Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Un TPI pour le Congo

analyse

Avant que l'opinion ne digère la menace de la Cour Pénale Internationale de lancer 48 mandats d'arrêt à charge d'une brochette de personnalités congolaises présumées coupables des crimes contre l'humanité dont certaines sont proches du pouvoir en place, voilà que Mme Hillary CLINTON vient de larguer sa « bombe » de la constitution d'un Tribunal Pénal International Spécial sur le Congo à l'instar de ceux du Rwanda, de la Sierra Léone et de la Yougoslavie.

L'idée semble provenir de sa dernière visite officielle effectuée en RDC tout au début de ce mois pendant sa tournée africaine qui l'a vue au Kenya, en Afrique du Sud, en Angola, en RDC, au Nigeria, au Libéria et au Cap Vert. C'est lors de son passage dans l'un des multiples camps des déplacés, en l'occurrence celui de Mugunga, près de la ville de Goma, que la Secrétaire d'Etat américaine a vécu l'horreur qui doit avoir réveillé en elle le spectre d'un vrai génocide que la RDC a vécu et continue à vivre au quotidien. Ce génocide qui a ravagé de nombreuses contrées et localités de la République et cela d'Ouest en Est, du Nord au Sud, a été perpétré non pas seulement lors de ce que l'histoire retiendra pour longtemps comme la première «guerre mondiale en Afrique, mais depuis les massacres des Kasaïens au Katanga commandités par des gens qui ne cessent de narguer la conscience internationale.

La réalité rattrape et dépasse le rêve

Tout porte à croire que c'est suite aux échanges que l'ex-first Lady a eus avec les déplacés de guerre déclenchée par le C.N.D.P. que tout a basculé dans sa tête en ce qui concerne le dossier du Congo. C'est à peine croyable et la réalité semble rattraper le rêve. Incroyable mais vrai, dirait un rescapé de ce génocide ! L'épouse de celui qui avait présidé aux destinées des Etats-Unis d'Amérique de 1992 à 2000 et qui avait fermé les yeux face aux multiples agressions armées perpétrées par des troupes régulières des pays voisins fait un mea culpa d'une rare intensité. Que va-t-il se passer ? De prime abord, l'on devrait garder la tête froide et ne pas se faire des illusions car le coût d'une telle opération est si lourd en infrastructures matérielles, financières et humaines que les enquêtes risquent de prendre trop de temps, de sorte que certains principaux acteurs incriminés et des témoins oculaires peuvent mourir ou disparaître dans la nature. Car, ce génocide a touché toute l'étendue du territoire national du fait qu'outre les tués par balles ou armes blanches, il faut surtout compter les victimes du Sida, étant entendu que les pays voisins avaient, de manière délibérée et planifiée, déversé en RDC des dizaines des milliers d'hommes en armes porteurs de ce virus dont les dégâts sont énormes et touchent toutes les classes sociales, tous sexes confondus.

Rien qu'à voir l'état alarmant et infrahumain dans lequel vivent ces déplacés de guerre, la Secrétaire d'Etat n'a pas pu contenir ses larmes surtout lorsque des femmes lui ont relaté les scènes de violences sexuelles massives dont elles sont victimes quotidiennement perpétrés par tous les hommes en armes. En plus des rapports que lui ont transmis les Organisations caritatives opérant dans cette partie de la République.

Il n'y a pas que la partie orientale du pays qui a été le théâtre des violences perpétrées par les troupes rebelles et régulières. Les hostilités ont touché les 2/5ème de la province du Kasaï, du Katanga, de l'Equateur, même si le Bas-Congo n'a subi des dégâts qu'après le raid organisé en août 1998 sur la base militaire de Kitona et le Bandundu n'a vécu cette horreur que durant l'avancée des troupes de l'AFDL, avec le massacre de Kenge.

Le devoir de mémoire : un nouveau Nuremberg

Si pour moins de huit cent mille morts, la communauté internationale a mis en place un Tribunal Pénal International pour le Rwanda, il est incroyable que le sort des cinq millions des morts direct et indirect soit jeté aux oubliettes, a déclaré Mme Hillary Clinton. Et dire que ce génocide se poursuit encore sous l'indifférence totale et surtout que cela touche la tranche la plus vulnérable des populations, à savoir les femmes, et les enfants. Voilà l'élément capital qui a fortement ému la Secrétaire d'Etat américaine. D'autant que l'Etat d'Israël continue à recueillir des archives sur la SHOA. La toute dernière concerne les plans des camps de concentration retrouvés dans une habitation et qui portent les marques du général Himmler, chef des SS lors de la deuxième guerre mondiale, qui a été caractérisée par le génocide de près de 6 millions des Juifs à travers toute l'Europe Occidentale.

Pour que cela ne se répète plus jamais, le devoir de mémoire recommande que la même communauté internationale mette en place une juridiction pénale internationale devant connaître de tous les crimes contre l'humanité commis en RDC depuis 1990. C'est la seule façon d'honorer la mémoire des victimes et de soulager psychologiquement leurs familles. A ce jour, les Juifs se sentent bien à l'aise vis-à-vis des Allemands parce qu'il y a eu le procès de Nuremberg.

Un «Plan Marshal» pour la RDC

Certes, il faut ériger un tribunal pénal pour juger les auteurs et commanditaires de tous ces crimes ignobles et imprescriptibles. Cependant, force est de reconnaître qu'à l'instar de l'Etat d'Israël, qui reçoit chaque année des compensations de l'ordre de dix milliards des dollars Us, la hauteur des crimes contre l'humanité perpétrés au pays de P.E. Lumumba, Etienne Tshisekedi, L-D Kabila et Antoine Gizenga exige mieux que cela. Notamment un véritable Plan Marshal destiné à financer des infrastructures que ces guerres injustes et bêtes ont détruites et surtout à relancer l'économie de ce pays aux dimensions continentales et jouissant d'une position stratégique enviable en plus du fait que la RDC dispose d'énormes cours d'eau et des forêts vierges qui produisent l'oxygène dont ont grandement besoin les plus grandes mégapoles des puissances industrielles du monde. De même, il est établi que l'une des causes des convoitises des pays voisins est liée aux richesses dont regorge le Congo et dont l'exploitation pourrait chasser un tant soit peu le chômage et permettre des échanges économiques harmonieux.


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