Kinshasa — Le gouvernement devrait tenir son engagement à démilitariser le secteur minier, souligne l'Ong britannique Global Witness dans un communiqué publié le mercredi 18 août depuis son siège de Londres.
L'exécution de civils près de la carrière de cassitérite de Bisié à Walikale, Nord-Kivu, dans l'Est de la République démocratique du Congo, le 12 août 2009, est un rappel brutal du rôle clé que joue la richesse minérale du Congo dans le conflit violent qui affecte le pays, affirme ce jour l'organisation de campagne Global Witness.
Au moins 16 personnes auraient été tuées et 45 autres blessées lors d'une attaque lancée contre le village de Mpama, près de la carrière de Bisié, dans les premières heures du 12 août. La plupart des victimes étaient des civils ; deux officiers de police ont également été tués. Les auteurs de ces actes ont pillé biens personnels et argent.
Selon les premières informations, l'attaque aurait pu être perpétrée par un groupe Maï-Maï nouvellement constitué. Lors d'une visite dans la région en août 2009, Global Witness avait appris qu'un nouveau groupe armé d'autodéfense, composé en partie d'anciens membres de la 85ème brigade de l'armée congolaise, était en cours de formation à Walikale dans le but de conserver le contrôle de la cassitérite à Bisié. La 85ème brigade contrôlait la mine jusqu'en mars 2009, avant d'être remplacée par la 1ère brigade. D'autres études sont en cours pour connaître les circonstances exactes de l'attaque.
« La tuerie à Mpama démontre que la richesse minérale peut inciter à la violence et que les mines de l'Est du pays sont un point focal pour les activités des groupes armés », a déclaré Patrick Alley, directeur de Global Witness. « Cela souligne la nécessité pour les forces de sécurité congolaises et l'ONU d'en faire davantage pour protéger les civils dans les zones minières ».
Cependant, Global Witness a averti que l'attaque ne devrait pas servir de prétexte pour envoyer un plus grand nombre de soldats dans les mines. «Les forces militaires dans l'Est de la RDC devraient être là pour protéger les civils et maintenir la paix, non pas pour piller les richesses minérales », a affirmé Patrick Alley.
L'attaque dont Bisié a fait l'objet est survenue quelques jours seulement après que le gouvernement congolais a lancé un appel à la démilitarisation du secteur minier, dont Global Witness se félicite par ailleurs. Le 7 août 2009, le Premier ministre Adolphe Muzito, accompagné du ministre des Mines et d'autres hauts fonctionnaires, se sont rendus à Walikale et ont transmis les consignes du président Joseph Kabila selon lesquelles tous les militaires devaient quitter les sites miniers.
Moins de trois semaines avant la visite du Premier ministre, Global Witness avait publié un rapport intitulé « Face à un fusil, que peut-on faire ? ». Ce rapport décrit la participation considérable de groupes armés et de l'armée congolaise au commerce de minerais, ainsi qu'à des pratiques telles que le travail forcé et l'extorsion systématique à l'encontre des civils.
« Le discours du Premier ministre constitue à ce jour la plus forte directive qui soit quant à l'implication illégale des militaires dans le commerce de minerais », a affirmé Patrick Alley. « Cette initiative favorable pourrait représenter la première étape d'une démarche visant à empêcher l'ensemble des parties belligérantes d'accéder à la richesse minérale. Le gouvernement devrait désormais veiller à tenir son engagement sans plus tarder ».
Global Witness a souligné combien il était important de mettre un terme à l'impunité qui protège les membres de l'armée impliqués dans le commerce de minerais. « Non seulement les militaires devraient être retirés de tous les sites miniers, mais les officiers militaires qui ont participé au commerce illicite de minerais ou qui l'ont autorisé devraient être traduits en justice », a ajouté Patrick Alley.

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