Tanzanie: Julius Nyerere - "Nous préférons prendre part à la formation de notre propre destinée"

Dakar — Le président Julius Kambarage Nyerere (1922-1999) a théorisé dans ses écrits et allocutions la politique pour laquelle il a lutté pour l'indépendance et le développement économique et social de son pays, la Tanzanie.

Dans l'ouvrage "Liberté et socialisme" (Editions Clé Yaoundé, 1972), un recueil d'articles et de discours prononcés ou écrits entre 1965 et 1968, il expose sa vision d'une "révolution africaine" fondée sur un socialisme qui offrirait à tous les citoyens la possibilité de s'épanouir. Il y affirme notamment la nécessité, pour les Africains, de prendre part à leur propre destinée.

-- REVOLUTION AFRICAINE : "L'Afrique doit changer ; passer d'une époque où les gens suppléent à l'insuffisance de leur existence et s'adaptent à leur environnement, à un continent qui met en question l'environnement et l'adapte aux besoins de l'homme. L'Afrique doit changer ses institutions pour réaliser ses nouvelles aspirations ; les Africains doivent changer leur comportement et leurs pratiques pour les accorder avec ces objectifs. Et ces transformations doivent être positives. Elles doivent être amorcées et façonnées par l'Afrique, et non être une simple réaction à des événements qui affectent l'Afrique. (...) Car une révolution a commencé en Afrique. C'est une révolution que nous espérons contrôler et guider pour que notre vie en soit transformée. C'est une révolution qui a un but, et ce but est l'extension à tous les citoyens d'Afrique des exigences de la dignité humaine. (...) La seule chose qui soit sûre, c'est que si nous oublions un seul de nos principes, même quand nous les délaissons ou les enfreignons, alors nous aurons trahi l'objectif de notre révolution et l'Afrique ne réussira pas à apporter sa véritable contribution au développement de l'humanité. (...) Nous préférons prendre part à la formation de notre propre destinée, et nous croyons que nous avons la résolution et les capacités de surmonter les difficultés et de construire le genre de société que nous voulons."

-- UJAMAA (SOCIALISME AFRICAIN) : "Le socialisme ne se construit pas avec des décisions gouvernementales ou des décrets du Parlement. Un pays ne devient pas socialiste grâce aux nationalisations ou à de grands projets sur le papier. Construire le socialisme est bien plus difficile et demande bien plus de temps. (...) Ce n'est pas par hasard que nous avons choisi le mot +Ujamaa+ pour définir notre politique socialiste ; le mot ne résulte pas non plus uniquement du désir de trouver l'équivalent swahili du mot +socialisme+. Le swahili est une langue en évolution et continue, quand c'est nécessaire, d'incorporer des termes étrangers dans son vocabulaire. (...) Nous avons choisi le mot Ujamaa pour des raisons spéciales. D'abord c'est un mot africain qui met ainsi l'accent sur l'africanité de la politique que nous voulons poursuivre. Ensuite son sens littéral est +l'état de famille+, si bien qu'il apporte à l'esprit de notre peuple l'idée d'un engagement mutuel dans la famille telle que nous la connaissons. (...) Il ne s'agit pas d'importer en Tanzanie une idéologie étrangère pour quelle étouffe nos modèles sociaux particuliers. Nous avons décidé de plein gré de croître, en tant que société, à partir de nos propres racines, mais dans une direction et vers un type d'objectifs donnés. Le socialisme est international. (...) Le socialisme n'est universel que dans la mesure où il tient compte des différences entre les hommes, tout en étant également valable pour chacun d'eux. Cela est possible, car l'universalité du socialisme n'implique pas une uniformité complète de toutes les institutions, les habitudes sociales et les langues de la terre."


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