Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Que cache le retour forcé des Banyamulenge ?

Castro

12 Octobre 2009


Les médias internationaux ont diffusé le week-end dernier des images insoutenables des Congolais en train d'être brutalement malmenés par des éléments de la Police Burundaise qui les empêchait de traverser la frontière pour regagner leur pays d'origine.

Ces ressortissants congolais appartiennent essentiellement à la communauté Tutsi dits Banyamulenge qui avaient fui la ville d'Uvira et ses environs ainsi que leurs villages situés sur les plateaux de Minembwe à la suite des troubles sanglants survenus à Bukavu durant l'occupation de cette ville par des éléments insurgés du RCD commandés par le duo Laurent Nkunda et Jules Mutebutsi. Ces compatriotes se sont réfugiés au Burundi voisin où ils ont été placés dans des camps, dont celui situé près de la localité de Gatumba, devenu célèbre à la suite du massacre de plus de 160 d'entre eux dans la nuit du 4 au 5 août 2004.

Selon les témoignages recueillis sur place, ces Tutsi congolais tenaient à tout prix à regagner leur pays d'origine car, disaient-ils, les autorités burundaises voulaient les placer dans d'autres camps moins dotés d'infrastructures d'accueil et non protégés. Mais, hélas ! La police burundaise a été chargée de les empêcher de traverser la frontière. Approché, le Dr Yves SAHINGUVU, Vice-Président de la République du Burundi, a réagi sur les mêmes médias en déclarant que des négociations étaient en cours entre son gouvernement et celui de la RDC pour mettre en place des conditions d'accueil et de sécurité convenables afin de faciliter leur retour dans la mère patrie. Comme cela se fait pour des réfugiés se trouvant dans d'autres pays voisins, a-t-il signalé, en prenant à témoin des délégués du Haut Commissariat des nations Unies pour les Réfugiés qui avaient aussi déconseillé aux Tutsi congolais de précipiter leur retour dans cette région encore soumise à l'insécurité ambiante entretenue par des groupes armés irréguliers, notamment les FDLR, des résidus du Palipehutu et Maï Maï de tous bords.

De même, c'est depuis quelques mois que les opérations baptisées KIMIA II se déroulent dans cette partie du Sud-Kivu et plus particulièrement dans les hauts plateaux de Minembwe et la plaine de la Ruzizi où opèrent souvent des groupes armés irréguliers venus des pays voisins. D'où la question qui circule dans tous les salons politiques et diplomatiques pour savoir pourquoi ces compatriotes qui ont attendu depuis plus de cinq ans se précipitent à retourner chez eux alors que la situation sécuritaire n'est pas encore améliorée. Que cache cette précipitation en dépit des multiples mises en garde des organisations caritatives internationales et des autorités officielles tant du pays d'accueil, le Burundi, que de leur pays d'origine?

Ras-le-bol ou complot contre les élections de 2011 ?

Certes, dans certains milieux cette précipitation est entendue comme un cri de détresse des hommes, femmes et enfants qui en ont marre de l'indifférence des autorités de leur pays et de la communauté internationale face à leur situation qui se détériore de jour en jour et qui risque de perdurer. Ce cri de coeur devrait interpeller la communauté internationale sur ce cas douloureux et tragique pour qu'elle intensifie des pressions sur le gouvernement de Kinshasa afin de mettre en place des conditions d'accueil et de sécurité pour permettre à ces compatriotes de regagner la mère patrie. On rappelle qu'en 2005, des Tutsi congolais revenant des camps des réfugiés au Burundi avaient été empêchés de regagner la ville d'Uvira et leurs villages car retenus dans le no man's land situé entre les frontières de la RDC et du Burundi, cela pendant des semaines par manque des sites sécurisés pour les héberger. Une situation qui avait provoqué des remous sérieux au sein des institutions de la transition 1+4. Ces Congolais se plaignaient des conditions humiliantes dans lesquelles ils étaient contraints de vivre dans des camps pour réfugiés exposés aux intempéries, aux maladies des tous genres, aux tracasseries policières, aux attaques incessantes perpétrées régulièrement par des éléments armés rebelles burundais, à l'absence d'écoles, centres de santé et surtout au chômage. Ils en avaient marre et ils ont décidé de retourner chez eux par tous les moyens.

Par ailleurs, dans certains milieux, l'on est plus critique car l'on se demande pourquoi ils ne peuvent pas patienter pendant quelques mois alors qu'ils l'ont fait pendant plus de cinq ans. Pourquoi veulent-ils « se victimiser » étant donné que la situation sécuritaire dans cette partie de la République est loin d'être stabilisée? De là à voir derrière cette précipitation une main politique, il n'y a qu'un pas à franchir, entend-on dans certains salons politiques de la capitale qui sont d'avis que des actes pareils risquent de se reproduire pour boycotter les élections générales de 2011. On rappelle que suite aux troubles interethniques dans les territoires de Walikale et de Masisi en 1987, les élections n'avaient pas eu lieu là bas, ce qui a eu comme conséquence de priver ces compatriotes des députés dans le Conseil Législatif de l'époque. Comparaison n'est pas raison, mais l'histoire peut se répéter, entend-on dire.

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