Honoré Ouedraogo
13 Septembre 2009
Il est presque un truisme de dire que le Liberia est un pays qui vient de très loin en matière de paix. Après plusieurs années de conflit armé, la naissante stabilité qui semblait avoir de beaux jours devant elle, risque d'être compromise par des faits de prime abord utiles, mais dont la gestion indélicate peut être lourde de conséquences. Arrivée à la tête du pays en 2005, Ellen Johnson-Sirleaf a entrepris un certain nombre de projets visant à rétablir la vérité et la justice. C'est ainsi que fut installée une Commission vérité et réconciliation (CVR), chargée d'enquêter notamment sur la guerre civile qui a ravagé le pays de 1989 à 2003. Epinglée dans le rapport final de ladite commission rendu public en juillet, la "Dame de fer", tout en reconnaissant avoir collecté, lors de son exil, des fonds pour Charles Taylor, ancien chef d'Etat, dit l'avoir fait pour permettre à ce dernier de renverser Samuel Do, et non pas pour l'appuyer dans son soutien aux rebelles sierra-léonais.
Bien que le rapport de la CVR ait souhaité que la présidente n'ait plus le droit d'occuper un poste officiel pendant 30 ans, le président du Parlement libérien, Wesseh Blamoh, dit que son institution a demandé à la première femme africaine chef d'Etat, d'attendre que les députés reviennent de leurs vacances en janvier pour commenter le dossier. Mais une telle accusation, quelque grave puisse-t-elle être, ne semble pas venir à bout de la ténacité et de la détermination de la première des Libériens. En effet, elle est décidée à poursuivre son ménage, en balayant cette fois sa propre maison. Harry Greaves, directeur de la compagnie de raffinerie de pétrole LPRC et ami de longue date de la présidente, et le ministre de l'Education, sont les premières ordures les plus indisposantes dans l'immédiat, qu'elle a vite fait d'expédier dans la poubelle publique.
Annonçant sur les ondes de la radio d'Etat le licenciement du premier et la suspension du deuxième, accusés d'être mêlés à une affaire de corruption, elle promet d'autres révocations. Si la rareté sur le continent africain du courage de l'occupante du palais de Monrovia mérite d'être relevée, il est tout de même légitime de s'interroger sur la sincérité de l'action. Serait-elle à la recherche de trophées qu'elle brandirait lors de la prochaine campagne, quand on sait qu'elle devra remettre son mandat en jeu en 2011 ? La sérénité dont elle fait montre, comme ce fut le cas pendant le comptage des bulletins du scrutin dont elle est sortie victorieuse, laisse croire que l'ancienne fonctionnaire de la Banque mondiale n'a rien de compromettant à se reprocher. Elle a là une occasion en or pour le prouver, en mettant un point d'honneur à respecter la procédure normale qui voudrait que les présumés coupables de malversations soient traduits en justice. Le rapport de la CVR a aussi égratigné huit ex-chefs rebelles, et étant donné les mises en garde des seigneurs de guerre contre toute action visant un des leurs, elle se doit de traiter avec adresse et doigté les différents cas, pour l'avènement d'une Nation juste, mais surtout réconciliée avec elle-même, dans la paix et la stabilité.
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