L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Afrique de l'Ouest: Hors le symbole, que peut bien faire la CEDEAO ?

San Evariste Barro

22 Octobre 2009


analyse

Comme on s'y attendait, Mamadou Tandja n'a pas bougé ses plans d'un iota malgré les multiples appels de la communauté régionale et internationale. Il a ainsi maintenu et organisé, le 20 octobre 2009, les élections législatives de la première législature de la VIe République nigérienne.

Et comme on s'y attendait, l'opposition a, une fois de plus, refusé de l'accompagner dans sa forfaiture. On n'enterre pas un cadavre en laissant ses pieds dehors. Fort de cet adage, le colonel Tandja n'entend pas du tout faire les choses à moitié, quitte à faire une fuite en avant.

On se souvient en effet qu'après avoir dissous l'Assemblée nationale et la Cour constitutionnelle, Tandja avait entrepris l'élaboration d'une nouvelle Constitution sur mesure afin de s'ouvrir le boulevard d'une présidence à vie. La nouvelle Constitution en poche, le chef de l'Etat nigérien s'applique, à présent, à donner des contours démocratiques à son pouvoir ; l'organisation de ces législatives en fait partie.

Mardi dernier donc, l'opposition a boudé les urnes, et la formation politique de Tandja ainsi qu'une vingtaine de partis de la mouvance présidentielle, dans un scrutin à l'amiable, devaient se partager les 113 sièges de député en jeu.

L'Union européenne (UE), l'Union africaine (UA) et la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ont appelé en vain au report de ces législatives pour qu'un dialogue puisse s'ouvrir entre le pouvoir et l'opposition. Niamey s'est refusé à céder quoi que ce soit. Face à cette situation, la CEDEAO a décidé de suspendre le Niger de toutes ses instances.

Mais l'institution sous-régionale n'a pas totalement fermé la porte à Niamey, puisqu'elle a nommé un médiateur, en la personne du général Abdoul Salami Abubakar, ancien président du Nigeria. Dans ce cadre, les principaux acteurs de la politique nigérienne sont conviés à une réunion le 30 octobre à Abuja ; des sanctions, légères somme toute, et dont on doute de l'efficacité, d'autant plus que, depuis un certain temps, Tandja, plus casanier que jamais, semble bouder les différents sommets en Afrique de l'Ouest.

C'est pour cela qu'il faudrait que la CEDEAO étudie la possibilité de revoir à la hausse les sanctions à formuler contre Niamey. Cela est d'autant plus nécessaire que le cas nigérien constitue un dangereux précédent. En effet, à l'analyse, les sanctions qu'agite la CEDEAO sont si frêles qu'elles ne peuvent étouffer toute velléité de tripatouillage ou de changement de Constitution dans la sous-région. Mais qu'est-ce que la CEDEAO peut faire de plus ? Pratiquement rien. Elle n'est en effet pas un bailleur de fonds du Niger. C'est pourquoi il faudrait que la communauté internationale soutienne l'institution sous-régionale pour mettre un peu plus de pression sur Niamey.

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Mais, à vrai dire, le médiateur, Abdoul Salami Abubakar, a du pain sur la planche, car sa tâche est titanesque, à savoir concilier deux positions diamétralement opposées. Sa médiation est d'autant plus compliquée qu'il va être très difficile de revenir à la Ve République, comme l'exige l'opposition. Mais, comme il s'agit de négociations, tout est possible pour peu que les uns et les autres fassent des concessions.

Au-delà des intérêts égoïstes des politiques, c'est l'intérêt général du pays qui est à présent en jeu. Si les positions restent figées, le pays d'Amani Diori va, petit à petit, réunir les conditions d'une grave crise politique et sociale, dont, aujourd'hui, nul ne peut prédire les conséquences et le dénouement. Une chose est sûre, le jour où ça pètera à Niamey, Tandja et son clan ne pourront pas dire qu'on ne les en avait pas prévenus.

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