L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Guinée: Présidentielle - La junte, le dos au mur

analyse

Arrivé au pouvoir en fin décembre 2008 par la force des armes, le numéro 1 du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), le capitaine Moussa Dadis Camara, entend y demeurer. En violation éhontée de ses serments prononcés au lendemain de sa prise du pouvoir. Une palinodie qui vaut aujourd'hui à la junte militaire désapprobations, imprécations, remontrances et menaces de tous ordres.

Des tirs de barrage qui viennent aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur du pays. Dernière salve en date : la sommation venue d'Addis-Abeba, siège de l'Union africaine.

En effet, vendredi dernier, le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l'ancienne organisation de l'unité africaine (OUA) n'est pas passé par des contorsions sémantiques et diplomatiques pour exprimer son exaspération face aux pirouettes du parachutiste Dadis Camara.

Dans un communiqué cité par l'AFP, le CPS enjoint au président du CNDD de renoncer, par écrit, dans un délai d'un mois, et sous peine de sanctions, à son intention de briguer la magistrature suprême. Tout y est. En tout cas pour ce qui est de la forme. Une première pour une organisation considérée comme un comité conditionné par le réflexe pavlovien de solidarité entre chefs d'Etat.

Mais au-delà de ces condamnations de principe et autres exécrations, que peut bien faire Jean Ping, imprécateur en chef de l'UA ? Pas grand-chose. La Guinée n'est pas l'île d'Anjouan, île de l'archipel des Comores où, en mars 2008, des troupes militaires africaines sont intervenues pour chasser du pouvoir le colonel putschiste, Mohamed Bacar.

Il n'empêche, il convient de saluer la fermeté de ton et la constance de la position de l'UA dès l'apparition des premiers signes de l'abjuration de l'insaisissable et de l'imprévisible capitaine Dadis Camara.

En revanche, comment ne pas s'indigner face à la position conciliatrice du Sénégalais Abdoulaye Wade, président d'un pays qui a pourtant valeur d'exemple démocratique dans notre continent, qui n'a cessé de pousser à la roue son « fils spirituel » ? Il a fallu des manifestations de colère contre des ressortissants sénégalais à Conakry pour que Gorgui, le vieux en wolof, se ravise pour joindre, par l'intermédiaire de son ministre de la Communication, sa voix au concert de désapprobations.

A mesure qu'approche le jour du scrutin, l'étau se ressert autour de la junte et, hélas, par ricochet, l'épée de Damoclès se rapproche de la tête des Guinéens. En cas d'entêtement des militaires, il faudrait craindre une rupture de ban entre le Château d'eau de l'Afrique de l'Ouest et la communauté des bailleurs de fonds.

Pour un pays qui figure parmi les plus pauvres du monde et qui vit grâce aux subsides des partenaires financiers, c'est dire que ce sont les populations qui vont payer la rançon de la vile ambition d'un seul homme.


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