Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: En marge de la visite de Mme Hillary Clinton en RDC - Au Nord-Kivu, les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre

Kinshasa — La visite, mardi 11 août 2009 de la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton à Goma où elle s'est entretenue avec le président Joseph Kabila Kabange, a le mérite d'avoir exhumé la question récurrente des violences sexuelles utilisées comme arme de guerre contre les populations civiles au Nord-Kivu. Les 17 millions de dollars Us promis aux victimes des actes de viol, pour soulager leurs souffrances morales et physiques, ne prennent pas en compte des centaines d'autres milliers de déplacés de guerre

« En République démocratique du Congo, le viol fait partie de la réalité quotidienne des femmes vivant dans la province du Nord-Kivu, où règne la violence depuis plusieurs années. En 2005, nos équipes ont accueilli 1.292 femmes victimes de violences sexuelles, et autant dans les six premiers mois de l'année 2006. Ces chiffres déjà impressionnants ne reflètent pourtant qu'une infime partie de la réalité dans cette région de l'Est », affirmait Malika Saim, responsable des programmes MSF en RDC, en juillet 2006.

« Le viol est utilisé comme arme pour terroriser la population, et le nombre de cas augmente à chaque recrudescence d'attaques et de combats. Dans ces régions de l'Est de la RDC, si le viol s'inscrit comme une forme de violence parmi d'autres, il est également perçu comme une + rétribution supplémentaire + à part entière par les groupes armés », selon la source.

MSF précisait que, « si les mineures (moins de 18 ans) sont particulièrement ciblées (à près de 40%), la tranche d'âge la plus touchée est celle des 19 - 45 ans (53,6 %), car elle correspond aux femmes qui travaillent aux champs pour subvenir aux besoins de leur famille ».

Ainsi, la violence sexuelle est considérée comme un acte qui « s'inscrit dans un contexte général de violence entretenue par les nombreux groupes armés présents dans cette région et se décline sous plusieurs formes : viols, mais aussi pillages, banditisme, affrontements armés pour le contrôle des villages ou des axes routiers ».

« Sur le plan médical, explique MSF, il est essentiel que les femmes ayant subi un viol viennent se faire soigner le plus vite possible. Dans un délai de 72 heures, il est possible de leur offrir un traitement préventif à base d'anti-rétroviraux, susceptible de leur éviter une contamination par le virus du Sida. Ensuite, dans un délai de cinq jours, nous proposons la pilule du lendemain pour éviter tout début de grossesse non désirée. La prise en charge médicale comporte aussi une antibiothérapie préventive contre les principales infections sexuellement transmissibles (syphilis, gonorrhée et chlamydiae), une vaccination contre le tétanos et l'hépatite B ».

Selon Malika Saim, « le traitement des traumatismes physiques tels que lésions, plaies, corps étrangers ou autres est également assuré. Le suivi est long et la durée totale d'une prise en charge médicale représente au moins six mois. Pour toute mise en place d'une telle offre de soins pour les femmes, il est essentiel d'identifier au préalable une structure de référence afin de réaliser les interruptions de grossesses demandées ».

« Sur le plan juridique et de la protection, un certificat médical attestant le viol est systématiquement établi et proposé à la patiente. Au cours de l'année 2005, et sur nos projets du Nord-Kivu, 17 % d'entre elles ont accepté ce certificat médical et 12% ont déposé une plainte auprès des autorités locales. Enfin, nous nous efforçons de garantir les deux principes que sont la confidentialité et de gratuité des soins », signalait Malika.

NOMBRE EXTREMEMENT ELEVE DE VICTIMES

Le conflit et la violence continuant de toucher des centaines de milliers de civils au Nord et au Sud-Kivu, « le nombre de victimes de violences sexuelles demeure extrêmement élevé », a constaté début août 2009 Romain Gitenet, chef de mission pour MSF à Goma.

« Lors des combats ou des attaques sur les villages, de nombreux civils sont tués, violés, blessés et sont contraints de fuir dans la forêt ou vers des camps. Nous sommes face à un nouveau pic de violence. Lorsque les attaques se rapprochent des villages ou des camps, les gens fuient dans la forêt. La semaine dernière, par exemple, les habitants de Bikenge, dans le district de Walikale, ont fui leur village et sont restés cachés plusieurs jours dans la forêt, vivant dans des conditions très dures », a-t-il noté.

Par l'entremise de dispensaires mobiles servant à atteindre les populations dans des zones rurales instables, les équipes MSF ont dispensé des soins à quelque 2.800 victimes de violences sexuelles, des soins chirurgicaux à 700 personnes souffrant de blessures liées à la violence, 290.000 consultations médicales, un traitement médical à 2.600 patients atteints de choléra, a mené environ 300.000 consultations médicales au cours du premier semestre 2009 et soigné des patients atteints du choléra au premier semestre 2009.

MSF, qui travaille dans la région du Kivu depuis 1992, note que « le viol est une autre forme de violence extrêmement courante qui vise les femmes et les hommes. Les populations civiles font l'objet d'attaques directes par les belligérants. Les villages suspectés d'être proches de l'une des parties au conflit sont parfois la cible de représailles et sont alors systématiquement détruits. Les civils sont également victimes de racket, leurs réserves de nourriture et leurs biens sont volés chez eux ou dans les camps de personnes déplacées. Et certains doivent, sous la menace d'hommes armés, transporter leurs chargements ».


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