Du 5 au 20 juillet 2009, s'est tenue, dans la capitale algérienne, la deuxième édition du Festival culturel panafricain d'Alger (PANAF). A l'ouverture officielle de la manifestation, à la "Coupole Mohammed Boudiaf", un message du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a été livré par son représentant spécial, Abdelaziz Belkadem. Synthèse d'un discours à l'allure d'un cours d'histoire.
A Alger, sur les bords de la Méditerranée, "patrie des causes africaines", se sont donné rendez-vous, après 40 ans, les acteurs du monde de la culture du continent noir pour que "s'égrènent à nouveau les arpèges de la kora et du balafon, les voix enchanteresses des griots, les sonorités des drums et les tonalités gracieuses de la cornemuse".
De partout, à travers l'Afrique, ont accouru des artistes pour chanter en chÅ"ur la fraternité, les "instances harmonieuses de Malaïka", la légende de Myriam Makéba, avec qui, l'Algérie a décerné son passeport numéro un le premier jour de son indépendance.
Le rassemblement unanime des enfants du continent, a dit le président Bouteflika dans sa lettre, célèbre l'Afrique, la renaissance africaine en terre algérienne, où s'éteignirent la reine Ranavalona III de Madagascar et le roi Béhanzin de Dahomey (actuel Bénin), exilés par la puissance coloniale d'alors.
Leur péché, "avoir voulu entrer en résistance, être les auteurs de leur propre histoire et non les sujets d'un destin imposé par l'étranger". Leur combat, a rappelé Boutef, faisait écho aux appels à la lutte pour la dignité humaine de Soundjata Keïta, Chaka, l'émir Abdelkader et que des écrits de grands chroniqueurs et historiens comme Ibn Khaldoun, Joseph Ki-Zerbo, Cheikh Anta Diop et ont situé dans "la longue chaîne du refus africain de l'oppression allogène et de la plongée cauchemardesque dans la nuit coloniale".
Difficile de perdre le souvenir des hautes luttes
Pour Abdelaziz Bouteflika, 40 ans après le premier rendez-vous d'Alger, il fallait vérifier que les luttes de libération nationale et les politiques de consolidation de l'unité et de développement culturel, économique et social ont apporté des réponses concrètes à la quête primordiale des Africains de la diaspora que sont William Edgard Burghart Du Bois, Marcus Garvey ou George Padmore.
Egalement à celle des premiers théoriciens de la renaissance africaine tels Alioune Diop, Aimé Césaire. Il est alors normal de se souvenir qu'entre les deux festivals, des actions multiformes et de mobilisation soutenue des pères fondateurs de l'ex-OUA et des leaders de l'Afrique indépendante ont été menées pour assurer la libération totale du continent du joug colonial, sortir de prison Nelson Mandela et mettre fin à l'apartheid.
Que dans la phase d'intenses mutations, il était patent que "le nationalisme s'est investi en panafricanisme et que l'aspiration à une conscience politique commune à tous les Africains ainsi que leur émancipation, s'est répandue partout sur le continent, selon le vÅ"u exprimé par Kwamé N'Krumah".
Que la conférence de Durban, elle, a vu l'Afrique démasquer définitivement les tenants de l'inégalité des races humaines et les adeptes de l'anthropologie physique, à travers "le retour sur sa terre natale et son inhumation conforme aux rites africains de Sarah Bartman, la Venus hottentote, dont le corps supplicié avait été livré aux naturalistes des musées d'histoire naturelle".
Volonté manifeste d'avancer ensemble
Le président algérien a aussi salué le remarquable travail de Doudou Diène sur la route de l'esclavage ; la création de l'Union africaine ; la mise en Å"uvre du NEPAD. Pour lui, le PANAF, à travers l'immense Å"uvre des artistes, rappelle au monde que l'indépendance, arrachée au prix fort, n'a pas encore permis de réaliser toutes les espérances et que d'autres guerres doivent être menées contre la faim, l'ignorance, la maladie, la pauvreté, l'exclusion et les inégalités qui constituent le terreau fertile et le combustible de la violence et du terrorisme.
