perspectives garantissant un avenir meilleur, ces jeunes hommes ont parfois rejoint des groupes de Hutu PARECO refusant l'intégration, voire dans certains cas leurs anciens ennemis des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda. Tant que les FDLR ne seront pas désarmées, l'intégration des éléments tutsi ex-CNDP dans l'armée nationale restera extrêmement fragile, et ceux-ci refuseront sans aucun doute de quitter le Kivu pour rejoindre d'autres affectations. Simultanément, l'intégration des autres groupes armés congolaises en sera d'autant fragilisée ».
LA DONNE NKUNDA
Le Nord-Kivu est une province congolaise située à l'Est du pays, à la frontière avec le Rwanda et l'Ouganda. Depuis fin août 2007, les hostilités ont repris entre l'armée congolaise et les soldats du «général » factieux Laurent Nkunda, avec un pic d'intensité entre fin novembre et début décembre 2007.
Laurent Nkundabatware Mihigo est un Congolais tutsi né en 1967 à Rutshuru (Nord-Kivu). Il a fait ses classes au sein du Front Patriotique Rwandais (FPR) qui accéda au pouvoir à Kigali en juillet 1994. Après avoir été de l'offensive de 1996-97 qui renversa Mobutu Sese Seko et porta Laurent-Désiré Kabila au pouvoir à la tête de la République démocratique du Congo, il fut l'un des officiers du nouveau mouvement rebelle, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), téléguidée par le Rwanda et l'Ouganda en août 1998 lors de la seconde guerre pour chasser Kabila.
Nommé commandant de région militaire au sein de nouvelles Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) quand démarre la transition politique en août 2003, il refuse à la fois cette nomination et le «brassage » qui fusionne les forces des belligérants et les disperse dans le pays.
Condamné à mort lors du procès des assassins de Laurent-Désiré Kabila, c'est désormais un proscrit. En juin 2004, il occupe la ville de Bukavu (Sud-Kivu) à la tête d'unités rebelles qui commettent des crimes de guerre avant d'être chassées par l'armée régulière appuyée par les casques bleus. Replié au Masisi (Nord-Kivu), il déclenche à nouveau des hostilités.
Révoqué de l'armée, sous mandat d'arrêt international de la justice congolaise, Nkunda lance une nouvelle offensive début 2006 dans la région. Il justifie son action par la menace que fait peser sur la sécurité des Congolais tutsi la présence de milliers de combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda. Les FDLR créées en 2000, regroupent de nombreux Rwandais hutu dont certains ont pris part au génocide en 1994, ils contrôlent jusqu'à 20 % du territoire des Nord et (surtout) Sud-Kivu.
Par ailleurs, la défaite du RCD (devenu parti politique et composé essentiellement de dirigeants tutsi) aux élections générales de 2006 alimente cette crainte de n'être plus protégés par des autorités favorables. Nkunda crée alors le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), instaurant ainsi une administration parallèle, avec son propre drapeau. Il évoque la création d'une « République des Virunga ». DU BRASSAGE AU MIXAGE
Signé début 2007 à Kigali, un accord prévoyant le seul « mixage » (sur place) des forces rebelles aux FARDC ne tient que quelques mois - suffisamment pour permettre à Nkunda d'augmenter ses effectifs (y compris en enrôlant des centaines de soldats au Rwanda, ainsi que des centaines d'enfants) et d'accroître la zone sous son contrôle dans les riches territoires de Masisi et de Rutshuru.
Le conflit reprend, fin août, lorsque la fin du mixage est décrétée par le chef d'état-major de l'armée congolaise, au profit d'un véritable brassage.
Laurent Nkunda s'oppose en effet au gouvernement de Kinshasa sur les méthodes d'intégration de ses forces rebelles.
Le « brassage » a été adopté en 2002 dans le cadre du processus de paix (Dialogue Intercongolais), il prévoyait l'intégration des troupes de l'ex-gouvernement de Kinshasa et des ex-mouvements rebelles au sein d'une armée nationale les Forces Armées de la RDC (FARDC).
Le « mixage » est un terme spécifique qui est né de la volonté commune du pouvoir de Kinshasa et du général Nkunda de réunir leurs troupes dans des brigades communes non brassés et positionnées exclusivement dans la province du Nord-Kivu. Alors que Kinshasa voit le mixage comme une étape intermédiaire vers le brassage des troupes de Nkunda (c'est-à-dire intégrée à l'armée congolaise hors du Nord-Kivu), Nkunda lui souhaite que ses militaires restent le plus près des membres de la communauté rwandophone.
