Fraternité (Cotonou)
Héribert-Label ADJOVI
20 Octobre 2009
opinion
Advienne que pourra. Les législatives ont lieu ce mardi au Niger. Une élection voulue par Mamadou Tandja pour disposer désormais d'une majorité confortable au Parlement. Quelques deux mois et demi après le fameux référendum constitutionnel. Qui a donné carte blanche pour le maintien au fauteuil présidentiel, de l'homme fort de Niamey. Pour quelques trois années de plus. Mais l'opération de ce jour n'est pas du goût de tout le monde. Et parce que je ne veux pas pratiquer la langue de bois, je dirais simplement que ce scrutin constitue, à n'en point douter, un autre " coup d'Etat constitutionnel " de Mamadou Tandja. Le quatrième en date au cours de cette même année 2009.
En faisant la sourde oreille à l'appel au report sine die des législatives de ce 20 octobre formulé par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest, Cedeao. Il ne laisse planer aucun doute sur ses intentions de continuer à " surfer " en solo. Pour la mainmise sur les institutions républicaines dans son pays. Les législatives, dont il est question, tirent leur légitimité du texte constitutionnel adopté par référendum le 04 août dernier. Un texte constitutionnel que ne reconnaissent, ni l'opposition nigérienne, ni la Communauté internationale.
A partir de ce moment. Quelle crédibilité pour des législatives organisées sur la base d'une Constitution sujette à caution ? Pour faire plus simple. Une Constitution, excusez du peu, " anticonstitutionnelle ", peut-elle enfanter autre chose qu'un scrutin illégal ? Un retour sur le feuilleton juridico-politique nigérien nous montre qu'on est en face d'un cas d'un curieux cas d' " école ". Qui ne répond à aucune norme de droit constitutionnel. En admettant que, conformément à la Constitution du 09 août 1999, le président Tandja peut se permettre de dissoudre le Parlement. La même Constitution, dont il est le garant des dispositions et qui s'impose à sa personne par la même occasion, lui intime l'ordre, en cas de dissolution du Parlement, de faire convoquer le corps électoral. Au plus tôt, dans les 45 jours après ladite mesure. Au plus tard, dans les 90 jours.
La dissolution de l'Assemblée nationale nigérienne ayant eu lieu le 26 mai 2009. Soit le lendemain de la décision de la Cour constitutionnelle déclarant " illégal " le référendum constitutionnel du 04 août dernier. Des législatives anticipées devraient s'organiser au Niger, au plus tard, le 20 août 2009. En refusant de le faire, le numéro un nigérien fait du " deux poids, deux mesures ". Même si l'on voit difficilement comment ce scrutin pouvait encore se tenir après un tel référendum. C'est là le dernier des " péchés " en date du président Tandja.
Le premier " péché " du numéro un nigérien. C'est bel et bien une modification de la loi fondamentale du Niger. Alors qu'il n'y avait aucun péril en la demeure. Les institutions républicaines fonctionnaient parfaitement. Entre décembre 99 et janvier 2009 où il est venu à l'idée du colonel-président qu'il pouvait décider, à lui seul, du sort de la République du Niger. Mamadou Tandja a présidé aux destinées de son pays sans aucun blocage de la part des autres institutions de contre-pouvoir. Seul le désir de s'éterniser au pouvoir explique cette aventure constitutionnelle. Le 25 mai 2009, la décision de la Cour constitutionnelle invitant le président Tandja à " revoir sa copie ", mettra le feu aux poudres.
Il commettra un autre " péché ". La dissolution du Parlement. " Péché-double " en ce sens qu'il n'a pas cru devoir ensuite aller jusqu'au bout de l'usage de la Constitution du 09 août 1999. En convoquant le corps électoral pour des législatives anticipées dans les 90 jours suivant la mise à l'écart des députés. Il commettra un troisième " péché ", le " péché " de trop, qui n'a pas son précédent. En limogeant les sept sages de la Cour constitutionnelle.
Ce que le jeune constitutionnaliste béninois, Frédéric Joeil Aïvo, qualifie d' " exception nigérienne ". " L'appétit vient en mangeant ". Aujourd'hui, après le coup d'essai d'une Constitution taillée sur mesure. Qui lui donne trois années de plus à la tête du Niger et une " éternelle " possibilité de se représenter à sa propre succession. Le président Mamadou Tandja veut un Parlement à sa " solde ". Les cris de détresse de la Communauté internationale ne l'émeuvent guère. Pas plus que les jérémiades d'une opposition politique confinée dans le rôle de " spectateur ". On ne change pas une formule qui marche.
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