Abdoul Aziz Agne
14 Septembre 2009
Devant les nombreuses interrogations des partis politiques relatives au respect des règles électorales en Guinée, le président Abdoulaye Wade et son homologue du Liberia, Ellen Johnson Sirleaf, ont effectué ce samedi un déplacement à Conakry pour s'imprégner de la volonté de Dadis Camara à respecter ses engagements.
Le capitaine Moussa Dadis Camara semble désormais jouer avec le temps pour masquer sa volonté de participer aux prochaines élections dans son pays. Cela, même si au mois d'août dernier, il avait accepté le calendrier électoral ficelé par une commission mixte et qui fixait la date de la présidentielle au 31 janvier 2010 et celle des législatives au 26 mars de la même année. Mais la grande interrogation restant jusqu'ici sa participation dans ces élections. C'est ainsi que pour la troisième fois depuis l'installation du Comité national pour le développement et la démocratie (Cndd), le président Abdoulaye Wade a jugé utile de faire le déplacement pour Conakry.
Et cette fois-ci, il a effectué le voyage avec la présidente Libérienne, Ellen Johnson Sirleaf, pour donner un cachet régional à son déplacement. Car son bref voyage de ce week-end fait suite à une demande de l'ancien Premier ministre, Cellou Dalein Diallo, qui semble ne plus être convaincu par les manoeuvres de l'actuel homme fort de la Guinée. D'ailleurs, au moment où le capitaine Moussa Dadis Camara rencontrait les deux chefs d'Etat, l'armée guinéenne se frottait avec des manifestants dans la rue. Pourtant, pour le président Abdoulaye Wade, son voyage en Guinée s'inscrit dans un cadre d'information et d'évaluation des acquis dans le processus électoral en cours. 'Nous sommes venus écouter et conseiller le capitaine Moussa Dadis Camara', tient-il à faire remarquer en répondant à une question de la télévision guinéenne.
Mais toujours est-il que cette visite ne fait que compléter les déplacements affectifs qui ont mené le chef de l'Etat sénégalais vers son 'fils'. Cela, dans le but de le 'soutenir dans sa tâche' sensible consistant à placer la Guinée sur les rails de la démocratie. Ce qu'a confirmé, du reste, le président du Cndd entretient des liens particuliers avec le président Wade au nom des 'valeurs et de la morale africaine'.
Mais au-delà de ce rapport de civilité, il convient de retenir que, depuis la tenue de son meeting populaire au mois d'août dernier, les rapports sont montés d'un cran avec les responsables des partis politiques guinéens. Ces derniers, depuis lors, ne cessent de mener une vaste campagne de sensibilisation auprès des pays voisins. Une occasion pour le chef de l'Etat sénégalais de reprendre la place stratégique qu'il s'est arrogée depuis le début de la transition auprès du capitaine Camara. Il s'agissait pour lui et surtout avec ce voyage de prodiguer quelques conseils à ce dernier dans un contexte qui le place de plus en plus dans une mauvaise posture.
La récente sortie du ministre français de la coopération, Alain Joyandet, le mettant en garde sur sa volonté de participer aux élections de janvier 2010 ne risquant pas de lui faciliter les choses. En effet, Moussa Dadis Camara avait déclaré, il y a quelques jours, que sa candidature se trouvait 'entre les mains de Dieu' mais aussi de celles de 'son peuple souverain'. Une façon pour lui de discréditer la classe politique de son pays qu'il juge 'corrompue'.
Ainsi, depuis plusieurs mois, la Guinée emprunte une voie qui risque d'être marquée par un bras de fer entre la junte et la communauté internationale. Un scénario que ses pairs veulent à coup sûr lui éviter. Car il y a la crainte de voir le pays s'embraser au point de menacer la stabilité régionale.
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