San Finna (Ouagadougou)

Afrique du Sud: Faut-il ou non retenir la médaille d'or à Caster Semenya

27 Septembre 2009


Après la Mozambicaine Maria Mutola, plusieurs fois championne du monde et médaillée olympique sur 800 m, le continent africain lors du dernier championnat du monde d'athlétisme en Allemagne, avait cru voir une autre championne de cette épreuve, en la personne de la Sud -africaine Caster Semenya.

Nombre d'Africains ont vibré, suspendus aux foulées pleines d'assurance, qui l'avaient littéralement fait voler vers la victoire, lui faisant ainsi remporter la médaille d'or. Mais ce qui a tout gâté, ce sont ses concurrentes qui, écoeurées par la victoire "facile" de Semenya, ont déposé plainte sur la base d'une "suspicion visuelle" car selon elles, la jeune athlète sud-africaine ne correspondrait pas aux canons de féminité que sont la grâce, la souplesse, la finesse, etc.

Il faut en effet reconnaître qu'avec son physique androgyne, son apparence ne plaidait pas pour la jeune sud-africaine. Mais l'apparence d'une athlète suffit-elle à la suspecter de tricherie ? C'est pour en avoir le cÅ"ur net que les instances sportives internationales ont soumis Caster Semenya à des tests de féminité, qui semblent révéler que Caster Semenya est...hermaphrodite, c'est-à-dire, de sexe masculin et féminin. Face à cette situation, de quel côté la balance de l'équité judiciaire va-t-elle pencher ? Etre un hermaphrodite, ce n'est pas tout à fait être femme, mais ce n'est pas non plus être tout à fait un homme. Alors, découlant de là, la question qui échauffe les esprits entre partisans et contempteurs de Caster Semenya est de savoir s'il faut oui ou non retirer sa médaille d'or sur la base du fait qu'elle est hermaphrodite. Tomi et Tozi ont chacun pris leur position dans ce débat hors normes.

Suivons plutôt leurs arguments à travers ces deux sons de cloche.

Le doute bénéficie  à Semenya

Les tests effectués par la Fédération Internationale d'Athlétisme (IAAF) n'ont pas réussi à prouver que Caster Semenya n'est pas de sexe féminin. Ils ont seulement mis en évidence l'existence de testicules intra-abdominaux qui produisent de la testostérone. Certes, ce fait constitue une particularité biologique peu commune. On peut même aller jusqu'à parler d'anomalie, mais le fait est que ce sont ses organes féminins qui sont les plus apparents.

C'est pourquoi la génitrice de Caster Semenya, indignée par les suspicions pesant sur sa fille, s'est exprimée en ces termes : "Y a qu'à soulever sa jupe, et on voit si elle a un kiki !" Le simple fait que cette anomalie fasse bénéficier à Caster Semenya d'un certain avantage physique ne suffit donc pas à la disqualifier. Jusqu'à preuve du contraire, comme l'affirme monsieur Nick Davies, le porte-parole de la Fédération Internationale d'Athlétisme, "c'est un avantage médical indéniable, mais il n'y a pas d'annulation automatique des résultats dans un cas comme celui là".

Sinon, il n'y aurait plus qu'à demander à un Usain Bolt, qui vient d'exploser le record du 100 mètres, de rendre sa médaille, car selon les spécialistes, il bénéficierait de qualités biomécaniques hors normes. En attendant, la Fédération (IAAF) qui doit rendre son verdict le 20 novembre prochain, devrait s'employer à ne pas marginaliser cette jeune athlète encore fragile à l'exemple de Santhi Soundarajan, médaillée d'argent du 800 mètres aux jeux pan asiatiques de 2006, disqualifiée pour avoir failli aux tests de féminité, et qui, tombée en dépression, fit une tentative de suicide.

En tout état de cause, il est évident qu'il existe un vide juridique en rapport avec la problématique de l'hermaphrodisme. En attendant que l'IAAF légifère en la matière, on ne peut que recourir à la règle commune qui veut que le doute bénéficie toujours à l'accusé. Ne serait-ce que pour cette raison, il ne saurait être question d'un quelconque retrait de la médaille d'or de Caster Semenya.

TOMI

SA FEMINITE N'ETANT PAS PROUVEE, CASTER DOIT RENDRE SA MEDAILLE

La Fédération Internationale d'Athlétisme (IAAF) devrait assumer ses responsabilités sans état d'âme et procéder au retrait pur et simple de la médaille d'or de Caster Semenya, car le simple fait d'être un hermaphrodite signifie de facto qu'elle n'est pas pleinement une femme. Or, dès lors que dans des compétitions sportives internationales, un athlète ne répond pas au critère élémentaire d'appartenance exclusive à l'un des deux sexes, le simple bon sens exigerait qu'il ne participe pas aux compétitions avec ceux ou celles qui respectent ce critère, car il y aurait inégalité des chances dès le départ.

On peut donc comprendre les propos de ses concurrentes battues avec une aisance déconcertante lors de la finale du 800 mètres aux championnats mondiaux de Berlin. Elodie Guégan, l'une d'entre elles, n'a pas hésité à traiter Semenya de "créature" et à remettre en cause sa légitimité à courir. Et de fait, nombreux sont ceux qui ont été saisis du même doute en observant ses biceps saillants, ses foulées peu graciles, son faciès au prognathisme bien prononcé. Mieux, les tests effectués sur l'athlète Sud-africaine après les plaintes de ses concurrentes ont attesté qu'elle aurait des testicules intra-abdominaux qui produisent d'importantes quantités de testostérone. Voilà qui est édifiant. Il n'y a donc plus de scrupule à avoir par rapport au retrait de cette médaille usurpée.

L'IAAF, qui doit statuer sur le cas Semenya le 20 novembre prochain ne devrait donc pas exploiter les insuffisances juridiques qui se sont du coup révélées à travers cette affaire, pour créer un antécédent qui serait la porte ouverte à plus de dérives. On imagine aisément qu'à partir de là, des athlètes féminins pourraient s'adonner à des injections au testostérone et prétendre ensuite présenter des anomalies physiologiques. C'est pourquoi, il s'agit de ne point prendre le risque d'ouvrir une brèche qui serait ensuite difficile à colmater. Il faut retirer sa médaille d'or à Caster Semenya.

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