Fasozine (Ouagadougou)

Guinée: Joyandet aboie, Dadis passe

Sauf sursaut de dernière minute, le capitaine Moussa Dadis Camara sera candidat à l'élection présidentielle guinéenne, dont le premier tour a été fixé au 31 janvier 2010. Les ingrédients se mettent progressivement en place pour qu'après avoir accédé à la présidence par la force, le chef de la junte légitime son pouvoir par les urnes. Il a été, on ne peut plus clair, dans sa réplique sans fioriture aucune, aux forum des forces vives qui avait appelé, le 23 août dernier, la population à dire non à «toute velléité de confiscation du pouvoir par la junte».

En effet, l'homme du camp Alpha Yaya Diallo n'est pas passé par quatre chemins pour signifier que «personne ne peut-lui-interdire-de-se-présenter». Que la France et Alain Joyandet, son secrétaire d'Etat à la Coopération, se le tiennent donc pour dit! Bien que M. Joyandet s'y soit ouvertement opposé, en martelant que «Dadis Camara doit respecter ses engagements», on voit mal, pour l'instant, comment Paris peut vraiment faire obstacle à ce projet, dont les contours se précisent chaque jour un peu plus.

En son temps, le Togolais, Feu Gnassingbé Eyadema, un autre militaire, Général de surcroît, s'était engagé devant Jacques Chirac à ne plus briguer l'un de ses énièmes mandats à la tête du Togo. Au bout du compte, l'homme mourra au pouvoir, avec la bénédiction de nos ancêtres les Gaulois! Plus près de nous, n'est-ce pas la même France qui, par la voix de son même secrétaire d'Etat, a accordé un blanc-seing démocratique à Abdel Aziz, le Général putschiste qui a chassé, par la force, un président civil sorti des urnes mauritaniennes?

A l'Elysée, les intérêts ont toujours été plus forts que les aspirations des populations africaines. Tandja qui, envers et contre tout, est en train de s'incruster à vie dans le fauteuil présidentiel, aurait pourtant fait la promesse contraire à Nicolas Sarkozy. Du reste, dans l'un de ses shows télévisés qu'il affectionne tant, et qui lui manqueraient à en mourir s'il devait quitter le pouvoir, Dadis Camara a pris comme étoile polaire, la Mauritanie et son tout nouveau président... Abdel Aziz.

La loi implacable de la jurisprudence devrait imposer le silence à la France. Dadis ne fera probablement pas exception à la règle d'or des dirigeants africains: on ne prend pas le pouvoir pour le quitter... de son vivant. Les Guinéens le savent mieux que quiconque, eux qui ont enterré Sékou Touré et, plus récemment, Lansana Conté, tous deux morts au pouvoir.


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