La Sierra Leone n'est pas le Sénégal. Mais à écouter et à lire les informations relayées par différents médias sur le naufrage d'un ferry, mardi dernier au large de Freetown, on a une nette impression que cette catastrophe maritime ressemble par bien des aspects à celle du Joola (bateau sénégalais) en 2002, au large de la Gambie.
Il y a d'abord une unité de temps et de lieu. En effet, tout se passe sur la côte ouest-africaine, dans l'océan Atlantique. Ensuite, la météo qui prévalait au cours des deux accidents n'était pas clémente. Le navire sierra léonais a été secoué mardi soir par une forte tempête, avant de couler "en quelques minutes" dans l'Atlantique, près de la petite île de Plantain Island (Sud-Ouest), rapportent divers récits des rescapés cités par l'Agence France presse (AFP). En son temps, le Joola avait rapidement chaviré dans l'Atlantique, un soir de tempête, au large de la Gambie.
En outre, les deux catastrophes se produisent pratiquement à la rentrée scolaire. Selon des témoignages de rescapés, un grand nombre d'enfants se trouvaient mardi à bord du bateau pour rejoindre des établissements scolaires de Freetown. Quant au Joola, il ramenait de Casamance (Sud du Sénégal) vers Dakar un grand nombre d'élèves après les grandes vacances.
Ensuite, des similitudes s'observent également au niveau de la responsabilité humaine dans les deux naufrages. Un doigt accusateur est ainsi notamment pointé sur la surcharge (non -respect du nombre de passagers et du tonnage des marchandises à transporter). Toutes choses qui ont rendu les deux embarcations plus vulnérables surtout par mauvais temps. Le flou artistique qui règne au niveau de l'établissement du nombre exact de victimes, voire de personnes à bord est illustratif à cet égard. Selon une liste officielle, "241 passagers" sont montés à bord du bateau sierra léonais. "Il est possible qu'il y ait eu plus de 300 personnes à bord", a souligné le ministre-adjoint des Transports. Bien plus, le bateau transportait "d'énormes chargements d'huile de palme, des sacs de riz, des lots de noix de cola et d'autres marchandises", d'après un témoin.
Parallèlement, 1 863 personnes ont péri le 26 septembre 2002 dans le naufrage du Joola, de source officielle. Après cet accident, des experts maritimes français avaient indexé "le dépassement systématique du nombre maximal admissible de passagers". Le navire, prévu pour 550 passagers, en transportait officiellement plus de 1.900, précise une dépêche de l'AFP. Celle-ci souligne que des retards ont été enregistrés même dans l'arrivée des secours.
La mère d'un disparu affirme que "quasiment dix heures se sont écoulées avant que la première mission soit lancée" pour porter les premiers secours au large de Freetown, tout comme les passagers du Joola avaient péri sans que l'alerte de détresse soit donnée. Bref, les secours n'avaient été mis en oeuvre que très lentement le lendemain.
Le nombre élevé de victimes de part et d'autre s'explique par le fait que la réglementation en matière de sécurité, dans un cas comme dans l'autre, n'était pas une préoccupation majeure, comme le témoigne la quasi absence des gilets de sauvetage à bord. Comme Le Joola, les occupants du bateau sierra léonais étaient à la merci de l'océan qui n'a pas hésité à les avaler.

Comments Post a comment