Le Patriote (Abidjan)

Cote d'Ivoire: Dr Kouakou Jacquemin - "Si les médicaments sont bien pris, le malade guérit"

interview

Après avoir abordé les causes de la recrudescence de la tuberculose et ses signes symptomatiques, le Dr Kouakou Jacquemin, coordonateur du programme national de lutte contre la tuberculose, évoque dans la seconde partie de l'entretien, qu'il nous a accordé, les risques d'un traitement mal fait de la maladie.

Une fois la maladie diagnostiquée, comment se fait le traitement?

Pour savoir exactement qu'il s'agit de la tuberculose, on fait un prélèvement de crachat qu'on envoie au laboratoire. Et le microscope nous permet de voir le microbe de la tuberculose. Une fois qu'on est sûr que c'est la tuberculose, on commence le traitement. Ce traitement est fait de plusieurs médicaments combinés en même temps. On appelle cela une polychimiothérapie. Pour le traitement de départ, on associe quatre médicaments, qui sont pris pendant deux mois. Ensuite, on fait un contrôle de crachat, à la suite de quoi on diminue le nombre de médicaments. Le malade ne prendra alors qu'un comprimé qui contient seulement deux principes actifs. Et cela pendant quatre autres mois. Ce qui fera au total six mois de traitement. Pendant toute cette période, le malade fera trois contrôles. Le premier contrôle au deuxième mois, le deuxième au cinquième mois et le troisième au sixième mois. Ces contrôles sont nécessaires car ils permettent des interventions. Si le malade est toujours positif au premier contrôle, on combine les quatre médicaments sur un mois encore. Au cinquième mois si le malade est toujours positif, on conclut à un échec du traitement. Dans ce cas, il y a un autre traitement qui, lui, combine cinq médicaments au départ et que le malade prendra cette fois-ci pour une durée de huit mois.

Comment garantir alors le succès du 1er traitement ?

Il faut éviter que le malade ne prenne pas ses médicaments. Il faut donc réunir toutes les conditions pour qu'il soit assidu pendant le traitement. Associer les parents et même la communauté pour un soutien. Parce que nous le constatons, quand nous avons un traitement pour une petite maladie de 10 jours, ce n'est pas sûr que nous prenions les médicaments correctement pendant ces 10 jours. Celui qui doit prendre des médicaments pendant 6 mois ou 8 mois, c'est véritablement difficile. Il faut donc encourager le malade pour qu'il prenne ses médicaments. Car quand il ne va pas au bout du traitement, les microbes ne sont pas tués, et il rechute. Dans ce cas, on commence à être inquiet pour ce patient. Mais comme je l'ai dit, il y a une alternative, un second traitement qui combinera cinq médicaments pendant huit mois. Et généralement on arrive à rattraper le malade. Car si les médicaments sont bien pris, il guérit.

Quel est le coût du traitement et les médicaments sont-ils toujours disponibles ?

Depuis que la Côte d'Ivoire a pris en charge la lutte contre la tuberculose, il n'y a jamais eu de rupture de médicament. Ces derniers temps avec les difficultés que connaît l'Etat, le programme a exécuté des projets auprès des bailleurs de fonds. Une structure de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), le GDF (Global Drug Facility), nous donne gratuitement des médicaments depuis 2007. Nous avons également des projets d'achat de médicaments avec le fonds mondial. Jusque-là, il n'y a pas de rupture de médicament et je peux affirmer que le programme ne connaîtra pas de rupture de médicaments ces temps-ci. Nous avons des projections jusqu'à 2012, voire 2014 sur des projets pour l'achat de médicaments antituberculeux. Le traitement est totalement gratuit et le même dans tous les centres.

Quel message lancez-vous à la population pour mieux la sensibiliser face à cette maladie ?

Nous demandons à la population de se faire consulter assez tôt. Car quand la maladie a trop évolué et que l'organisme s'est affaibli, les chances de guérison diminuent. Une fois que le malade consulte tôt, ses anticorps sont encore efficaces et donc, avec le traitement, il connaît un succès à 100%. On invite la population à faire la consultation dès qu'une personne dans l'entourage tousse et crache depuis plus de trois semaines. Quand on est dépisté tuberculeux, il faut accepter la maladie. Nous avons connu des cas où même des intellectuels refusent la maladie. Ils n'acceptent pas qu'avec leur statut, ils puissent être contaminés par la maladie. Ils pensent que c'est une maladie de pauvre. Mais quand nous citons les facteurs favorisant l'éclosion de la maladie, on constate qu'on peut être un haut cadre et rencontrer au cours de sa vie un de ces facteurs. Il faut donc accepter la maladie et aller jusqu'au bout de son traitement. Et quand on est tuberculeux, il faut éviter de transmettre la maladie à son entourage. En toussant, il faut se fermer la bouche. En parlant, il faut se mettre à distance de celui qui est à côté. Dès les premiers instants où la maladie est dépistée, il faut accepter de manger seul, au besoin dormir seul dans sa chambre pour ne pas qu'en toussant la nuit, vous distillez les microbes. C'est en menant toutes ces actions que nous arriverons tous à juguler la maladie dans le pays.


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