Kinshasa — La 85ème brigade a été retirée de Bisié en mars 2009. Global Witness estime que le départ de la 85ème brigade aurait pu annoncer un revirement important de la situation à Bisié mais que ceux qui ont pris la relève du contrôle de la région ne font que reproduire bon nombre des mêmes pratiques. Global Witness a appris tout dernièrement que la 1ère brigade, qui a remplacé la 85ème brigade, continue de profiter du commerce de minerais. Des militaires de la 1ère brigade sont physiquement présents dans la carrière et extorquent de la cassitérite et des « taxes » aux mineurs à des barrages routiers situés le long de la route menant à Bisié.
La 1ère brigade se compose en partie d'anciens membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), un groupe rebelle qui s'est livré à des batailles acharnées contre l'armée congolaise jusqu'en janvier 2009, moment où il a annoncé qu'il s'alliait au gouvernement. Un processus d'« intégration accélérée » d'anciens combattants du CNDP à l'armée congolaise a conduit au déploiement de brigades dirigées par d'anciens commandants du CNDP dans les régions riches en minerais du Nord et du Sud-Kivu.
La 1ère brigade est dirigée par le colonel Antoine Manzi, ancien commandant de la CNDP. Certaines sources à Walikale ont informé Global Witness du fait que Manzi et d'autres membres de la 1ère brigade, dont le colonel Hassan Bin Mashabi (un autre ancien membre du CNDP), profitaient de l'exploitation de la cassitérite à Bisié.
En outre, des éléments fidèles au colonel Sammy Matumo sont restés dans la région depuis le départ de la 85ème brigade et continueraient de soutirer leur part de la production de cassitérite de Bisié. Certains d'entre eux feraient partie du groupe armé responsable de l'attaque du 12 août.
Poursuite de l'implication de hauts officiers militaires dans le commerce de minerais en 2009
Des officiers militaires haut placés, y compris des commandants de la 8ème région militaire du Nord-Kivu, sont toujours impliqués dans le commerce illégal de minerais. Parmi eux figure le colonel Étienne Bindu, promu en deuxième place dans la chaîne de commandement de la 8ème région militaire en juillet 2009. Global Witness avait déjà dénoncé le rôle de Bindu dans l'exploitation des minerais à Walikale, notamment à Bisié. En août 2009, de nombreuses sources ont confirmé que Bindu continue de profiter directement de ce commerce, même après le départ de la 85ème brigade qu'il avait protégée pendant les trois années durant lesquelles Bisié se trouvait sous le contrôle de la brigade.
Des représentants de Global Witness ont rencontré le colonel Bindu à Goma et lui ont fait part de leurs conclusions. Celui-ci a nié catégoriquement avoir jamais été impliqué dans le commerce de minerais et a affirmé ne jamais avoir mis les pieds à Bisié. Poursuite de l'implication des militaires dans le secteur minier au Sud-Kivu
Lors de leur dernière visite, les enquêteurs de Global Witness ont également découvert que l'implication des militaires dans le secteur minier reste importante dans de nombreuses régions du Sud-Kivu, par exemple dans les carrières de cassitérite et de wolframite de Mushangi/Lutunkulu à Walungu, et dans différents lieux de Mwenga.
Certains des militaires impliqués dans le secteur minier sont des unités de la 10EME région militaire ; par exemple, des membres de la 10ème région militaire maintiennent le contrôle de la mine d'or de Mukungwe (Walungu) depuis mars 2008. D'autres sont des unités de l'opération Kimia 2, opération militaire soutenue par l'ONU pour lutter contre les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) - groupe armé essentiellement composé de Hutu rwandais, dont certains membres auraient participé au génocide de 1994 au Rwanda.
Des groupes d'opposition armés soutenus grâce au commerce de minerais
Des groupes d'opposition armés continuent de se maintenir grâce au commerce de minerais dans certaines régions de l'est de la RDC . Les FDLR, ainsi que de plus petits groupes armés tels que les Forces républicaines fédéralistes (FRF) et les Maï-Maï Yakutumba, ont maintenu le contrôle de zones retirées de Fizi, dans le sud du Sud-Kivu, une zone riche en or, en cassitérite et en autres minerais, où l'opération Kimia 2 n'a pas encore été complètement déployée.
Le déploiement de l'opération Kimia 2 semble avoir momentanément perturbé les activités minières des FDLR dans certaines autres zones, mais on ignore encore son effet à plus long terme. Les FDLR ont abandonné certaines mines dans des zones de Mwenga (Sud-Kivu) en prévision du déploiement de l'opération Kimia 2, pour finalement poursuivre leurs activités minières dans des zones adjacentes. Les FDLR sont devenues de plus en plus violentes à l'égard de la population civile depuis le lancement de l'opération Kimia 2.
Dans d'autres cas, par exemple dans certaines zones de Mwenga et de Kalehe, des unités de l'armée congolaise participant à l'opération Kimia 2 ont commencé à s'emparer de sites miniers après en avoir délogé les FDLR.
Un certain progrès de la part des autorités gouvernementales et des commerçants en minerais
Avant le discours tenu par le Premier ministre le 7 août à Walikale, le ministère des Mines avait élaboré un projet visant à remettre de l'ordre dans le secteur minier, reposant notamment sur la création de centres de négoce situés à proximité des sites miniers, afin de permettre une meilleure surveillance des activités commerciales dans les zones affectées par le conflit. Le ministre provincial des Mines du Sud-Kivu a également introduit de nouvelles procédures qui contraignent les commerçants en minerais à fournir des documents précis sur leur chaîne d'approvisionnement. Global Witness note avec satisfaction ces initiatives, mais estime que leur réussite dépendra d'un engagement politique soutenu de la part de tous les acteurs impliqués.
Global Witness a également rencontré des représentants des comptoirs à Goma et à Bukavu qui exportent des minerais vers des entreprises européennes et asiatiques, entre autres. Certains d'entre eux ont affirmé désormais soumettre leur chaîne d'approvisionnement à des contrôles plus stricts et ne plus acheter de minerais provenant de zones contrôlées par des groupes armés.
Global Witness estime que les comptoirs devraient catégoriquement refuser d'acheter des minerais dont on sait qu'ils bénéficient à des groupes armés ou à des unités militaires, tels que ceux qui sont produits à Bisié ou à Mukungwe. De telles mesures permettraient d'exclure ces groupes de la chaîne d'approvisionnement et donc d'améliorer la réputation des comptoirs et de restaurer la confiance du marché international.

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