La Presse (Tunis)

Tunisie: Quand la musique fait du surplace - Le trop plein de festivals déteint aussi sur la critique

Songeons-y un peu : à force de voir les mêmes choses, d'écouter les mêmes voix ressasser les mêmes chansons, les plumes se fatiguent à leur tour. Risque de «panne sèche».

Que dire qui n'ait été dit déjà ?

A être francs c'est ce qui se fait partout. A dire vrai c'est la période qui s'y prête. Quand la musique a du mal à s'inventer un futur, «le surplace» est un peu le lot de tout le monde. Artistes ou médias: aucune différence. Mais il y a plus grave que sécher, que manquer d'inspiration ou d'arguments : il y a qui se complaisent dans cet état de quasi immobilité comme à dessein, pour barrer toute perspective à l'art. L'impression, en plus, est que chacun y trouve son compte, et que dès lors nul n'a plus de raison de s'inquiéter.

Plus de lieux que de productions

Concrètement pourtant le dommage subi n'est pas négligeable. Il n'y a qu'à se référer à l'exemple du festival de la musique tunisienne. Celui-ci est à l'arrêt non pas seulement parce que les professionnels ne sont pas d'accord, il piétine surtout en raison d'un manque flagrant de production. Combien de créations nouvelles nous proposent nos compositeurs chaque année? Quels spectacles offrent-ils aux grands festivals d'été? Qu'en est-il du théâtre lyrique dans notre pays?

Depuis une quinzaine d'années la tendance est beaucoup plus à créer des lieux de spectacles qu'à créer de la musique à proprement parler. Ajoutons-y la vogue de la chanson satellitaire, une sorte de modèle standard qui suffit au commerce du CD et du clip, mais dessert fatalement le bon goût. A cela encore vient se greffer (hélas) une certaine indolence du journalisme culturel qui hésite encore, malgré des signes évidents, à prévenir contre les aléas d'une programmation festivalière satisfaite de sa quantité, peu soucieuse de sa qualité.

«Que les directeurs de festivals se creusent les méninges!» titrait l'autre jour notre collègue Slah Grichi (La Presse du 25-8-2009). A la bonne heure. Si nos poètes et nos compositeurs sont à court d'inspiration, si la critique somnole et se laisse aller à la routine ambiante, c'est aux responsables de ces manifestations que devrait revenir, en effet, la tâche de secouer la torpeur générale. Solution simple: exiger de vrais dossiers de spectacles, avec une conception artistique complète, scènes et musiques, de vrais contenus, de vrais devis, et non point des prétextes de concerts sous des intitulés pompeux. «Galas à la petite semaine» qui emplissent les poches et vident l'art musical de tout sens.


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