La Tribune (Algiers)

Gabon: Première élection présidentielle sans Omar Bongo Ondimba - Les Gabonais face à leur destin

Lyes Menacer

25 Août 2009


L'annonce officielle, dans une clinique privée espagnole, de la mort du «père» des Gabonais, Omar Bongo Ondimba, le dernier symbole de la Françafrique, a ouvert la voie aux ambitions de nombreux politiques de son pays. La plupart d'entre eux ont évolué pendant des années sous son giron mais ils n'ont jamais osé l'affronter.

En premier lieu, son fils Ali Bongo Ondimba, âgé de 50 ans, à la fois membre du comité central du Parti démocratique gabonais (créé par son père) et ministre de la Défense nationale de 1999 jusqu'à sa démission de ce poste à l'occasion de la présidentielle du 30 août prochain. À ses côtés, il y aura 23 autres concurrents dont d'anciens proches de son père qui n'a pas voulu d'un successeur désigné, laissant ainsi le jeu ouvert après sa mort. Au total, la commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP) a ratifié et validé, le 23 juillet dernier, 23 dossiers de candidature. Outre Ali Bongo, il y a six ministres sortants, trois candidats de l'opposition, des membres de la société civile et des pasteurs et proches de l'Eglise d'éveil. Sur les 23 candidats, 14 se présentent sous la bannière de candidats «indépendants», mais cinq ou six ont réellement la chance d'être élus. En cas d'élections libres et transparentes évidemment.

D'un côté, il y a les représentants de la majorité (Ali Bongo Ondimba, Casimir Oyé Mba, André Mba Obame et Jean Eyeghe Ndong), et de l'autre camp, celui de l'opposition (Pierre Mamboundou, Zacharie Myboto et Paul Mba Abessole). Cette profusion de candidatures engendrera un éclatement du corps électoral. Au départ, certains ont prédit un vote identitaire. La présence de quatre candidats issus de la même ethnie, celle des Fang (qui représente la communauté majoritaire au Gabon et d'où est sorti Omar Bongo) a rapidement rendu caduque cette thèse.

Par ailleurs, l'enthousiasme suscité chez les politiques gabonais l'est aussi au sein de la société civile qui croit réellement en une nouvelle ère pour le pays. Dès l'annonce de la date de la tenue du scrutin présidentiel par la présidente intérimaire, Rose Francine Rogombé, les électeurs gabonais se sont rués devant les guichets des mairies afin de s'inscrire pour certains, se réinscrire et renouveler leurs cartes d'électeurs pour d'autres. Le nombre d'électeurs a atteint les 900 000 inscrits sur une population de 1,5 million d'habitants. Il faut noter que la mainmise sur le pouvoir par Omar Bango, pendant quatre décennies, a poussé les Gabonais à bouder les urnes. La dernière élection locale d'avril 2008 a enregistré un taux d'abstention de plus de 70%. Lors du premier scrutin présidentiel sans Bongo, on doit cependant s'attendre à tout car certains pensent que le risque de fraude massive au profit d'Ali Bongo n'est pas à écarter, notamment dans les casernes où rien ne peut empêcher les militaires de voter plus d'une fois. Le bourrage des urnes au profit d'Ali Bongo pourrait ainsi ouvrir une brèche capable de plonger le pays dans une crise politique aux conséquences dangereuses pour l'avenir du pays.

La constitution d'un front «Tout sauf Ali», en référence à Ali Bongo, mené par le leader de l'Union pour le peuple gabonais, Pierre Mamboundou, a suscité quelques craintes en haut lieu. Agé de 69 ans, Mamboundou a toujours été l'éternel second d'Omar Bongo. Aujourd'hui, il représente l'espoir d'une alternance qui mettra le pays sur la voie de l'ouverture démocratique. Sa désignation à la tête de l'Alliance pour le changement et la restauration (ACR) illustre la confiance placée en lui pour provoquer une rupture avec les Bongo. L'ACR regroupe en son sein l'Alliance nationale des bâtisseurs (ANB), le Rassemblement national des bûcherons (RNB), l'Union pour la nouvelle république (UPNR) et d'autres mouvements disséminés à travers toutes les provinces du pays. Cette alliance qui s'est créée à l'occasion d'une élection attendue aussi bien par les gabonais que par les partenaires étrangers de ce pays riche en ressources naturelles. La peur d'un éventuel dérapage à la veille et après l'élection a poussé Rose Francine Rogombé, qui occupait jusque-là le poste de présidente du Sénat, à intervenir afin de remettre de l'ordre.

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Mme Rogombé a menacé d'appliquer rigoureusement la loi contre «les fauteurs de troubles» et «les marchands d'illusions» qui auraient l'intention de déstabiliser le Gabon qu'elle a qualifié de «havre de paix et de liberté». «Les fauteurs de troubles, où qu'ils soient et quels qu'ils soient, seront punis conformément à la loi», avait-elle affirmé lors d'un discours télévisé à l'occasion de la fête nationale, le 17 août dernier. «Nous devons prendre garde aux tensions artificielles suscitées ici et là dans notre pays aujourd'hui», a-t-elle ajouté. A la veille de l'ouverture officielle de la campagne électorale, le 14 août dernier, la présidente intérimaire a averti, sur un ton menaçant, que «le temps de l'élection n'est un temps de non-droit pour personne, ni pour les électeurs ni pour les candidats». La peur d'un dérapage postélectoral, en raison de la tension sociale qui s'est greffée au vide politique provoqué par la disparition soudaine de Bongo, a nourri le doute de Mme Bongo qui a, en fait, la lourde charge d'assurer sa mission jusqu'au bout.

La présidente par intérim du Gabon a reconnu que le pays fonctionnait au ralenti et que le front social demeure en ébullition. Après quinze jours de campagne électorale plus animée que celle des précédentes présidentielles, les Gabonais devront affronter leur destin le 30 août et tenter, eux-mêmes, de provoquer ce changement et sortir leur pays de quatre décennies de gouvernance à sens unique et par la seule personne de Omar Bongo.

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AllAfrica - All the Time
Author: lxzenst
Tue Aug 25 11:05:56 2009

Je vous signale tout simple qu'Ali Ben Bongo n'a pas démissionné comme mentionné dans cet article, il a été démis de ses fonctions par Rose Francine Rogombé le 14 août 2009.

confère par exemple http://www.fasozine.com/index.php/monde/monde/713-ali-ben-bongo-demis-de-se s-fonctions-de-ministre-de-la-defense


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