Dakar — Il y a 10 ans, le 14 octobre 1999, disparaissait à Londres (Angleterre) Julius Kambarage Nyerere, premier président de la Tanzanie indépendante, panafricaniste convaincu et théoricien d'un socialisme africain.
En dépit des résultats largement négatifs de sa politique de développement économique, Nyerere a conservé jusqu'à sa mort en 1999 l'estime de la plupart de ses concitoyens tanzaniens et d'Africains. Ils lui reconnaissent le mérite d'avoir posé les bases d'un État démocratique pluriethnique et de s'être fait l'avocat de l'unité africaine.
Julius Kambarage Nyerere est né le 13 avril 1922 à Butiama, dans le nord de la Tanzanie. Brillant et plein d'ambition, l'instituteur Julius Nyerere, passe par Édimbourg pour terminer ses études. Il prend, en 1953, à 31 ans, la tête de la Tanganyika African National Union (TANU) qui prône l'indépendance. Celle-ci sera accordée par la Grande Bretagne, le 9 décembre 1961.
Julius Nyerere est un court temps (1960-61) Premier ministre, puis il devient premier président de la République du Tanganyika à la suite des élections de décembre 1962. Le 26 avril 1964, il devient président de l'Etat né de la fusion entre le Tanganyika et Zanzibar qui ont formé la République unie de Tanzanie.
Le Mwalimu (maître) revendique l'unité africaine. Il en devient un théoricien convaincu. "Sans unité, dit-il, les peuples d'Afrique n'ont pas de futur, sauf comme perpétuelles et faibles victimes de l'impérialisme et de l'exploitation." A la tête de son pays, Nyerere s'engage dans une politique socialiste destinée à accélérer l'émancipation des Africains vis-à-vis du monde occidental. Il s'inspire en cela de l'expérience communiste chinoise.
Dans la déclaration à Arusha, en février 1967, il définit les principes et doctrines, qui devraient conduire, selon son idéal, à la création d'une société égalitaire, juste, solidaire, qui trouve dans ses propres ressources les moyens de son autosuffisance. Nyerere fait de l'éducation la priorité numéro de son programme de gouvernement.
Cette urgence se justifie par le fait que son pays ne produit à cette époque que 120 diplômés par an.
Sur un autre plan, les premières mesures d'application de cette politique interviennent avec la nationalisation des principales industries et sociétés de services, l'augmentation des impôts pour une plus grande répartition des richesses.
Les changements les plus forts sont remarqués dans le domaine de l'agriculture, le principal secteur économique de la Tanzanie. Les principes collectivistes fondent l'organisation des communautés villageoises appelées Ujamaa (cofraternité en swahili).
Malgré les incitations financières qui encouragent la formation de coopératives, les premiers résultats sont décevants. Le premier choc pétrolier de 1973 n'arrange pas les choses en termes de bonnes perspectives économiques pour le pays.
Dans la même période, l'Afro-Shirazi Party mène à Zanzibar une politique qualifiée de révolutionnaire. La nationalisation y touche les propriétés arabes et indiennes.
Les désaccords se font jour entre le leader de l'Afro-Shirazi Party, Amani Abeid Karume, partisan d'un plus grand rapprochement avec le monde communiste, et Nyerere, qui, lui, cherche plutôt à composer avec l'Occident tout en gardant sa liberté de choix. Karume est assassiné en 1972, pour des motifs non encore élucidés.
Faiblement soutenu par les Occidentaux qui lui reprochent, entre autres, son appui aux mouvements de libération, Julius Nyerere se rapproche de la Chine dont il reçoit de l'aide. C'est dans ce cadre qu'est construite, en 1975, la ligne de chemin de fer reliant Dar-es-Salaam à la Zambie.
La création de 800 villages collectifs se fait aussi sur le modèle des communes chinoises. Le nombre de personnes déplacées dans ce cadre est estimé à 9 millions, entre 1973 et 1976. Ce dirigisme n'apporte pas les résultats escomptés. La production manufacturière et agricole régresse. S'y ajoute l'inefficacité de la politique de la planification de l'économie par l'administration.
Au plan international, les relations de la Tanzanie avec ses voisins africains (en particulier l'Ouganda et le Kenya) se détériorent au fil des années, malgré les bonnes intentions qui animaient les leaders de ces pays lorsqu'ils ont formé, en 1967, la East Africain Community (Communauté est-africaine).
Cette organisation avait pour but de constituer à terme un marché économique commun. Les premières coopérations visaient notamment à uniformiser la politique des changes et de contrôle des devises. Mais le Kenya, plutôt proche des pays occidentaux, s'éloigne de plus en plus de la Tanzanie soutenue par les communistes chinois, et la frontière entre ces deux pays est même fermée de 1977 à 1983.
En Ouganda, Idi Amin Dada, qui nourrit des ambitions d'expansions territoriales, reproche à son voisin tanzanien d'héberger des opposants à son régime. Les deux pays s'affrontent après l'attaque de l'Ouganda à la fin de l'année 1978. Pour la Tanzanie, pays sans réelle industrie et avec un secteur agricole pas très performant, la guerre a coûté cher, environ 500 millions de dollars.
Les échecs successifs poussent le président Nyerere à modifier progressivement sa politique dirigiste menée depuis, son élection au milieu des années 1960. L'intervention de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) conduit progressivement à une libéralisation de l'économie et de la société. Cela se précise, à partir de 1984, avec la possibilité d'une propriété privée des moyens de productions.
Le 5 novembre 1985, Julius Nyerere choisit, à l'âge de 63 ans, de se retirer de la politique, après avoir passé 24 années au pouvoir. Ali Hassan Mwinyi, alors président de Zanzibar depuis 1980, prend sa succession.
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