Les enjeux économiques sont importants : au contrôle de terres riches en minerais et propices à l'agriculture et à l'élevage s'ajoute un butin en cash : le CNDP distribue les terres et prélève ses contributions ; les FDLR vivent d'extorsions, de taxes et d'exploitation de minerais.
Les parties en conflit ne se limitent pas aux 20.000 hommes des FARDC (armée régulière) et aux 3 à 4.000 hommes bien équipés du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple de Nkunda). D'autres mouvements armés opèrent : - les FDLR : Forces démocratiques de libération du Rwanda, incluant de nombreux Rwandais hutu dont certains prirent part au génocide - les patriotes Maï-Maï, rebelles anti-tutsi luttant essentiellement contre Nkunda
Des alliances entre FARDC, Mayi-Mayi et FDLR ont eu lieu. Suivant les objectifs de stabilité prônés par le gouvernement congolais, les FARDC sont engagées contre les FDLR et ont contraint les Mayi-Mayi à cesser le combat. Pour sa part, le Rwanda soutient Nkunda politiquement, diplomatiquement et militairement, l'autorisant même à recruter dans les camps de réfugiés congolais tutsi au Rwanda, sous le nez du HCR. En appuyant le général dissident, le Rwanda peut ainsi garder le contrôle d'une région riche en minerais qui lui fait défaut sur son propre territoire.
Quant aux 4.500 casques bleus de la Mission des Nations unies au Congo (MONUC) déployés au Nord-Kivu - sur un total de 17.500 soldats en RDC - ils assurent (avec plus ou moins de bonheur) la protection des civils et assistent l'armée congolaise dans la poursuite du brassage des troupes.
DES CONSEQUENCES HUMAINES : 800.000 DEPLACES
Les civils sont bien sûr les principales victimes du conflit : depuis début 2007, 350.000 personnes se sont ajoutées aux centaines de milliers chassées de chez elles par les conflits antérieurs. Avec ses 800.000 déplacés de guerre, la « très grave crise humanitaire » sévissant au Nord-Kivu est jugée par les Nations unies « comparable à celle du Darfour ».
Toutes les parties ont commis et commettent encore des violations du droit international humanitaire (meurtres de civils, viols généralisés, pillages, recrutement d'enfants-soldats). Si les forces de Nkunda se rendent coupables de nombreux massacres et, depuis décembre 2007, utilisent certains camps de déplacés comme boucliers humains, les FDLR commettent également des atrocités, tandis que les soldats des FARDC perpètrent de nombreuses violations des droits humains.
LA CONFERENCE DE PAIX DE GOMA : UNE SOLUTION ?
Plusieurs accords ont été signés entre le Rwanda et la RDC. Le dernier en date (9 novembre 2007) prévoit de mettre fin au soutien tacite dont les rebelles rwandais (FDLR) et congolais (CNDP) bénéficient de la part des deux Etats, en s'attachant plus principalement au désarmement des FDLR.
Face à l'enlisement de la situation, une conférence pour la paix de Goma réunissant le gouvernement congolais et l'ensemble des acteurs de la société civile et des groupes armés des Kivus s'est tenue à Goma en janvier 2008. Elle a permis la signature d'un « Acte d'engagement » par tous les groupes armés (CNDP inclus). Ceux-ci s'engagent à un cessez-le-feu immédiat et au brassage ou à la réintégration dans la vie civile en échange d'une amnistie pour faits de guerre et d'insurrection en ce non compris les crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.
Laurent Nkunda semble avoir obtenu sur ce point la garantie qu'il ne sera pas poursuivi pour crimes contre l'humanité ou crimes de guerre. Néanmoins, cette conférence a été marquée par l'absence du Rwanda qui a prétexté n'avoir pas reçu d'invitation « en bonne et due forme » et des FDLR qui ont éclaté en plusieurs composantes (Rasta, RUD ).
La conférence aura permis d'instaurer un moment de dialogue sur la paix dans la région. Toutefois, se pose la question du suivi de cet Acte d'engagement, la Conférence ayant demandé la création d'un comité oeuvrant pour la fin du conflit armé mais également l'instauration d'une paix durable.

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