Le Pays (Ouagadougou)

Burkina Faso:Au coeur de la plus grosse mine en construction

Dayang-Ne-Wendé P. Silga

20 Octobre 2009


Onze mois après le lancement des travaux, la mine d'or d'Essakane sort doucement de terre. Du 16 au 17 octobre dernier, nous y avons visité les infrastructures dont le taux d'exécution est estimé à 50% mais aussi la cité moderne en érection pour les populations déplacées. Occasion également pour la société Essakane S.A et son PDG, Charles Taschereau de remettre un bâtiment à la mairie de Falagountou.

Ce sera la plus grosse mine du Burkina au terme de sa construction. Les chiffres annoncés de la première année de production (prévue pour démarrer en août 2010) parlent également d'eux-mêmes : 150 tonnes d'or. Evidemment, la société qui est derrière ce projet, est une grosse pointure. En effet, la compagnie canadienne Iamgold a, en pleine crise financière l'année dernière, racheté la mine d'Essakane à une autre qui était en difficulté, Orezone. Sur le terrain, c'est le directeur de la construction, Guy Chamard Québécois bon teint, 30 ans d'expérience qui nous a servi de guide. De façon générale, les travaux se déroulent selon le chronogramme établi et le taux d'exécution est estimé à 50% selon M. Chamard qui a déjà construit 6 mines.

De nombreuses infrastructures sont déjà construites au niveau du département du concassage minerai. Il en est de même pour les bureaux administratifs et le garage. Mais, ce qui reste à réaliser, notamment la structure d'acier est tout aussi important. Un défi que Guy Chamard pense relever sans coup férir. L'atout sur lequel il a insisté, ce n'est pas la présence des 40 Canadiens de la compagnie Iamgold mais les quelque 3 000 Burkinabè dont il dit beaucoup de bien. "Pour moi, c'est valorisant de venir travailler au Burkina" nous a révélé Guy Chamard, selon qui les Burkinabè apprennent vite , sont fiers d'eux et ont beaucoup de respect pour leur travail. Ainsi, dans certains domaines comme la maçonnerie, la tuyauterie, la menuiserie, les ouvriers recrutés ont appris très vite et d'autres sont devenus même des superviseurs. Il est vrai que le boulot est bien payé parce que les enjeux de la construction sont énormes. On ne peut s'amuser à perdre une journée de travail. Cependant, les difficultés n'ont pas manqué. Selon le directeur de la construction de la mine, le plus grand problème a été l'approvisionnement. Au début, le délai pour recevoir le matériel lourd de l'Europe était suffisamment long et ne leur facilitait pas la tâche. Mais, au fur et à mesure que le projet avançait, les choses se sont améliorées.

Une cité moderne en erection

L'un des acquis de la société Essakane S.A, c'est bien la cité moderne qui pousse de terre et qui fera, à coup sûr, pâlir de jalousie les gens de Gorom-Gorom ou de Falagountou. Sur le nouveau site destiné aux habitants du village d'Essakane (qui déménage), on ne peut s'empêcher d'admirer les belles bâtisses devant servir de commerces ( au total 165 boutiques) tout au long de la grande avenue. Les maisons d'habitation en dur (1666 logements), selon le responsable du projet de réinstallation, Paul David, respectent la superficie que les propriétaires recensés avaient sur l'ancien site. Cerise sur le gâteau, ceux-ci vont avoir des titres de propriété (payés par Essakane S.A) et vont bénéficier de plusieurs infrastructures socio-économiques à savoir, un système d'adduction d'eau potable avec une dizaine de bornes-fontaines et des branchements privées, une école primaire et franco-arabe, un CSPS, des logements pour les enseignants et les infirmiers, un temple, une mosquée et une église, un abattoir, une banque de céréales, un centre de transfert d'ordures ménagères, un marché, etc. (Ceux qui voulaient rentrer au bercail ont reçu une compensation financière). Mais, tout cela suffira-t-il à fixer "des aventuriers" qui, comme au Far west, sont venus s'installer à Essakane quand l'or est apparu au milieu des années 80 ? Pour ne pas se retrouver avec une ville fantôme à la fin de la mine, il faut un projet de développement durable pour la population. Essakane S.A a des initiatives en la matière notamment pour la récupération des sols pour l'agriculture et la promotion d'activités génératrices de revenus. Mais, les communes rurales de Gorom-Gorom et de Falagountou sont aussi attendues sur ce terrain. Pour que petit à petit, leurs concitoyens apprennent à faire autre chose que l'orpaillage...

Le bâtiment flambant neuf de la mairie de Falagountou

"Il y a un an, il n'y avait rien sur ce site" nous a confié le maire de Falagountou Moussa Oumarou Maïga, fonctionnaire à la retraite depuis 1990 et qui a décidé de se consacrer à sa commune. Ce septuagénaire n'a pas tari d'éloges à l'égard de la société Essakane S.A et de son PDG Charles Taschereau, qui, selon lui, a fait du dialogue avec les populations, un point d'honneur. C'est ainsi que constatant les difficultés de fonctionnement de la commune, il a décidé de construire un bâtiment administratif. Le samedi 17 octobre dernier, à la cérémonie d'inauguration, nous avons vu les deux nouveaux bâtiments du siège de la mairie. Ceux-ci ont été construits par l'Etat et ne sont d'ailleurs pas encore fonctionnels. Embouchant la même trompette, le haut-commissaire du Séno, Jean Ernest Ouédraogo dira que la collaboration entre la population et la mine d'Essakane est une réalité, ce qui n'était pas évident au début du projet. Pour sûr, cette philosophie devrait se poursuivre, selon Charles Taschereau. A l'entendre, il faut s'assurer du développement de la région même au-delà de la durée de vie de la mine. C'est pourquoi, il a réaffirmé l'engagement de sa société à maintenir un bon climat social et être toujours attentif aux préoccupations de la population.

Marganta : ils sont repartis chercher l'or

C'est un village proche de la zone d'Essakane. Pour commencer les travaux, la mine a dû réinstaller les habitants de Marganta. Nous y avons fait un tour le samedi 17 octobre pour voir les maisons construites par la société. "Cela fait 8 mois que nous sommes ici. Nous sommes contents" nous indique Ag Ibnou Warinkess, 56 ans, agriculteur de son état. Pour lui, la saison est plutôt mauvaise cette année à cause d'une pluviométrie maigre. A cause de cela, certains d'entre eux sont repartis sur des sites d'orpaillage pour avoir un peu d'argent. C'est pourquoi, notre interlocuteur pense que la mine doit les aider à faire du commerce. Comment fixer ces paysans dont beaucoup d'entre eux ne connaissent que l'orpaillage depuis leur tendre enfance ? C'est une question d'importance à laquelle il convient de trouver des reponses adéquates.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2009 Le Pays. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com).

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Burkina Faso

Rubriques