Il rappelle également, avec le meilleur des antidotes contre la violence, c'est-à-dire la culture, que "les peuples africains ont des racines profondément ancrées dans l'histoire de l'humanité". Le festival est la traduction d'une volonté politique des Africains de porter, dans une dynamique ambitieuse, le berceau de l'humanité vers l'avant.
Une imposture inacceptable
Pendant longtemps, l'Afrique a été donnée pour un continent sans hommes, sans histoire. Charles André Julien, un grand historien pourtant, écrit que "l'Afrique noire, la véritable Afrique, se dérobe à l'Histoire".
Coupland, quant à lui, écrit dans son Manuel sur l'histoire de l'Afrique Orientale : "Jusqu'à Livingstone, on peut dire que l'Afrique proprement dite n'avait pas eu d'histoire. La majorité de ses habitants étaient restés, durant des temps immémoriaux, plongés dans la barbarie.
Tel avait été, semble-t-il, le décret de la nature. Ils demeuraient stagnants, sans avancer ni reculer". De son côté, Pierre Gaxotte affirme sans démordre dans la Revue de Paris : "Ces peuples (vous voyez de qui il s'agit) n'ont rien donné à l'humanité ; et il faut bien que quelque chose en eux les en ait empêchés. Ils n'ont rien produit, ni Euclide, ni Aristote, ni Galilée, ni Lavoisier, ni Pasteur.
Leurs épopées n'ont été chantées par aucun Homère". Beaucoup en son temps, à l'écoute de pareils discours, ont eu du mal à croire que l'histoire est cette merveilleuse discipline qui forme les esprits et l'entendement. Ils se sont alors insurgés contre ces allégations mensongères.
L'Afrique a bien un passé
Comme eux, Bouteflika a saisi l'occasion du PANAF 2009, pour raconter l'Afrique retrouvée dans l'intégrité de sa mémoire collective. Il s'est fait un messager pacifique et généreux d'une "Afrique matrice de l'homme saluant l'humanité entière et rappelant éloquemment à tous que le premier vagissement humain sur terre était africain, et qu'il s'était élevé vers le firmament de notre continent, aube naissante de l'humanité".
Contrairement à ce que les explorateurs et autres historiens ont affirmé, l'Afrique n'était pas un "terra nullius". Les découvertes de vestiges archéologiques et de fossiles des premiers hominidés préhistoriques l'attestent. Et le président algérien d'inviter les plus incrédules à interroger l'histoire de l'Egypte pharaonique, celle sur l'esclavage et la civilisation paléolithique.
Passée la période de gloire, signale "l'historien" Bouteflika, aucun pays africain ne s'est assoupi. Il en veut pour preuves les statues votives de la dynastie des Moogh nanamsé au Burkina Faso, les bas-reliefs du palais d'Abomey au Bénin, les proverbes ashanti ou baoulé, des témoignages vivants qui suggèrent qu'à "l'ombre du froid cérémonial des expositions coloniales, l'Afrique et les Africains gardaient leurs trésors enfouis au plus profond de leur âme".
Parlant des valeurs esthétiques des Å"uvres africaines, baptisées d'"expressions d'art primitif", de la "pensée sauvage", d'"arts premiers", d'"arts derniers", le débat est également nourri. Les travaux de Claude Lévi-Strauss et de Théodore Monod ont tranché.
Selon eux, l'Afrique existe très concrètement, et il serait absurde de continuer à la regarder comme une table rase à la surface de laquelle on peut bâtir, ex-nihilo, n'importe quoi. Léo Frobenius pour sa part, libre de tout préjugé, a affirmé dans un contexte colonial aigu, l'égale grandeur en droit de toutes les civilisations.
Au festival culturel panafricain d'Alger, l'Afrique, une fois de plus, a révélé son identité. Les festivaliers ont appris à se découvrir dans la diversité sans négliger l'autre. L'aventure a été exaltante, attendue, espérée, rêvée ; pour reprendre les propres termes du premier des Algériens.
Synthèse de : D. Evariste Ouédraogo

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