Kinshasa — Initiée par les institutions financières internationales, la réforme du secteur minier a été intégrée aux programmes de développement appliqués en RDC et s'est traduite par une libéralisation du secteur minier, s'appuyant notamment sur la relance de la Gecamines. Mais sur terrain, les résultats sont tout autres. La Gecamines peine à se relancer - 2009 s'annonce particulièrement difficile. Une mission d'experts de la Banque mondiale fait le déplacement du Katanga pour s'enquérir de la situation.
C'est une mission qui se veut plus technique que politique. Une équipe d'experts en mines de la Banque mondiale, avec à leur côté d'autres experts du gouvernement, font cette semaine le déplacement du Katanga pour scruter de plus près les avancées réalisées dans ce secteur. De l'avis de la Banque mondiale, la situation est bien plus grave qu'on ne le croit.
En effet, la Générale des carrières et des mines (Gecamines) sombre malgré tous les projets et programmes, soutenus du reste par le Banque mondiale, mis en place depuis 2002 pour préparer sa relance. Aujourd'hui, cette entreprise publique qui devrait dans les tout prochains jours se transformer en société commerciale ne vit que sur base des royalties qu'elle tire de divers partenariats dans lesquels elle est liée. C'est ni plus ni moins une entreprise de rente qui ne se soucie nullement de la redynamisation de son outil d'exploitation pour enfin vivre de sa production. Pourtant, en 2002 déjà, la Banque mondiale - toujours la même - a prévu dans le cadre du Projet compétitivité et développement du secteur privé (PCDSP) un volet consacré à la relance des activités de la Gecamines. Depuis plus rien - la mise en oeuvre de ce volet ne s'étant limitée qu'au financement des départs volontaires des agents et cadres de la Gecamines.
A travers cette mission, la Banque mondiale veut palper du doigt les réalités qui prévalent au Katanga, particulièrement dans son secteur minier. Bien sûr, l'essentiel de la mission se concentrera sur la Gecamines. Mais, l'on renseigne que les experts de la Banque mondiale mettront à profit leur séjour dans le Katanga pour visiter certains projets miniers qui portent. On cite dans ce cadre les projets menés par First Quantum Minerals dans Kingamyambo Musonoi Tailings (KMT) et Frontier Sprl. Une visite est également prévue dans le projet mené par Tenke Fungurume Mining (TFM). Le tout devant se clôturer par une visite dans les installations Gecamines de Shituru à Likasi.
UN TABLEAU SOMBRE
Que dire alors du plan de stabilisation initié par le gouvernement pour la relance de la Gecamines ? Pas grand-chose, certainement ; le plan ayant volé en éclats avec la désolidarisation de Paul Fortin, actuel administrateur délégué général de la Gecamines, du cabinet Sofreco qui l'avait mandaté à piloter ce plan de stabilisation. Ainsi, Paul Fortin évolue en électron libre, non lié à Sofreco, firme recrutée cependant par le gouvernement pour la stabilisation des activités de la Gecamines.
Ainsi, sur papier, rien ne présage d'un bel avenir pour la Gecamines. La production est en chute libre. Des chiffres, publiés par la Gecamines sur son site Internet, en témoignent. Sur son site, la Gecamines renseigne que la production officielle (mine production) de l'année 2008 a tourné autour de 26.051 tonnes de cuivre, 690 tonnes de cobalt et 13.523 tonnes. En ce quoi concerne le zinc, précisent certaines sources, il ne s'agit d'une production propre de la Gecamines, mais d'une quotité lui portée sur son compte dans le projet STL.
Mais, le drame se trouve dans la production du premier semestre 2009. Sur le même site, la Gecamines souligne que la « production provisoire » à fin 2009 se chiffre pour le cuivre à 4.321 tonnes, 103,4 tonnes pour le cobalt et 7.931 tonnes pour le zinc. Une véritable hécatombe. Car sur base d'une simple projection, l'on peut supposer que la production de la Gecamines à fin 2009 dépassera difficilement la barre de 10.000 tonnes de cuivre, 500 tonnes de cobalt. Où est donc passé le plan de stabilisation ? Qu'est-ce que finalement la mise sous gestion étrangère a apporté à la Gecamines ? Dernière interrogation : Qu'est-ce que la Gecamines a fait de plus de 200 millions Usd versés en terme de royalties sur son compte ?
La « manne tombée du ciel » - le terme est de Paul Fortin repris au sortir de l'entretien avec le gouverneur de la Banque centrale sur l'affectation à la Gecamines de 50 millions Usd de pas-de-porte chinois - a été tout simplement gaspillée dans la consommation de prestige (les missions ont explosé ces derniers mois à la Gecamines), alors qu'elle pouvait bien servir à la relance ou au renouvellement de l'outil de production.
Le Gecamines ne s'en cache pas, outre mesure. Sur son site, elle reconnaît que « la production des métaux par la Gecamines est restée à un niveau bas à cause de la dégradation de l'outil de production ». Même si, plus loin, elle indique que « des investissements sont en cours pour pouvoir améliorer la production ». 2009 sera vraisemblablement l'année la plus sombre de la Gecamines. Pourtant la manne tombée du ciel était bien là pour aider l'entreprise à financer sur fonds propres ses investissements. Mais, à la place, l'on n'a préféré consommer qu'investir. Avec les 2652 millions Usd, récoltés dans divers partenariats - c'est bien le cas de la Gecamines qui vit aujourd'hui de la cueillette - l'entreprise pouvait facilement redimensionner et renouveler son outil de production. Il n'en a pas été le cas. Comment ne pas s'en méprendre. Car avec une enveloppe similaire First Quantum Minerals a construit dans Frontier Sprl le plus grand concentrateur de la RDC, avec une capacité de production à maturité de 90.000 tonnes de cuivre. Qu'est-ce qui a donc fait défaut à la Gecamines pour avoir le même réflexe ? Aussi, pour les experts de la Banque mondiale qui effectue cette mission du Katanga, la Gecamines est devenue, par défaut de management et de vision pour l'avenir, un « fossoyeur » de l'économie congolaise, une « épine » pour l'industrie minière de la RDC.
Il y a lieu, pensent-ils, de repenser leur stratégie. De retour de cette mission du Katanga, l'on suppose qu'un grand changement va s'opérer dans le secteur minier de la RDC, plus particulièrement à la Gecamines afin que tout l'argent collecté serve réellement à la relance de la production.

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