Kinshasa — Les ajustements de taux de change ne peuvent être laissés au marché et doivent faire l´objet d´une surveillance multilatérale, selon un rapport de la CNUCED sur la crise financière mondiale.
Les variations des taux de change nominaux devraient traduire les différences de taux d´inflation entre les nations commerçantes, ce qui stabiliserait les taux de change réels, permettant ainsi une concurrence loyale entre les producteurs de différents pays et empêchant toute spéculation potentiellement préjudiciable.
Le rapport, intitulé : « La crise économique mondiale: Défaillances systémiques et mesures correctives multilatérales », est rendu public aujourd´hui. Il a été rédigé par des économistes du Groupe d´étude du secrétariat de la CNUCED sur les questions systémiques et la coopération économique en vue des conférences internationales qui se tiendront prochainement sur la crise économique mondiale.
Les auteurs du rapport constatent que les effets de la spéculation à court terme sur les monnaies contribuent à l´effondrement de la valeur de certaines monnaies nationales tandis que la crise économique mondiale s´aggrave. C´est pourquoi la crise a des conséquences néfastes plus graves dans certains pays. Par exemple, la couronne islandaise a perdu 51 % de sa valeur (par rapport au dollar des Etats-Unis) au deuxième semestre 2008. Une vague de dévaluations - liée au dénouement des positions des spéculateurs, mais aussi aux chocs subis par le secteur financier mondial en général - a ensuite touché le forint hongrois (-34 % par rapport au dollar), le rand sud-africain (-38 %), le real brésilien (-34 %), la livre turque (-33 %), le peso mexicain (-29 %) et le peso chilien (-28 %).
La spéculation monétaire enregistrée ces dernières années a contribué, par elle-même, à la montée de la crise. Selon le rapport, les flux internationaux de capitaux à caractère spéculatif sont une source importante de désalignement des taux de change, et la crise a mis en lumière les faiblesses des idées reçues sur la gestion des taux de change. Les mesures prises par certains pays, consistant soit à rattacher fermement les taux de change à d´autres monnaies ou à les laisser flotter librement, n´ont pas empêché les excès, la seule solution étant de mettre en place un cadre mondial.
Au cours des vingt dernières années, les politiques nationales à courte vue et la non réglementation du système financier international ont incité les investisseurs financiers à profiter des possibilités à court terme offertes par les politiques monétaires divergentes des pays. Dans le cadre de stratégies de portage («carry trade»), des milliards ont été empruntés auprès de pays à faible taux d´intérêt et investis dans des pays où les taux d´intérêt étaient élevés, procurant ainsi aux investisseurs de gros bénéfices à court terme et gonflant artificiellement la valeur de la monnaie des pays accueillant ces capitaux. Lorsque la crise financière a sévi, la «bulle» des taux de change, qui reposait sur un fort endettement, a éclaté.
Selon le rapport de la CNUCED, la première mesure à prendre pour endiguer les effets déstabilisants de l´éclatement de cette bulle est de supprimer la plupart des incitations à la spéculation à court terme sur les monnaies. Dans le cadre d´une solution plus large à la crise économique, les pays développés et les pays en développement doivent à la fois stabiliser leur monnaie et adopter des politiques monétaire et budgétaire expansionnistes. Si ces deux objectifs ne sont pas poursuivis de manière équilibrée, de plus en plus de pays se retrouveront rapidement au bord du gouffre.
Des politiques macroéconomiques «anticycliques» coordonnées - c´est à dire des politiques stimulant la demande économique en période de ralentissement marquée par une baisse de la demande - doivent être mises en oeuvre sans retard, et elles devraient être étayées par un cadre financier multilatéral mondial. La CNUCED propose de mettre en place un système multilatéral de gestion des taux de change liant les monnaies principales et les monnaies satellites (au niveau mondial ou régional) de façon à maintenir les taux de change réels effectifs à des niveaux relativement constants.
Si chaque pays et chaque gouvernement admet que la crise mondiale est avant tout une crise systémique, qui est due à l´incapacité de la communauté internationale de régir correctement une économie mondialisée, il sera peut-être possible alors d´adopter des solutions globales, telles que l´émission d´obligations multi-marché susceptibles, dans le cadre de taux de change fixes, de renflouer tout pays dans le besoin. Les auteurs du rapport font observer que dans la crise actuelle, aucun pays n´est trop grand ni trop petit pour qu´on le laisse se retrouver en défaut de paiement.

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