Wal Fadjri (Dakar)

27 Août 2009

Sénégal: Election présidentielle - Qui en 2012 ?

opinion

A un peu plus de deux ans de l'élection présidentielle de 2012, le Sénégal politique vit une situation marquée par au moins quatre faits majeurs : Un Président sortant en âge avancé dont la candidature sera difficilement défendable malgré la possibilité de droit, un parti au pouvoir qui, à force de guerres fratricides, d'arrogance et d'erreurs graves, ne pourra pas faire bloc autour d'une seule candidature, une opposition réunie autour de Bennoo Siggil Senegaal qui, après l'union sacré des locales de 2009, fera difficilement le choix de la candidature unique, une société civile sans leadership véritable capable de faire le suffrage citoyen nécessaire au hold-up face aux politiques. Cette situation clair-obscur va certainement perdurer jusqu'en 2012 et ne sera pas pour faciliter la décision de l'électeur sénégalais qui procède plus par renoncement exclusif que par choix adhésif.

Sauf extraordinaire, l'essentiel des électeurs sénégalais savent, à un peu plus de deux ans de la présidentielle de 2012, le choix ou les choix qu'ils ne feront pas. Le problème majeur est le choix qu'ils vont faire. Cette situation les place dans une sphère d'indécision qui ouvre le vaste champ de toutes les possibilités. L'électeur sénégalais semble avoir fini de comprendre le poids réel de sa carte électorale. Le jour du vote est ainsi le moment extraordinaire d'égalité entre le citoyen lambda et le chef de l'Etat qui, durant un mandat, a tenu les destinées de la nation. C'est un moment de sanction positive ou négative de toute une action.

Avant 2000, certaines situations confuses faisaient que beaucoup électeurs étaient sous influence de pouvoirs religieux, traditionnels ou simplement sociaux. Pour ces électeurs, il fallait attendre et entendre ce que pensent ces leaders locaux pour orienter le choix. Depuis 2000, et de plus en plus, les citoyens font le tri entre le spirituel et le temporel et résistent en silence aux orientations politiques des 'grand électeurs' qui, eux aussi, hésitent à donner des consignes de vote pour ne pas perdre la face en cas d'échec de leur candidat. Aujourd'hui, le champ d'impact des consignes de vote se rétrécit au rythme de la conjoncture économique. L'électeur qui vit la crise et qui la subit dans sa chair, sait dire non, une fois dans l'isoloir, à son marabout, à son mentor local. Il le fait moins par défiance que par réalisme. Il vote pour l'avenir. Le moment du scrutin est un instant privilégié pour ne pas se mentir à soi-même, pour regarder le miroir de sa conscience et faire le choix déterminant. Ce choix tiendra compte de l'environnement social, économique, culturel, cultuel, psychologique. Ce choix est d'abord sanction ou récompense des gestionnaires sortant de la chose publique.

Les Sénégalais majoritairement en sont là, indécis même si, dans leur table de valeurs, certains candidats s'auto-excluent eux-mêmes. Ils ne voteront plus pour les mains sales. Ils ne voteront plus pour l'arrogance. Ils ne voteront plus pour l'incompétence. Ils ne voteront plus pour l'indécence. Ils ne voteront plus pour la ruse.

Pour qui voteront-ils ?

Le candidat à élire en 2012 devra plus incarner une transition qu'une vision. La personnalité du candidat sera plus déterminante que son programme ou son appareil. Il devra donner des assurances claires par son parcours et sa sagesse que la république sera restaurée, que les citoyens seront d'égale dignité, que le mérite sera valorisé, que la solidarité ira aux nécessiteux, que l'Etat sera protecteur et non répressif, que le coeur du président sera imbibé d'amour pour chaque individu. Les électeurs ne voudront plus d'un homme distant dans une tour d'ivoire, encore moins d'un populiste jouant avec leurs sensibilités. Ils attendront les candidats sur les thèmes du courage, de la persévérance, de la nécessité enfin de faire le bilan (non la chasse aux sorcières) des 52 ans d'indépendance.

