Kinshasa — Serait-ce le dernier virage avant la déclaration officielle de la faillite de la Minière de Bakwanga (Miba) ? Nombre d'observateurs penchent déjà pour cette option. Au niveau du gouvernement, estiment-ils, ce ne serait plus qu'une question de calendrier - toutes les stratégies mises en oeuvre pour sauver cette entreprise ayant montré leur limite.
« Faut-il créer un nouveau capital après avoir déclaré la Miba en faillite ? » C'est l'interrogation, rapporte Radio Okapi sur son site Internet, lancée par le Premier ministre, Adolphe Muzito, à son arrivée samedi dernier à Mbuji-Mayi, chef-lieu de la province du Kasaï Oriental.
Dans cette partie, le chef du gouvernement est en visite à la Minière de Bakwanga, cette entreprise publique en grande difficulté malgré la mise en oeuvre de différents plans de sauvetage initiée au niveau de l'exécutif pour la tirer de la zone rouge. La Sengamines, une entreprise minière d'économie mixte, opérant dans la même ville, se trouve aussi dans l'agenda du Premier ministre.
Samedi même, le chef du gouvernement a eu un bref entretien avec le comité directeur de la Miba avant d'effectuer une visite au polygone minier. «S'agissant de la Miba, le président de la République a demandé un rapport, celui de lui dire où nous en sommes avec la Miba, parce que ça va faire deux ans que nous avons, au niveau du gouvernement, commencé à injecter l'argent », a-t-il expliqué à ses interlocuteurs. Tel un tonneau de Danaïdes, «les fonds notamment empruntés à Raw-Bank a servi plutôt aux initiateurs du prêt.
Sa mission va ainsi lui permettre de faire une analyse à trois niveaux : les finances de l'entreprise, sa production et son circuit commercial. Une option devra lors être levée par rapport à ces questionnements, a souligné le Premier ministre : « Est-ce que le niveau actuel (de la Miba) permet que les partenaires extérieurs soient intéressés par notre secteur ? Quel type de partenariat ? » Adolphe Muzito de poursuivre : « Nous pouvions aussi nous poser la question : est-ce qu'il faut créer un nouveau capital après avoir déclaré la Miba en faillite ? Mais tout cela suppose une période de transition en attendant que la société soit vendable », a-t-il conclu.
DES PROMESSES FALLACIEUSES
Selon un rapport de l'Assemblée provinciale du Kasaï-Oriental, la Miba a déboursé plus de 135 millions de dollars américains au cours des dix dernières années pour soutenir l'effort des guerres qui ont ravagé la RDC, a souligné radiookapi.net, qui rapporte l'information.
La situation s'est aggravée avec la mégestion et les interférences, notamment le détournement à Kinshasa, de plus de 400.000 carats de diamant de la Miba, sans toutefois identifier l'auteur ou les auteurs de ce détournement.
Plus grave, les promesses non tenues du gouvernement ont enfoncé davantage cette société d'économie mixte. Le jeudi 17 septembre 2008 à Kinshasa sous l'égide du ministère du Portefeuille, il était annoncé la signature d'un accord portant avec deux institutions financières sud-africaines. Rien n'était réelle, ainsi que l'a démontré la suite des événements. Comme la Gécamines, malade et incapable de se relever, la Miba est mise dans des conditions d'un dépeçage.
«La ministre du Portefeuille multiplie des actes de distraction tendant à confirmer la thèse d'une mise à genoux de la Miba en préparation d'un démantèlement», a confié un syndicaliste en séjour à Kinshasa. «Où sont les 140 millions Usd de IDC et DBSA », s'est-il interrogé. «Qu'a-t-on fait du prêt Raw-Bank de 11 millions Usd ? Etait-il opportun d'engager la société sur cette voie ? Qu'est-ce qui avait guidé la ministre Mabunda a piloté cette opération vouée à l'avance à l'échec ? Quel est le sort des titres gagés pour garantir ce prêt Raw-Bank ?» Un flot de questions que le syndicaliste s'est posé.
Le constat est là, les craintes des travailleurs exprimés à l'époque, étaient suffisamment justifiées. La révocation de l'ancien PAD Paul Kabongo n'a, en effet, rien résolu. L'échec est sans appel pour tous ceux qui avaient tenté de relancer la Miba, par un forcing sans lendemain. Ils sont rattrapés. «Le Premier ministre a vu juste, la solution passe par la recapitalisation de la société en respectant les règles en la matière», conclut le syndicaliste. Et pourtant, depuis toujours des observateurs avaient sonné l'alarme que la direction gouvernementale amenait droit à un mur. Elle était contraire aux intérêts de la Miba et favorable à ses initiateurs.
B-M. B. ET F.K.

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