Kinshasa — Si le 3ème sommet ordinaire des chefs d'Etat de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs s'est tenu le 8 août à Lusaka, en Zambie, alors qu'il devrait se tenir à Kinshasa, le prochain sommet se déroulera, dans deux ans, à Kampala, en Ouganda. Entre les deux, et dans un meilleur délai, un sommet spécial sur la République démocratique du Congo est prévu. Question de clôturer officiellement la mission « Obasanjo-M'Kapa ».
Un sommet spécial sur la République démocratique du Congo sera organisé nécessairement dans le cadre de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Pourquoi un autre sommet alors qu'il y a eu déjà deux à Nairobi avant celui du 8 août à Lusaka et que la co-facilitation internationale, en la personne de Olusegun Obasanjo et M'Kapa, a déposé son rapport ?
Lors de ce IIIème sommet, les chefs d'Etat et de gouvernement présents dans la capitale zambienne ont «seulement pris acte» de ce rapport sans le débattre, devant l'absence de présidents Joseph Kabila, de la RDC, et Paul Kagame du Rwanda, plus concernés par ce dossier.Certes, il y a eu le sommet de Goma entre Joseph Kabila et Paul Kagame. Mais le rapport Obasanjo-M'Kapa doit être endossé par la grande majorité des chefs d'Etat de la CIRGL, et particulièrement ceux de la RDC et du Rwanda pour clore officiellement le mandat de la co-facilitation internationale.
Car il est de ces problèmes qui exigent qu'ils soient parfaits. Il s'agit particulièrement de 2 millions de personnes déplacées en République démocratique du Congo. Il s'agit nullement d'un fait divers, mais d'une question qui, mal gérée, demeure une bombe à retardement.
Ensuite, il est de l'obligation morale et politique de la Communauté internationale d'accompagner avec beaucoup d'efficacité le travail des FARDC qui sont déterminées à déloger les forces négatives en vue de ramener la paix au Kivu. Enfin, après le mandat Obasanjo-M'Kapa, le suivi doit être assuré par la CIRGL et non par la CEPGL. Cela n'a pas été décidé à Lusaka.
DES INQUIETUDES
Le sommet de Lusaka a soulevé des inquiétudes pertinentes. Tenez. Sur 11 chefs d'Etat attendus, trois seulement ont effectué le déplacement pour rejoindre leur collègue de la Zambie. Donc, il n y a eu que 4 chefs d'Etat sur les 11. A savoir ceux de l'Ouganda, de la Tanzanie, du Kenya et de la Zambie en tant que pays hôte.
Le Burundi a été représenté par son vice-Président ; la RCA par un Premier ministre, la RDC, le Rwanda, le Congo/Brazzaville et le Soudan par les ministres de la Coopération régionale et des Affaires étrangères.
Il est vrai que l'agenda de travail du président de la RDC a été fort chargé avec l'arrivée de la secrétaire d'Etat américaine. Il s'était excusé. Cependant, pour les observateurs avertis, il se pose un réel problème dans l' Afrique des Grands Lacs. Tout se passe maintenant comme si on commençait à se désintéresser de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Ce qui constitue un mauvais signal.
Bien plus, le Secrétaire exécutif de la CEPGL, Ntoyi, n'a pas effectué le déplacement de Lusaka. Moins encore son adjoint, le Congolais Professeur Ntumba Luaba qui n'aurait pas reçu le quitus de « son chef ». Dire que la CEPGL a été relancée grâce à une résolution de la CIRGL. Ce qui a permis à des pays comme la Belgique de débloquer 5 millions de dollars pour que la reprise des activités soit effective.
En effet, l'accalmie observée ces derniers mois ne signifie pas que la paix est totale. Il existe encore un réel potentiel de conflits qui peuvent exploser à n'importe quel moment.
Notamment en RDC où les FDLR et la LRA n'ont pas encore été complètement neutralisées. La crainte est de voir la LRA faire jonction avec les combattants du Darfour, rallumant ainsi le feu au Soudan où l'observe des conflits tribaux. Déjà, la LRA s'est repliée en RCA. Entre l'Angola et la RDC, il y a toujours la question de Cabinda. La sécurité est fragile au Kenya après les élections de 2007. Le nord de ce pays risque de devenir un no man's land avec la situation chaotique en Somalie qui sert de plaque tournante de trafics d'armes dans la région.
Entre la RDC et l'Ouganda, l'on craint que si le dossier «Pétrole du Lac Albert et l'île Rukwanzi» est mal géré, tout peut arriver au moment où l'on suppose que Museveni est en train d'achever son dernier mandat. D'autre part, le Kenya et l'Ouganda se disputent l'île de Migingo. Autant de cas qui suscitent des inquiétudes.
DOSSIERS CHAUDS
Outre la situation sécurité encore préoccupante dans la région, il existe des « Dossiers chauds» qui méritent qu'on accorde le bénéfice de l'urgence afin de définir des programmes durables. Le premier dossier est celui de «l'exploitation illégale des ressources naturelles».
Une question capitale. Car tant que le contrôle des mines échapperait aux Etats, il est impossible de mettre fin aux conflits armés dans la région. Une politique commune en termes de bonne gouvernance est exigée pour la gestion des ressources naturelles.
Dans les précédentes lignes, l'on a fait allusion aux personnes déplacées : plus de deux millions dans la région. Ajouter à cela la lutte contre les violences sexuelles désormais reconnues comme un crime contre l'humanité ; les projets économiques à mettre en route et enfin l'accompagnement de la bonne gouvernance. Sur ce point précis, le Centre de Lusaka pour la bonne gouvernance et la démocratie a été ouvert au cours de ce sommet. Reste qu'il fonctionne normalement.
Tout ceci exige de l'engagement des chefs d'Etat concernés et des moyens importants. La CIRGL n'a besoin que de 3 milliards de dollars US pour huit ans. Or, sur le Fonds spécial de la reconstruction de la région, seuls six pays ont versé leur contribution. Il s'agit de la RDC, de l'Ouganda, du Kenya, du Rwanda, du Burundi et de l' Angola. Les autres traînent les pieds. Quant au « Groupe des Amis des Grands Lacs », la crise financière internationale les a refroidis.
LE ROLE DE LA RDC
De ce qui précède, il revient à la RDC de saisir cette opportunité que lui offre la CIRGL pour rebondir sur le plan régional. Faire de la CIRGL son outil d'action régionale.
D'ailleurs, il y a des signes qui ne trompent pas. Le rééquilibrage de la politique africaine des Etats-Unis dans la région des Grands Lacs, au profit de la RDC, demeure la preuve la plus éclatante que le Congo peut revenir sur le devant de la scène et jouer un rôle de premier plan dans les Grands Lacs.
Mais il faut savoir lire ces signes de temps, s'approprier cette initiative afin de mieux gérer toutes les meilleures opportunités qui renforcent la position géostratégique de la RDC dans la région des Grands Lacs.

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