Le Potentiel (Kinshasa)

Afrique Australe: Attiré par l'offre de BHP Billiton - Kinshasa annonce la révisitation du projet Westcor

Kinshasa — Vendredi 4 septembre, Yengo Masampu, Adg de la Snel, annonce à la FIKIN la volonté de la RDC de revisiter le projet Westcor pour, selon lui, 'clarifier certaines choses'. Lecture contraire dans le rang des experts de la SADC qui déclarent que le projet Westcor sera étendu aux autres pays de la sous-région, BHP Billiton (partenaire privé de Kinshasa) ne devant rester qu'un des clients de la Snel. Qui dit mieux ?

La République démocratique du Congo aura, en marge du sommet de la Communauté de développement de l'Afrique australe qui se tient du 2 au 8 septembre à Kinshasa, la présidence de cette organisation sous-régionale. Pendant une année, la RDC aura donc la charge de matérialiser les divers engagements pris par les pays membres de cette organisation dans la longue marche vers l'intégration sous-régionale.

L'on attend donc de Kinshasa des gestes qui rassurent pour que l'intégration ne soit pas un simple slogan. Or, sur ce point précis, il y a des projets qui sommeillent au sein de la SADC faute d'un engagement ferme de Kinshasa. Sur la liste de ces projets - en veilleuse, pour la plupart - figure, pour le secteur énergétique, le projet Westcor qui met en oeuvre cinq ans de la SADC dont la RDC. Cependant, tout a été conclu ; notamment entre les compagnies nationales d'électricité des pays associés, dont la Société nationale d'électricité pour le compte de la RDC la mise en oeuvre du projet. Mais, par après, silence radio. Le projet Westcor marque le pas, les exceptions se multiplient, particulièrement dans le rang de la RDC, pour la concrétisation des options mutuellement retenues dans ce cadre.

Depuis le vendredi 4 septembre 2009, on en sait un peu plus sur les intentions de la RDC. A en croire l'administrateur délégué général de la SNEL, Yengo Masampu, qui intervenait, en marge de la journée de l'énergie organisée à la Foire internationale de Kinshasa, la RDC a levé l'option de revisiter le projet Westcor. La raison, selon l'Adg de la Snel, est d'équilibrer certaines clauses pour que la RDC trouve son compte dans le consortium monté, à cet effet. « Concernant le projet Westcor, on est en train de revisiter parce qu'il y a certaines choses qu'il faut clarifier », a déclaré l'Adg de la Snel.

Mais, pourquoi avoir attendu si longtemps pour s'engager sur cette voie ? Qu'est-ce qui a pu changer entre-temps ? Yengo Masampu n'a pas dévoilé les mobiles cachés de cette décision. Mais, l'on sait d'ores et déjà que l'offre présentée à la RDC par le géant minier BHP Billiton pour la construction d'Inga 3 n'est pas loin de ce brusque revirement de la part de la RDC. L'Adg de la Snel ne s'en est pas caché. « Nous pouvons aussi développer Inga 3 sans qu'on fasse recours aux autres (Ndlr : les quatre pays membres de la SADC associés au projet) », a-t-il dit, à ce sujet.

Cependant, qu'est-ce qui prouve que cette fois-ci la RDC ne retomberait pas dans les mêmes erreurs du premier contrat conclu avec les pays de la SADC ? Face à cette inquiétude, l'Adg de la Snel a relativisé. « Il faut rendre la forme assez bien pour qu'il n'y ait pas assez de problèmes dans l'avenir », a-t-il indiqué.

Concernant la nouvelle option privilégiée par Kinshasa pour la construction d'Inga 3, il a formellemen dit que les contacts très avancé avec BHP Billiton. En effet, le géant minier envisage de construire dans le Bas-Congo une fonderie d'aluminium. Malheureusement, l'investissement exige énormément du courant électrique que la centrale d'Inga ne peut pas fournir dans son état actuel. D'où, la nécessité pour BHP Billiton d'aider la RDC à finaliser la construction d'Inga 3 pour avoir l'énergie nécessaire à alimenter sa fonderie. Sans doute, attiré par l'offre alléchante de BHP Billiton, Kinshasa n'a pas hésité à se détourner de ses amis de la SADC au profit du géant minier. C'est le scenario le plus probable.

Néanmoins, si cette nouvelle option levée par Kinshasa se concrétise, c'est l'image de la RDC qui s'en sortira sérieusement ternie au sein de la SADC. Maintenant que la RDC assume la présidence de cette organisation sous-régionale, Kinshasa doit inévitablement poser des gestes qui rassurent pour ne pas donner l'impression d'évoluer à contre-courant de l'impératif d'intégration.

UN TEST POUR LA RDC

Projet d'intégration sous-régional de la SADC pour la production et le transport de l'énergie électrique, Westcor (Western power corridor en anglais, c'est-à-dire Corridor ouest de l'énergie), implique, outre la RDC avec la Snel, quatre pays de la SADC, à savoir l'Angola (ENE), la Namibie (Nampower), le Botswana (BPC) et la République sud-africaine (Eskom).

Dans le plan de mise en oeuvre du projet, il était prévu la création d'une société de transport de haute tension qui va vendre l'énergie à ces cinq pays, car Westcor n'aura que 5 clients qui sont les 5 sociétés d'électricité, chacune d'elles gardant ses clients à l'intérieur de son pays. Gaborone, capitale du Botswana, devait accueillir son siège social.

Sur papier, la société a déjà été créée au travers de trois (3) accords, dont le premier était un accord intergouvernemental qui autorisait les sociétés d'électricité de signer un accord inter-sociétés. Ensuite, il y a eu la signature d'un accord d'actionnariat, le 7 septembre 2005 à Gaborone (Botswana). Chaque société actionnaire a fait la libération des fonds du capital initial. En novembre 2005, cette société devait devenir opérationnelle. Puis ce fut le trou noir.

A l'intérieur de la RDC, des analystes considèrent que la répartition égalitaire des parts au sein du consortium joue en défaveur de la RDC. Pour ces analystes, un rééquilibrage est nécessaire afin de prendre en compte l'emplacement du site sur le territoire congolais. La question lancinante est celle de comprendre comment les autres Etats peuvent devenir propriétaires au même titre que la RDC du barrage d'Inga III, par le simple fait de souscrire au capital social de Westcor.

Seulement, la RDC, qui avait accepté de travailler avec d'autres Etats de la sous-région dans ce cadre, a l'obligation de respecter sa signature. Agir autrement, c'est déstabiliser les bases d'intégration sous-régionale mises en oeuvre dans le cadre de la SADC.


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