Maguette NDONG
20 Octobre 2009
La capitale bissau-guinéenne est une vieille cité qui porte encore les stigmates de son passé tragique. Mais pour les résidents étrangers, vivre dans cette ville est symbole de privations et de bien des sacrifices.
Il est presque midi à l'aéroport international Osvaldo Vieira de Bissau. Aucun avion n'est sur le tarmac pour décoller ou pour atterrir. C'est le calme plat. La même ambiance règne à l'intérieur de la salle d'embarquement où les chaises peintes en différentes couleurs sont vides. Aucune âme qui vive, à part une musique douce servie pour des passagers invisibles. Cette quiétude peut paraître bizarre pour quelqu'un qui débarque pour la première fois dans ce pays. Mais les résidents ne s'en étonnent guère. « Tous les jours, il n'y a qu'un seul avion qui atterrit ici à 13 heures. C'est la Tacv, la compagnie cap-verdienne », confie un chauffeur de l'ambassade du Sénégal.
A la sortie de cet aéroport désert, une grande statue d'Amilcar Cabral, le père de l'indépendance de la Guinée-Bissau, est fraîchement érigée dans un espace circulaire. Peut-être un symbole pour adresser la bienvenue aux personnes qui visitent ce pays. De l'aéroport au centre-ville, il faut cinq à dix minutes de voiture pour accéder à Bandé, le grand marché de Bissau. Ici, Bandé est le Sandaga local. La circulation est difficile à cause des nombreux attroupements de personnes sur les deux voies. A cette hauteur de la ville, les taxis bleu et blanc se disputent la voie aux « toca-toca », ces fameux minicars reliant la ville aux différents quartiers de la capitale bissau-guinéenne.
Bissau est une cité avec des bâtiments vieillissants qu'on imagine être là depuis la période coloniale. Parmi les institutions, la seule infrastructure moderne, c'est l'Assemblée nationale populaire, construite par les Chinois. A quelques mètres de là, trône la place publique dénommée Amilcar Cabral où sont concentrés plusieurs ministères et des institutions du gouvernement. Mais ici, l'image qui frappe le plus le visiteur, ce sont les ruines de l'ancien Palais de la République que toute personne peut voir à l'oeil nu. Détruit par des chars de l'armée pendant la guerre de 1998, le palais est depuis lors abandonné. Comme un témoin du passé tragique de ce pays qui a connu plusieurs coups d'Etat successifs, l'édifice est noirci par la poussière ainsi que par les nombreuses années qu'il est resté sans usage. Sur les fenêtres, l'on aperçoit d'ailleurs une végétation sauvage qui a fini de s'emparer des lieux. Avec un bâtiment pareil, l'actuel président, Malam Bacai Sanha, a préféré loger dans sa maison, non loin de l'ancien palais.
Une ville chère
En plus d'être une vieille cité, Bissau est une ville chère où les résidents étrangers souffrent le martyre de la location. Selon Affé Diop, un Sénégalais en poste au service des accréditations de l'ambassade du Sénégal, pour avoir un bon appartement à Bissau, il faut débourser au moins 600.000 FCfa. « Il peut arriver que tu en trouves à 100.000 FCfa, mais ce ne sera pas un bon truc », ajoute M. Diop. La cherté du coût de la vie à Bissau se mesure aussi aux achats qu'on fait au marché de Bandé, où une carotte s'achète parfois à 200 FCfa ! Comme alibi à la cherté des légumes, les vendeurs soutiennent que plusieurs de leurs marchandises proviennent du Sénégal. S'y ajoute une absence totale d'électricité et d'eau à Bissau. « Ce qui manque le plus ici c'est l'eau et l'électricité. Hier, l'eau est arrivée aux environs de 18 heures, mais je n'ai eu que dix litres avant que ça ne referme. On souffre trop ici », se plaint Affé Diop.
Si le jour l'eau ne coule presque jamais du robinet, la nuit la ville tombe dans le noir. Pour avoir un peu de lumière et de fraîcheur, les plus nantis se sont dotés de groupes électrogènes. « Moi, j'ai acheté, il y a quelques jours, un groupe à 275.000 FCfa, mais le bruit me fatigue et m'empêche de dormir parfois », déplore le résident sénégalais qui vient de boucler ses six mois dans la capitale bissau-guinéenne. Mais déjà, il a compris que vivre à Bissau rime avec privations et sacrifices.
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