Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Alors que Kagame désserre son étau sur la RDC - Le parrain angolais secoue Kabila

Ben Clet Kankonde Dambu

14 Octobre 2009


Kinshasa — Représailles contre rétorsion. Luanda et Kinshasa ont engagé un bras de fer. Le premier a expulsé, sans ménagements, 30 000 Congolais vivant en Angola et, le second, a riposté en refoulant 16 000 Angolais résidant en RDC. La suite du ping-pong faisant craindre le pire, Dos Santos a dépêché des émissaires auprès de Kabila. Pourquoi avoir différé de plusieurs semaines le dialogue entre parrain et filleul ?

Il est tôt de décrypter la brouille que décrivent si tristement les expulsions massives des Congolais d'Angola et, en représailles, des Angolais de la République démocratique du Congo. Croire que ce désamour soudain n'est qu'une « petite fâcherie », comme prétend le ministre congolais de la Communication, Lambert Mende, est très naïf.

Jugez-en. Après la vague d'expulsions réciproques bafouant le Droit humanitaire international, Luanda est encore monté d'un cran. Dans un communiqué publié, le 08 octobre 2009, le gouvernement a décidé de « suspendre les vols de la Compagnie aérienne angolaise, TAAG, vers la République démocratique du Congo ».

Sur le fond des expulsions croisées, initiées depuis des mois par les autorités angolaises, Luanda s'attribue le beau rôle. Se justifie et accuse Kinshasa qui aurait procédé à « l'expulsion indiscriminée des citoyens angolais dont la plupart résident en RDC il y a plusieurs décennies ».

En faisant la chasse aux « irréguliers angolais » en RDC, le Conseil des ministres congolais aurait recouru, selon Luanda, à « des représailles », une « mesure disproportionnée et excessive (qui) n'a pas d'égale avec l'action légale et légitime » prise par le gouvernement d'Angola.

VENGEANCE AVEUGLE

Poursuivant sa défense, Luanda affirme que son action a pour but de « rapatrier les citoyens de plusieurs nationalités, parmi lesquelles des citoyens de la RD Congo, en séjour illégal sur le territoire angolais ».

Luanda soutient par ailleurs que ces immigrés « se consacrent à l'exploitation et au trafic illicites de diamants et aux autres activités illicites, perturbant ainsi la loi et l'ordre public, et causant de sérieux dommages à l'économie, à l'environnement et à la stabilité nationale ».

Fallait-il accumuler tous ces épiphénomènes pour que le 12 octobre, soit cinq semaines de gâchis après, Eduardo Dos Santos dépêche une importante délégation ministérielle auprès de son homologue Joseph Kabila ?

Toutefois, ce qui importe, c'est que les vice-ministres Jeorges Chikotty des Relations extérieures, Martino Eduardo de l'Intérieur et Gaspard Rufini de la Défense ainsi qu'une vingtaine d'experts ont été reçus à Kinshasa.

Le chef de la délégation, Jeorges Chikotty, était porteur d'un message spécial de Dos Santos. Au sortir de l'audience avec le président Kabila, il a annoncé la cessation des expulsions et des exactions de part et d'autre de la frontière commune. Un protocole d'accord est même attendu à l'issue des pourparlers.

C'était si simple ! Et pourtant, des semaines durant, Dos Santos et Kabila ont laissé les services de l'ordre angolais, tout autant que congolais, soit dépouiller les refoulés de leur patrimoine, soit les soumettre à des traitements dégradants, inhumains. Comment expliquer la mollesse de leur réaction dans le sens de l'apaisement ? Le désir de vengeance aveugle, manifeste au sein des populations angolaises et congolaises, a-t-il joué au rapprochement des officiels de Luanda et de Kinshasa ?

LE GRAIN DE SABLE

En tout état de cause, les expulsions croisées de deux pays constituent le pic visible de l'iceberg. Après la lune de miel, Luanda et Kinshasa découvrent l'ère des contentieux. Au lieu d'être considérée comme une « petite fâcherie », il s'agit d'une première crise grandeur nature qui éclate entre Joseph Kabila et Eduardo Dos Santos, pourtant l'un des parrains africains du pouvoir des Kabila père et fils, dans l'ex-Zaïre depuis mai 1997.

Le grain de sable dans les relations entre les deux capitales a l'odeur du pétrole. Non seulement Luanda a boudé l'accord de 2008 reconnaissant aux deux pays l'exploitation des hydrocarbures dans la zone d'intérêt commun (ZIC).

Le futur « ex » 2ème grand producteur subsaharien du pétrole n'a pas apprécié la récente loi congolaise étendant à 16 miles la frontière maritime du territoire. Car, c'est justement cette « extension tardive mais légale au plan international » qui « grignote » des potentialités économiques sur les riches champs pétroliers jadis propriété exclusive de Luanda.

Le parrain angolais secoue Kabila

Ce n'est pas tout. Les observateurs rappellent aussi le malentendu autour du Westcor, un projet de la SADC visant l'exploitation en commun des capacités d'Inga, en RDC, pour alimenter toute la sous-région en énergie électrique.

Les hésitations de Kinshasa, qui a pensé un moment monter son barrage d'Inga avec des partenaires autres que la Southern Africa Development Community (SADC) n'ont pas été bien perçues. Dos Santos, on l'a remarqué, a boycotté le 29ème Sommet de l'organisation tenu à Kinshasa du 2 au 8 septembre 2009.

Maintenant que la commission mixte est ressuscitée, certainement pour régler le problème des expulsions, que réservent Dos Santos et Kabila aux peuples d'Angola et de la RD Congo ? Mystère.

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