La Presse (Tunis)

24 Juillet 2009

Tunisie: Site archéologique de Dougga - La pertinence d'une zone de réflexion

Si le projet pilote franco-tunisien de Dougga a pour ambition la promotion des aspects économiques, sociaux et culturels de la région de Dougga et de lui donner une dynamique et une impulsion jusqu'à en faire un pôle de rayonnement à l'échelle nationale et internationale, et si Strabon, l'autre projet pilote de l'initiative Eumédis, présent à Dougga à travers le programme Meda, de la Commission européenne, le troisième projet FSP 2002-16 (Fonds de solidarité prioritaire) est le dernier-né des projets privilégiant le choix sélectif de Dougga comme meilleur exemple connu de l'adaptation d'une cité numide au modèle urbanistique romain.

Pour nous en parler, une spécialiste du sujet, Hamida R'houma, chef du service architecture et urbanisme à l'Institut national du patrimoine. Munie d'un diplôme d'études supérieures en architecture du patrimoine, DSS, elle dirige le département d'architecture, d'urbanisme et de classement où travaille d'arrache-pied une équipe de dix spécialistes (huit femmes et deux hommes).

Hamida R'houma s'occupe également des expériences de réhabilitation méditerranéenne, une ambitieuse initiative ratifiée en 2005, au cours d'un sommet Barcelone + 10 qui avait pour objectif prioritaire la recherche de synérgies sociopolitiques, économiques, culturelles et environnementales, cela dans une optique régionale et de développement mutuel. A ce titre, il y a quelque temps à Méknès, au Maroc, pour assister à un séminaire organisé par l'Unesco sur les rapports périodiques des sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial. Elle y était en tant que gestionnaire de Dougga, le dernier des sites inscrits.

«En Tunisie, il existe six sites : Carthage,Dougga,El Jem et les trois médinas de Tunis, Sousse et Kairouan,ainsi qu'un septième site, celui naturel d'Ichkeul. De nos jours, dans un monde globalisé dans lequel l'uniformité économique et culturelle marque les critères de développement à suivre, basés sur des modèles standardisés,la proposition de ce projet acquiert son plus grand sens. La réhabilitation s'oppose à l'idée de mondialisation, et la richesse régionale, la diversité culturelle, les différentes formes de vie ainsi que les particularités locales sont devenues autant d'éléments essentiels à préserver», nous déclare d'emblée l'architecte du patrimoine, Hamida R'houma.

Présentation du FSP

«Le projet FSP, Fonds de solidarité prioritaire, a pour objet de mettre en valeur le site archéologique de Dougga et de sa région (Bulla Regia, Testour, Téboursouk, Table de Jugurtha, Thibar, Djebba, Simetu, Mustis). Il a pour objectif principal de démontrer que le patrimoine culturel peut être un atout pour le développement économique local. La région de Dougga est particulièrement riche en monuments antiques. C'est le coeur de la province Afrique de l'Empire romain, mais elle reste marquée par de grandes difficultés économiques compte tenu du développement général du pays. Ce projet participe donc de trois politiques sectorielles de la Tunisie, auxquelles la France entend apporter son concours: la mise en valeur du patrimoine, le développement du tourisme culturel, la lutte contre les disparités socioéconomiques régionales.

Ce projet bénéficie d'un financement de 2,5 millions d'euros du FSP du ministère français des Affaires étrangères pour améliorer l'attractivité du site antique de Dougga et des sites culturels, archéologiques, historiques et naturels environnants (sécurité du circuit des visites). Le financement du projet concerne notamment les études de mise en valeur des sites incluant la conception d'un centre d'interprétation à Dougga, l'équipement de ce centre, la formation des ressources humaines et la création d'activités économiques liées au tourisme», explique hamida R'houma.

Interrogée sur les composantes financées par le FSP, l'historienne annonce : «Les composantes sont les suivantes :

- Etudes de mise en valeur et d'amélioration des conditions de visite et d'accueil de Dougga, incluant un concours international d'architecture pour la construction du centre d'interprétation de Dougga, et l'acquisition des équipements du centre d'interprétation.

- Formation des ressources humaines et des personnels à employer sur les sites : animation, guidage, entretien et restauration des principaux monuments dont le Forum, le Capitole, le Théâtre, la Place de la Rose des vents, le Temple dit Dar l'Achehab, les thermes de Caracalla, le quartier des résidences, la tribune de Marc Aurèle, l'Arc de Septime Sévère et les Maisons de Vénus et d'Ulysse.

- Et, enfin, l'appui au développement, à la formation des acteurs locaux et à la création d'activités économiques liées au tourisme culturel (hébergement, services et artisanat)».

A la question de savoir en quoi consiste l'apport tunisien au projet, Hamida R'houma s'explique : «Du côté tunisien, le projet est placé sous la responsabilité du ministère de la Culture et de la sauvegarde du patrimoine qui bénéficie d'un financement équivalent à environ trois millions d'euros pour :

- La réalisation du centre d'interprétation et de divers aménagements physiques des sites. Actuellement, on est en train d'élaborer les termes de référence pour lancer un concours d'architecture pour la conception d'un centre d'interprétation et de revoir les panneaux de la signalétique.

- La mise en valeur physique des vestiges archéologiques : travaux de restauration, aménagements paysagers.

- Et enfin les prêts pour la mise en place des activités économiques prévues par le fsp (Fonds de solidarité nationale et Fonds national pour l'emploi).

Notre objectif est de renforcer le rôle du patrimoine archéologique comme facteur de développement durable. Atteindre cet objectif permettra d'avancer par rapport à deux défis historiques qui pourraient sembler opposés mais qui sont, de notre point de vue, parfaitement compatibles et complémentaires : d'un côté, on contribue à améliorer les conditions de vie des habitants, qui sont ceux qui donnent du sens et de la vie à ce patrimoine; de l'autre, on contribue à la préservation de l'identité historique et culturelle des Tunisiens», conclut l'historienne.

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