Afrique: Des historiens favorables à la réécriture de l'histoire du continent

Dakar — La réécriture de l'histoire de l'Afrique est une nécessité, ont estimé des historiens ayant pris part à la conférence internationale sur le thème : "L'UNESCO et les questions de colonisation et de décolonisation", qui s'est tenue les 4 et 5 octobre à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).

"Actuellement, les enjeux sont énormes, surtout les enjeux culturels à côté des enjeux économiques avec la crise du pétrole par exemple qui est à l'origine de guerres qui se passent actuellement en Iran, en Afghanistan, en Irak et au Pakistan", a ainsi expliqué le Dr Chérif Daha Ba, historien et enseignant à la Faculté des Lettres et Sciences humaines (FLSH) de l'UCAD.

De son point de vue, les Africains doivent "vraiment se ressaisir". "Nous sommes gravement atteints, nos cultures sont quotidiennement dévoyées. Les Africains ne comptent plus. Nous sommes des arrière-cours, des genres de débarras", a-t-il dénoncé dans un entretien accordé à l'APS.

Pour le docteur Ba, l'histoire de l'Afrique a "toujours fait l'objet" d'une falsification. "Depuis longtemps, notre histoire a été dévoyée, falsifiée, et on a toujours cherché à nous faire comprendre que nous ne comptons absolument rien du tout sur la scène culturelle mondiale", a-t-il rappelé, affirmant : "Il faut que les Africains disent+stop+ pour se réapproprier leur histoire, qui est une histoire extraordinaire, très riche".

A en croire l'historien, le doute n'est pas permis sur l'absence de reconnaissance, dont souffre le travail des historiens du continent. Il en veut pour preuve le discours du président français Nicolas Sarkozy à Dakar.

"Regardez le travail de Sarkozy. S'il avait lu ce que les gens avaient produit sur les histoires africaines, il n'aurait pas tenu ce discours à Dakar. Oui ! Et pourquoi à Dakar ? Pourquoi il ne tient pas ce discours en Afrique du Sud, ou en Egypte ou au Maroc ? Pourquoi à Dakar ?", a-t-il demandé.

Face aux participants à la conférence internationale, Dr Chérif Daha Ba a estimé que "le défi des historiens africains" est de "réécrire l'histoire" du continent, car les Africains sont perçus à "travers des prismes idéologiques".

Quant Rokhaya Fall, historienne elle aussi à la FLSH, elle a dit qu'elle n'est pas "gênée" par ce travail de mémoire. Parlant du cas précis de son pays, le Cameroun, Jacob Tatista, historien à l'Université de Yaoundé, a appelé à une réécriture de l'histoire du mouvement nationaliste camerounais.

Il a ainsi invité l'UNESCO à aller vers une démarche visant à "recueillir" et à "conserver" les témoignages des nationalistes de son pays. Pour Cheikh Diop, un des participants, il faut surtout "réformer pour décoloniser les esprits" et pas seulement pour "faire dans l'originalité".

Mais pour Cathérine-Coquery Vidrovitch, professeur d'histoire d'études africaines contemporaines et professeur émérite à l'Université Paris VII (France), la réécriture de l'histoire est plutôt un travail inhérent au caractère même de cette discipline.

"Il faut toujours réécrire l'histoire, elle se réécrie en permanence. Vous savez, l'histoire n'est pas une science exacte, et chaque historien, chaque époque a ses écoles d'historiens dominantes, qui dépendent du lieu où ils sont, de l'époque, de l'espace, des préjugés, des régimes politiques, des idéologies ambiantes, si bien que chaque génération a toujours besoin de réécrire à sa façon, d'une autre façon et c'est particulièrement patent dans le cadre de l'histoire coloniale qui a été écrite d'abord uniquement par des Occidentaux jusqu'à l'Histoire générale de l'Afrique de Joseph Ki-Zerbo, qui est parue en 1972", a-t-elle dit.

Selon elle, "au début des années 70, il y avait très peu d'historiens pour les francophones".

"Pour les anglophones, y avait davantage d'écoles dans les colonies britanniques, donc une formation plus avancée. Mais c'est à partir des années 1970 que véritablement apparaît une école historique qui est d'ailleurs connue à Dakar sous le nom d'école de Dakar", a-t-elle rappelé.

Selon elle, celle-ci reste enore "une école historique jeune qui prend le point de vue intérieur, qui réécrit", a-t-elle souligné.

ASG

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