L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Cote d'Ivoire: Affaire Kieffer - Le coup de théâtre d'Abidjan

Mercredi soir, le procureur de la capitale ivoirienne, Raymond Tchimou, a affirmé que notre confrère franco-canadien disparu en 2004 en Côte d'Ivoire serait vivant et aurait été exfiltré du pays.

Etant donné que Guy-André Kieffer a été vu vivant pour la dernière fois le 16 avril 2004 et que tous les témoignages recueillis dans le cadre de l'instruction française laissent penser, quand ils ne le disent pas carrément, qu'il a été purement et simplement exécuté, la sortie de Raymond Tchimou, sans preuve à l'appui, a quelque chose d'inhumain : elle expose la famille du journaliste, ses proches, confrères, amis, connaissances et sympathisants à une désillusion forcément douloureuse, à la hauteur de l'espoir fou que nous aurions tous nourri de le voir ou revoir, de l'entendre ou réentendre, de le lire ou relire in vivo.

Et puis, particulièrement sous nos cieux, n'accorde-t-on pas aux morts un sacro-saint respect qui fait pâlir de jalousie les vivants ? C'est tout cela que le procureur a foulé aux pieds ; mais, Diantre, pourquoi, au nom de quoi pour ne pas dire de qui ? Autrement dit, à qui profite, jusqu'à preuve du contraire, le "crime" de lèse-mort de Tchimou qui, dit-il, a un "épais" dossier sur la question ?

Guy-André Kieffer ayant été vu en public pour la dernière fois le 16 avril 2004 à Abidjan, alors qu'il avait rendez-vous avec un informateur beau-frère de Simone Gbagbo, l'épouse du président de la République, et Alain Gossé, soi-disant sergent-chef au service logistique de la présidence ivoirienne, accusé, notamment dans une interview accordée à France 3, trois proches de Laurent et Simone Gbagbo d'avoir enlevé puis mis à mort Guy-André, les dénégations de l'envoyé de ses maître ne visent-elles à donner de la blancheur à des gens qui traînent bien des noirceurs dans cette affaire ? Pourquoi cette sortie seulement quelques heures après la diffusion de l'interview susmentionnée ?

Comme quoi, si, dans l'affaire Clearstream, Sarkozy décrète des coupables d'avance, ici, le procureur d'Abidjan acquitte avant-procès, la conséquence sinon le but de telles prises de position avant l'heure pouvant être d'influencer le cours de la justice. En Côte d'Ivoire donc comme en France ; exfiltré de Côte d'Ivoire, notre confrère l'aurait été, selon le procureur Raymond Tchimou, qui ne dit ni par qui ni au nom de quel sordide intérêt cacaoyer. Par-delà le couple présidentiel et Cie, espère-t-il faire d'une pierre deux coups, en lavant également son pays de toute responsabilité dans la disparition de Kieffer ?

La commission d'enquête de l'Assemblée nationale française commise à l'enquête sur l'implication de l'Hexagone dans le génocide rwandais n'a-t-elle pas, évidemment, conclu à sa non-participation au pogrom au pays des mille et une collines ? Au Sénégal, n'est-ce pas l'enquête ouverte par la justice française en réponse aux réclamations de justiciables dans l'affaire du Jola qui a fait lancer par Dakar des mandats d'arrêt tous azimuts vengeurs à l'encontre de personnalités gauloises ?

Conclusion de Me Alexis Gublif, avocat du frère de la victime : donc de "deux choses l'une : soit effectivement monsieur Tchimou a la preuve que Guy-André Kieffer est vivant et, dans ce cas-là, il doit en apporter la preuve au plus vite, soit c'est de nouveau un ultime et dernier contre-feu qui est allumé pour essayer de faire diversion, et ce n'est pas acceptable".

Mais, comme au dire du procureur Tchimou, qui a déclaré n'avoir jamais vu Me Alexis Gublif à Abidjan, pour avoir accès au dossier (ivoirien, cela s'entend), l'avocat de Bernard Kieffer doit s'inscrire dans la procédure ivoirienne, pourquoi pas, si cela est acceptable au regard des droits nationaux ivoirien et ou français, voire international, qui s'applique tous, faire tout son possible pour avoir le droit de consulter le prétendu dossier épais de Tchimou, histoire de lever l'équivoque sur la mort de notre confrère ?

  • Comment

Copyright © 2009 L'Observateur Paalga. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire — ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 130 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations d' AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

Comments Post a comment