La Presse (Tunis)
Jallel Mestiri
19 Octobre 2009
La sélection attend visiblement son heure et se prépare pour un éventuel exploit. C'est le genre de situation où l'on compte ses jours. Interminables ?... Non. Car d'une façon ou d'une autre, aucun élément extérieur ne devrait contrarier la moindre ambition
Dans les victoires comme dans les défaites, dans l'euphorie comme dans la déception, l'équipe de Tunisie ne peut, ne doit se passer de la nécessité de se donner au maximum, ne serait-ce que dans le but d'éviter les relâchements qui risquent de venir à tout moment et qui ne concernent pas seulement les autres. Et s'il lui arrive parfois de passer à côté du sujet, comme ça a été le cas face à l'Arabie Saoudite, elle ne saura pour autant ignorer cette dimension supérieure qui devrait la mettre encore et toujours en avant.
Il faut dire qu'autant elle se donne des responsabilités, autant elle avance, autant elle progresse. D'un match à l'autre, d'une épreuve à l'autre, elle a appris certainement à vivre et à connaître des choses qui ne manquent pas pour ainsi dire d'élargir ses centres d'intérêt car elle en éprouve fortement le besoin. L'âge et l'expérience aidant, elle doit aujourd'hui aller plus loin, se découvrir sur certains autres registres. Une façon de continuer, de s'accomplir à travers de nouveaux objectifs et forcément de nouvelles priorités
Se découvrir, ça veut dire aussi prendre conscience de la nature de ses moyens et surtout de la valeur des individualités dont elle dispose. Il convient de rappeler à ce propos que l'importance que l'on est censé accorder aux doublures, qui ne constituent pas seulement des solutions de rechange, mais qui sont partie prenante de tout le dispositif de l'équipe, ne devrait pas être différente de celle dont bénéficient les joueurs qu'on a tendance à qualifier, à tort ou à raison, de titulaires. Il serait bon aussi de ne pas privilégier un joueur au statut professionnel au détriment de celui évoluant en compétition nationale. Quel apport au fait pour l'un ou pour l'autre? Dans tous les cas, le match face à l'Arabie Saoudite a donné encore une fois la preuve que le niveau d'un bon nombre de joueurs locaux est bien supérieur à ceux exerçant dans les championnats européens.
Cela nous amène à s'interroger sur les dispositions de l'équipe de Tunisie à la veille de son match décisif pour la qualification au Mondial face au Mozambique. Que peut-elle avoir de particulierdans une phase aussi déterminante et dans un contexte plus que jamais exceptionnel?
Depuis longtemps, très longtemps, l'enthousiasme n'a pas été aussi fort et l'équipe tellement appréciée. Il ne faut cependant pas oublier que la vocation de la sélection, celle qui la place en position d'équipe condamnée à vaincre et à convaincre, est restée toujours la même, en dépit des transformations et des différentes évolutions qu'elle ne cesse de connaître. Au fait, une équipe qui parvient en dépit des insuffisances à maintenir le cap, qui sait pertinemment que si elle n'avance pas, elle risque bien de reculer, n'a rien des choses sportives ordinaires. Son passé, mais aussi son présent ne manquent pas à chaque fois de le rappeler. Elle aura toujours les mêmes ambitions, les mêmes contraintes aussi pour s'imposer. Elle ne peut évoluer outre mesure car dans un cas pareil, elle en sera dénaturée. Sa raison d'être, sa vocation s'en ressentiront.
Peut-on, pour ainsi dire, l'imaginer autrement ? Avec d'autres alternatives, d'autres arguments ? Peut-on lui imposer des prérogatives différentes de celles qu'elle avait pris l'habitude d'assumer et même de valoriser ? Ça serait alors comme si on lui enlevait une part de sa vérité, celle que l'on découvre souvent sur le terrain et surtout dans les grands moments... L'équipe de Tunisie n'aurait pas été ce qu'elle est aujourd'hui si elle avait conditionné outre mesure ses priorités, si elle avait donné un autre sens à tout ce qu'elle est censée accomplir sur un terrain de football.
Une équipe à mille feux...
On ne devient pas un «grand» si l'on ne sait pas dépasser ses faiblesses. On le devient encore moins, si l'on ne parvient pas à finir le travail quand l'invitation apparaît si évidente. L'affiche, l'enjeu, le style du match, tout invite à penser et à croire à l'exploit. La sélection ne peut avoir aujourd'hui une meilleure motivation. La souffrance, le doute, elle sait ce que c'est et ce que cela peut entraîner, provoquer même. Et si le système devrait prendre forme, surtout avec l'implication de toutes les parties prenantes, la pression devrait descendre d'un cran. Le sentiment du devoir accompli se révélant alors trop fort, la vérité du terrain deviendrait ainsi beaucoup plus épanouissante.
On dit que c'est dans l'effort de surpassement que se forgent les grands destins. On y ouvre les yeux certes difficilement, mais avec plus de clarté, plus de conscience. L'équipe de Tunisie devrait ainsi réaliser tout ce que le foot peut receler de mystère et d'imprévu. De quelle manière et avec quel esprit ? Tout simplement en sachant constamment forcer les choses et même le cours des événements.
Il se peut qu'elle soit moins belle dans ce genre d'exercice et de vocation, mais certainement plus forte. Ou bien plus belle et encore plus forte à la fois. Une chose est cependant sûre : elle devrait être toujours là, conciliant les objectifs et les défis.
Nous aimons à penser qu'elle ira encore plus loin dans l'affirmation de ses intentions et de ses idées. Nous serons heureux, probablement comme tous les gens du foot, du fait qu'elle saurait préserver sa vocation et ses vertus. Une équipe qu'on aime pas seulement pour son histoire, mais aussi pour ses mille feux. Une équipe qui devrait avoir un signe très fort. Un signe de fierté pour un football censé professer la bonne parole partout où il passe. La sélection attend visiblement son heure et se prépare pour un éventuel exploit. C'est le genre de situation où l'on compte ses jours. Interminables ?... Non. Car d'une façon ou d'une autre, aucun élément extérieur ne devrait contrarier la moindre ambition.
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