Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Benoît Verhaegen, « le père de l'histoire immédiate » en R.D.Congo tire sa révérence

Kinshasa — Benoît Verhaegen est « l'un des plus grands politologues africanistes dont les enseignements et les publications scientifiques d'envergure ont contribué à l'implantation et à l'essor des sciences sociales au Congo ». En R.D.Congo, Benoît Verhaegen « a le plus et le mieux contribué au rapprochement des sciences sociales comme l'économie, l'anthropologie, la sociologie, l'histoire, la science politique, les sciences de l'éducation, etc. »

Benoît Verhaegen « demeure une personnalité multiple et complexe au regard de ses enseignements universitaires et de ses nombreuses publications scientifiques qui embrassent divers domaines de la vie nationale congolaise ».

Benoît Verhaegen « s'est investi dans la création, l'animation et la direction en R.D.C. et en Belgique de plusieurs centres de recherche de renom. Il a dirigé plusieurs mémoires et thèses de doctorat élaborés par des Congolais. Il a assuré la promotion de nombreux Congolais tant en R.D.C. qu'en Belgique. Il a contribué à l'application de la méthode dialectique en milieux universitaires congolais et imposé sa théorie de l'histoire immédiate qui a marqué des générations de chercheurs.Son attachement au Congo demeure indéniable, car il y est resté sans discontinuité durant 30 ans, soit de 1958 à 1987, et ce, malgré des troubles politiques de tout genre - du reste, objet privilégié de ses investigations ».

C'est le regard que porte le professeur Sylvain Shomba Kinyamba, ancien Doyen de la Faculté des sciences sociales, politiques et administratives de l'Université de Kinshasa, et ce sont les justificatifs qu'il avance pour consacrer en 2004 un ouvrage collectif en hommage à ce professeur émérite.

Benoît Verhaegen est né en janvier 1929 en Belgique. Après ses études primaires et secondaires, il a entrepris des études de droit et d'économie à l'Université catholique de Louvain. En octobre 1950, il est appelé comme milicien volontaire dans l'armée belge et sert comme sous-lieutenant, chef de peloton pendant la guerre de Corée. Il est deux fois blessé et revient en Belgique en octobre 1951. Son mémoire de licence présenté en 1955 porte sur « le chômage structurel en Flandre ». Sa thèse de doctorat en économie publiée en 1961 porte sur une « Contribution à l'histoire économique des Flandres ».

Entre temps, il arrive au Congo en octobre 1958. Il preste à l'Université Lovanium comme professeur de sociologie et de sciences politiques et comme chercheur à l'Institut de Recherches Economiques et Sociales (IRES). Il est correspondant du Centre de Recherche et d'Information Socio-Politiques (CRISP) créé la même année à Bruxelles. Bientôt il assiste le premier gouvernement congolais. Il est désigné comme Chef de cabinet de Aloïs Kabangi, ministre de la Coordination économique et du Plan (gouvernement Lumumba, juillet-septembre 1960). Il participe activement aux publications du Centre de Recherche et d'Information Socio-Politiques (CRISP) et de l'Institut National d'Etudes Politiques (INEP) avec « Congo 1960 », « Congo 1961 », « Abako 1950- 1960 », « Parti Solidaire Africain (PSA) », « Congo 1962 », « Congo 1963 », « Bibliographie sur les classes sociales en Afrique », « Les cahiers de Gamboma », et surtout « Rébellions au Congo » (2 volumes).

Il élabore avec d'autres collègues, de 1962 à 1970, la méthode de l'histoire immédiate au sein du Centre d'Etudes Politiques de l'Université Lovanium. Son « Introduction à l'Histoire immédiate. Essai de méthodologie qualitative » est publiée à Gembloux chez Duculot en 1974.

Lorsque l'Université Nationale du Zaïre (UNAZA) est créée, il s'installe à Kisangani et enseigne au Campus Universitaire de la même ville dès 1972. Il crée et développe le centre d'études CRIDE. Il publie coup sur coup en 1977 et 1978 « Kisangani 1876-1976. Histoire d'une ville » et « L'enseignement supérieur au Zaïre. De Lovanium à l'UNAZA ».

Il quitte le Congo en juillet 1987 et dirige le Centre d'Etudes et de Documentation Africaines (CEDAF) créé à Bruxelles en 1971. Il continue de se livrer à ses recherches sur « les femmes zaïroises de Kisangani », et sur les biographies de Patrice Lumumba et Pierre Lumumba. En 1990, il prend sa retraite et s'installe dans sa ferme au sud de la France à Montréal-les-Sources. Il vient de quitter la terre des hommes le 14 octobre 2009. Qu'il repose en paix ! Les universitaires congolais lui ont tressé deux couronnes de lauriers avec deux livres : Jean Tshonda Omasombo (dir.), « Le Zaïre à l'épreuve de l'histoire immédiate. Hommage à Benoît Verhaegen », Paris, Edition Karthala, 1993 et Sylvain Shomba Kinyamba (ed.), « Benoît Verhaegen et l'essor des sciences sociales au Congo Kinshasa », Kinshasa, Editions M.E.S., 2004.

Professeur J.M.K.Mutamba Makombo

Université de Kinshasa


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