Kinshasa — India Omari de l'Institut congolais pour la conservation de la nature fait un point sur la dégradation de l'environnement, notamment la disparition de certaines espèces en République démocratique du Congo avec Le Potentiel. La décision de l'Unesco de déclasser certains parcs comme patrimojne mondiale est un risque selon M. Omari
Depuis un temps, on parle de la disparition des espèces animales dans les parcs nationaux de la RDC. Quel est l'état de lieu actuel de ces aires protégées ?
La RDC est un pays post-conflit. Les guerres qu'elle a connue ont détruit la plupart de nos aires protégées : les parcs nationaux, les réserves animalières, les domaines de chasse. Les parcs des Virunga, Salongo, Upemba, Kundelungu, Kahuzi-Biega, ont servi des refuges aux différents groupes armés et ont été le théâtre des opérations de guerres. Cette situation a, par conséquent, contribué au braconnage, au déboisement irrationnel et à l'écocide. A cause de la destruction systématique de ces milieux naturels, notre écosystème est en train de perdre sa valeur, et cette situation peut nous amener à un changement climatique. Des eaux usées qui traînent dans les trous creusés par les bandes armées et d'autres personnes à la recherche des minerais, sont nuisibles non seulement à la végétation, mais aussi aux animaux qui peuvent vider leurs réserves.
Comment réagissez-vous à la décision de l'Unesco de déclasser de la liste des sites du patrimoine mondial de nos parcs nationaux, notamment celui de Virunga ?
C'est depuis longtemps que l'Unesco est en train de menacer de déclasser nos cinq sites listés dans le patrimoine mondial, à cause de la disparition de leurs espèces animales rares. Et pourtant, ces dernières intéressent toute l'humanité. Nous risquons de perdre l'avantage d'attirer les investisseurs, les touristes et les chercheurs scientifiques en RDC. C'est pour cette raison que l'Unesco a attirée cette sonnette d'alarme. Tenez, plusieurs recherches scientifiques sont en train d'être effectuées à travers le monde. Mais, nos parcs peuvent, à cet effet, leur servir des matériels didactiques. Raison pour laquelle, notre comité de gestion à l'Institut congolais pour la conservation de nature (ICCN), est en train de plaider, lors de ses différentes tournées en Europe par exemple, pour le maintien des parcs nationaux sur la liste de biens du patrimoine mondial de l'Unesco. Certains bailleurs de fonds et ONG sont en train de venir nous appuyer pour que nous puissions rendre nos parcs nationaux viables. Et cela, en les réhabilitant et les modernisant selon les normes internationales. Nous estimons que pour décourager la population à détruire les réserves naturelles, il faudra créer pour elle des projets communautaires très bénéfiques.
Quelle démarche entreprend l'ICCN pour que la loi sur la conservation de la nature soit respectée dans les parcs Upemba et la réserve animalière de Kando, où est installée une dizaine d'entreprises minières qui envahissent ces aires protégées ?
Depuis son arrivée à la tête de l'ICCN, l'actuel comité de gestion se penche sur ce dossier. Cependant, il se pose un problème dans notre pays. Il existe des textes qui ne sont pas parfois conformes aux réalités et aux institutions démocratiques actuelles. Et nous avons cerné cette problématique. C'est pour cette raison que notre comité a, au préalable, mis sur pied un nouveau projet des lois sur la conservation de la nature, afin que ces textes soient conformes aux normes internationales. Ce projet des lois a été remis au gouvernement et sera en discussion au parlement avant sa promulgation. Il doit sans doute résoudre les différents problèmes qui se posent sur la conservation de la nature en RDC. Entre-temps, notre comité de gestion travaille avec les députés provinciaux pour que l'ICCN soit effectivement rétabli dans ses droits. Il est vrai que l'expropriation de certaines parties de nos parcs remonte à l'époque où chaque groupe armé y faisait sa loi au mépris des lois internationales sur la conservation de la nature. Mais actuellement, nous sommes en train de sensibiliser les populations et les exploitants miniers sur les conséquences de l'écocide et l'intérêt qu'ils ont à évacuer les endroits expropriés.
Où en est l'ICCN avec son mémorandum adressé à l'Assemblée provinciale du Bas-Congo concernant l'expropriation de la plage de Muanda et une partie des mangroves de la côte atlantique ?
Nous entendons toujours la réaction des députés provinciaux du Bas-Congo. Notre directeur provincial suit l'évolution de ce dossier. Nous souhaitons qu'il soit traité lors de la reprise des plénières à l'Assemblée provinciale. L'environnement étant un enjeu de taille, l'ICCN est obligé d'être rétabli dans ses droits. A cet effet, nous avons déjà saisi les autorités compétentes. Il sied de souligner que des effets de ces expropriations sont en train déjà de se faire sentir. Et nous nous demandons si les hommes à qui on a loti anarchiquement ces endroits se rendent compte du danger que représente l'exploitation pétrolière exercée à côté d'eux. Or, les mangroves qu'ils détruisent peuvent bien pallier à l'équilibre écologique dans ce coin de la province du Bas-Congo.
Comment l'ICCN compte-t-il se prendre à la décision gouvernementale de transformer les entreprises publiques et établissement de l'Etat en sociétés commerciales ?
Nous remercions le chef de l'Etat et le gouvernement d'avoir pris cette décision. Nous affirmons que l'ICCN y a été déjà préparé. Et cela, grâce à une revue institutionnelle de l'Union européenne et d'autres organismes qui nous y avons préparés à l'avance. C'est pour cette raison qu'il n' y a pas eu des agitations à l'ICCN quand le gouvernement a pris cette décision.

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