Le Pays (Ouagadougou)

Somalie: Les pirates aux abois ?

billet

Quand un épervier s'attaque à un lion, c'est qu'il y a un problème. Ou il a mal apprécié sa cible, ou la faim l'a si tourmenté qu'il ne distingue plus une proie d'un prédateur. En tous les cas, il regrettera son erreur, si bien sûr il en réchappe. C'est la mésaventure qui est arrivée à des pirates somaliens. Croyant avoir affaire à un banal navire marchand sans défense qu'ils ont l'habitude d'arraisonner, ils ont foncé tête basse sur un bâtiment de guerre français.

Autant dire qu'ils sont tombés dans la gueule du loup. Au-delà du caractère anecdotique de cette affaire, il faut y voir sans doute la conséquence de la guerre que l'Occident livre depuis quelque temps aux bandits des mers somaliens. On a observé en effet une mobilisation générale des pays ayant des intérêts dans la région, à travers notamment les milliers de navires longeant chaque année les côtes somaliennes.

Visiblement, ce branle-bas de combat commence à porter des fruits. Non seulement des pirates sont régulièrement arrêtés, mais les actes même de piraterie se raréfient. Cette accalmie ne doit cependant pas endormir la vigilance mondiale autour du fléau. Harcelés par des adversaires nettement supérieurs, les pirates ont sans doute compris qu'il fallait opérer un repli stratégique, en attendant que l'orage passe. La relative sécurité dans les eaux somaliennes, observée à l'heure actuelle, est passagère car comme on l'a dit et répété, la piraterie se nourrit du chaos que connaît la Somalie.

Or les Occidentaux ne semblent pas préoccupés outre mesure par la guerre civile somalienne. Seule la sécurité de leur flotte marchande semble primer à leurs yeux. La pacification du pays a été confiée à des casques blancs de l'Union africaine, incapables d'accomplir leur mission. Mal équipées, sous-financées et peu nombreuses, les troupes de l'UA sont loin de pouvoir assurer la sécurité des Somaliens.

Elles sont plus occupées à se protéger face aux attaques meurtrières des shebabs, qu'à tout autre chose. La Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM) a subi une violente attaque en septembre, avec un double attentat ayant causé la mort de plusieurs de ses soldats. Avec 3 400 hommes, l'AMISOM ne peut que jouer les observateurs passifs dans un pays où l'on ne sait parler que le langage des armes.

Ce ne sont donc pas sur ces forces-là que les Somaliens peuvent compter pour espérer des lendemains meilleurs. L'erreur des Occidentaux serait de croire qu'un déploiement militaire, sans une pacification sur terre, peut définitivement mettre fin à la piraterie. Comme des oiseaux de proie, les pirates fondront à nouveau sur les navires, dès que l'occasion se présentera.


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