Qui sera élu chef de l'Etat du Sénégal en 2012 ? Qui est actuellement en pole position ? Qui a plus de chance que les autres ? Répondre objectivement à ces questions relève sincèrement, en l'état actuel, du casse-tête chinois.

Les candidats potentiels qui viendraient du Sopi actuel, seront un peu trop 'grillés' par le lourd fardeau d'explications qu'ils doivent à un peuple qui n'acceptera pas l'omerta sur certains faits, pour ne dire fautes de gestion évoquées sur la place publique. Il est quasi illusoire qu'un candidat qui accepterait de défendre, au-delà du béton, le passif du Sopi, puisse emporter le suffrage des électeurs en 2012. Le Sopi n'a pas rempli le contrat moral qui le liait aux électeurs massivement civils et apolitiques de 2000. Le Sopi, en dépit du béton de Dakar et Thiès, laisse et laissera un pays révulsé par des pratiques difficilement défendables parce que sortant des limites tolérées par le bon sens. 'On ne trompe pas plus de deux fois une .', disait l'autre dame ou ex du Sopi.

Quid de Bennoo Siggil Senegaal ?

Du côté de Bennoo, les 'septuagénaires et presque' voudront sans doute faire leur baroud d'honneur en tentant leur dernière chance pour 2012. Il leur sera difficile de faire avaler la pilule de leur désunion même stratégique. Parmi les jeunes loups de Bennoo, certains seront tentés de se mettre en orbite dès 2012 pour marquer une certaine constance payante vers les joutes de 2017 et 2022. Leur pari sera risqué même s'ils peuvent faire prévaloir une certaine virginité pour non-implication dans les affaires des cinquante années d'indépendance. Leur âge et leur manque d'expérience seront des handicaps majeurs pour rallier les suffrages. Bennoo a intérêt à désigner le candidat unique au moins six mois avant les élections pour permettre la campagne d'explication nécessaire à une adhésion populaire.

Auront-ils, ces leaders de Bennoo, la hauteur nécessaire à un renoncement historique au nom de la république ? That is the question. Une pluralité de candidatures issues de Bennoo entraînera inéluctablement un fort taux d'abstention d'électeurs qui feront le choix du non choix pour sanctionner tout le monde. Le Sénégal de 2012 a plus besoin de transition vers de vraies valeurs que d'effritement électoraliste.

Qui alors en 2012 pour organiser la transition ?

En vérité, le président que les Sénégalais devront élire en 2012 ne sera pas perçu comme un messie. L'expérience du Sopi aura, au moins, le mérite de démystifier la personne au profit d'institutions fortes. Mais ce sont les hommes qui font les institutions et, la personnalité du futur président restera déterminante. Le Sénégal de 2012 sera vraiment démocratique ou ne le sera pas pour longtemps encore. Tout dépendra du rapport que le futur président aura avec les trois A : Argent, Administration, Affaires. Le président élu en 2012, n'aura pas un pays à construire, mais bien des valeurs à restaurer d'abord.

Qui en 2012 ? La question n'est pas posée trop tôt. Elle est d'actualité et elle n'est pas taboue dans la tête de l'électeur, dont la rationalité n'est pas sincèrement prise en compte par les hommes politiques. L'électeur sénégalais est largement en avance sur les hommes politiques qui pensent encore avoir affaire à des prospects qu'il faut convaincre par des artifices. Dans le calendrier républicain, 2012, c'est dans un peu plus de deux ans. Dans la tête des électeurs, 2012, c'est maintenant et c'est vital pour la démocratie et le développement réel de l'ensemble du Sénégal. Ensemble voulant dire au-delà de Dakar et ses inondations anachroniques face au béton que, pourtant, l'on nous chantait en grande pompe hier.

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