Inter Press Service (Johannesburg)
Analyse d'Emmanuel Chaco
20 Octobre 2009
La République démocratique du Congo (RDC) vit dans une contradiction caractérisée par un vaste potentiel hydrique dont dispose le pays et l'impossibilité notoire pour la majorité de sa population d'accéder à l'eau potable, affirment des chercheurs de l'Université de Kinshasa (UNIKIN), dans la capitale.
La RDC renferme «entre sept et huit pour cent de l'eau douce exploitable dans le monde», indique Jean Kasende Okuma, ancien doyen de la Faculté des sciences de l'UNIKIN, qui souligne toutefois «l'absence d'une eau de qualité et de courant électrique accessibles» pour la population de ce grand pays d'Afrique centrale.
Avec ses nombreux affluents, le fleuve Congo traverse tout le pays et l'arrose entièrement à lui seul. Il est le cinquième fleuve du monde de par sa longueur (4.640 km) et le deuxième par l'étendue de son bassin et par son débit après l'Amazone, avec 50.000 mètres cubes d'eau par seconde avant de se jeter dans l'océan Atlantique. Le pays est également jonché d'une multitude de cours d'eau parmi lesquels l'Oubangui, le Mbomou et l'Uele qui ont chacun plus de 1.000 kilomètres de long.
Selon Lututala Mumpasi, professeur dans la même université, cette situation pourrait continuer en s'élargissant puisqu'en 2025 dans nombre de pays en Afrique où «la pénurie pourrait même engendrer des conflits», notamment où elle sera plus aigue, notamment dans plusieurs pays de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC).
«Le danger, qui guette la population congolaise et celle des pays qui devraient profiter des ressources en eaux qui se trouvent en RDC, est la conséquence de l'absence d'une stratégie nationale de gestion à long terme de ces ressources, de l'absence d'une structure scientifique dans le domaine des eaux et du fait que ces ressources sont exploitées de manière anarchique», affirme Irène Wabiwa Kyembwa, chargée des eaux et des forêts à l'ONG Conseil pour la défense environnementale par la légalité et la traçabilité, basée à Kinshasa.
En février 2006, des chercheurs de l'UNIKIN, du Programme des Nations Unies pour le développement et de l'Université de Montréal se sont réunis à Kinshasa et ont proposé au gouvernement congolais de «mettre en place un Centre international de l'eau de Kinshasa (CIEK) pour conduire des études préalables et nécessaires à tout usage des ressources en eaux.
Germain Zasy, conseiller chargé des eaux et forêts au cabinet du ministre de l'Environnement, Conservation de la Nature et Tourisme, a indiqué à IPS que «le gouvernement est bien conscient de la nécessité de mettre en place cette structure, mais qu'il n'a pas encore des moyens pour cela».
S'exprimant devant des journalistes lors du 29ème sommet de la SADC tenu à Kinshasa en septembre dernier, Joseph Kabila, le président de la RDC, déclarait que «face à cette situation, il faut constituer des ensembles cohérents et capables de faire face aux défis que connaissent tous les pays de la SADC».
Il a ajouté qu'il y avait, pour les dirigeants, la nécessité de «comprendre que le destin de ces pays ne dépend pas de la seule volonté des partenaires occidentaux, et d'ouvrir une nouvelle page de l'histoire focalisée sur la bonne gestion des ressources naturelles parmi lesquelles l'eau».
Pour Kabila, «l'eau est désormais un important élément de construction d'une stratégie de développement régional au sein de la SADC» et devrait rapidement «servir la population, notamment dans la production de l'énergie électrique». Concernant la RDC, déclare Kabila, «la stratégie à mettre en place passe nécessairement par le renforcement du barrage hydroélectrique d'Inga (I et II) et par la construction de Inga III».
Une des recommandations faites par les chefs d'Etat, à ce sommet, voudrait assurer «la rentabilisation de l'énergie électrique produite par le barrage d'Inga en faveur des pays de la région, l'accès à l'eau potable par les populations des pays membres de la SADC, l'électrification de l'Afrique australe à partir d'Inga et l'alimentation de la sous-région en eau potable».
«Conformément aux objectifs de la SADC, les eaux de la RDC devraient servir au développement et à la croissance économique, à l'allègement de la pauvreté, à la mise en valeur du niveau et de la qualité de la vie des peuples d'Afrique australe, à favoriser l'interdépendance des Etats membres à travers une utilisation durable et efficace», souligne Joachim Juwakali, un habitant de Kitokimosi, un quartier populaire de Kinshasa, qui n'est desservi ni en eau ni en électricité.
Mais, Juwakali n'est pas convaincu : «Malheureusement, ces eaux n'ont jusque-là servi que des intérêts autres que ceux des Congolais, et les discours des chefs d'Etat membres de la SADC ressemblent à du déjà entendu».
«Comment espérer que les gouvernements des Etats membres de la SADC seront capables de réaliser ce voeu alors qu'on sait que la plupart d'entre eux sont pauvres, endettés, caractérisés par la mal gouvernance et que leurs économies dépendent encore des financements externes?», demande Gervais Mburugu, un habitant de Mpasa I, un petit village privé d'eau et d'électricité, situé à la sortie-est de Kinshasa.
«La population, qui est partagée entre le pessimisme et l'espoir, veut rapidement voir les promesses faites par les chefs d'Etat se traduire en actions concrètes», selon Léon Phambu, un autre habitant de Mpasa I.
Phambu a dit à IPS que «les politiques sont toujours venus promettre de l'eau et du courant à Mpasa I, surtout pendant les campagnes électorales de 2006», et qu'il «devient difficile de continuer à croire que cela se réalisera un jour puisque depuis la proclamation des résultats électoraux, on n'a plus vu un seul de ces politiciens qui nous ont fait des promesses. On est donc resté sans eau et sans électricité».
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