Le Pays (Ouagadougou)

Afrique de l'Ouest: Le retour en force de la CEDEAO

21 Octobre 2009


La réponse n'a pas tardé à tomber et la bergère CEDEAO a répondu au berger nigérien. Une pluie de sanctions s'est abattue sur le Niger : le pays de Tandja a été suspendu des rangs de l'organisation sous-régionale ; il ne participera pas aux sommets des chefs d'Etat et aux réunions ministérielles.

La CEDEAO ne reconnaîtra pas non plus les résultats des élections et les nouveaux députés ne siègeront pas au Parlement de la sous-région. L'organisation sous-régionale ne soutiendra pas une candidature du Niger à des postes dans des institutions internationales et aucun sommet ne se tiendra dans ce pays. On peut donc dire que la CEDEAO bouge enfin. Le réveil paraît néanmoins tardif car il intervient au moment où Tandja parachève son plan. Il faut le rappeler, ces élections sont l'aboutissement d'un plan mis en oeuvre par le Président du Niger pour consolider son trône et se perpétuer au pouvoir.

En effet, courant mai dernier, Mamadou Tandja dissolvait le Parlement nigérien qui s'opposait à l'organisation d'un référendum visant à prolonger son mandat. La Cour constitutionnelle qui déclarait le projet illégal était à son tour dissoute. Un boulevard s'ouvrit alors devant Tandja qui organisa son référendum et promulgua sa VIe République. Les élections législatives de mardi dernier parachevaient ainsi son stratagème. Mais ce qui devait être considéré comme un dessert pour Mamadou Tandja restera finalement au travers de sa gorge.

Cette réaction de la CEDEAO, à laquelle beaucoup ne croyaient pas, est un tournant historique dans la vie de l'organisation. En prenant de telles décisions jugées courageuses et osées, l'organisation sous-régionale semble dire que ses menaces ne doivent plus être prises à la légère. La classe dirigeante à Niamey l'aura appris à ses dépens. Le Président du Niger et ses alliés feraient mieux de se ressaisir, eux qui parlent d'incompréhension.

En réalité, ce sont eux qui ne parvenaient pas à déchiffrer le message pourtant limpide que leur adressait la communauté internationale. Avec ces sanctions, l'opposition nigérienne, certes, ne peut pas encore crier victoire. Elle pourrait le faire si le Niger "qui vit quasiment en Etat d'exception derrière un vernis démocratique" selon ses termes, pouvait retrouver son lustre d'antan avec des institutions républicaines fonctionnant normalement et respectueuses des règles définies et acceptées par tous.

Il faudrait être un dur-d'oreille pour ne pas percevoir le son de cloche donné en guise d'alerte par la CEDEAO. C'est une humiliation que vient de subir ainsi Mamadou Tandja car à travers son pays, c'est bien lui que l'organisation sous-régionale a banni de la famille. La CEDEAO, de toute évidence, a touché le point G et frappé là où cela fait le plus mal. Tandja devrait rengainer son orgueil personnel et avoir une attitude un peu plus respectueuse de tous ceux qui ne partagent pas les mêmes vues que lui. S'il est convaincu qu'il travaille vraiment pour les Nigériens, il doit aussi se laisser persuader que les autres n'agissent pas contre les intérêts du Niger.

Faut-il le rappeler, le Niger, dans le classement du PNUD sur le développement humain publié récemment, est positionné en queue de peloton. Pourtant Mamadou Tandja est au pouvoir depuis dix ans. Qu'a-t-il fait pendant tout ce temps ? Certes, il y a du pétrole et de l'uranium au Niger. Malgré tout, les autorités de Niamey ne doivent pas se laisser griser par ces deux matières premières qui, a elles seules, ne peuvent pas sortir le Niger de l'ornière.

Les sanctions qui viennent d'être décidées, dans ce contexte, enfoncent davantage le pays. Si le président Tandja ne veut pas que le rouleau compresseur se mette en branle, il serait inspiré de mettre un peu d'eau dans son lait et ne pas compter sur de probables soutiens. On ne voit pas d'ailleurs d'où ces alliés pourraient surgir. L'Union européenne et les USA sont solidaires des actions prises par la CEDEAO. Le Niger, qui est dépendant des appuis internationaux pour son développement, pourrait être le bouc émissaire qui paierait pour les autres et servir par là de cobaye.

La Guinée de Dadis Camara est également dans le viseur de la CEDEAO. Celle-ci voudrait que la sanction infligée au pays de Tandja serve en même temps de leçon à tous ceux qui, à l'avenir, seraient tentés de ne pas accorder toute l'attention que ses injonctions méritent. Les apprentis sorciers ou les prédateurs de la démocratie sont bien avertis. Le Nigéria, agissant comme une locomotive, voudrait imprimer un nouveau rythme à la CEDEAO qui affirme ainsi son retour en force. L'institution ouest-africaine joue, sur ce coup, sa crédibilité et le Niger pourrait payer très cher son entêtement à opter pour la fuite en avant.

Finalement, il ne dépend que du Président Mamadou Tandja pour que l'horizon se dégage ou, au contraire, que l'avenir s'assombrisse. La situation pourrait rapidement évoluer du mal au pis. L'Union africaine et l'Organisation des Nations-unies pourraient coordonner leurs actions pour transformer l'essai de la CEDEAO et faire en sorte qu'il ne soit pas un simple coup d'épée dans l'eau.

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AllAfrica - All the Time
Author: jules_napo
Fri Nov 13 06:36:19 2009

La partialité de cet article laisse penser à une mission de communication interne de la cedeao. Je préfère une analyse objective du Think Tank afrology sur le sujet. Je vous invite à lire sur le site internet Afrology.com pour vous faire une idée de la situation.

Titre: Les limites de la cedeao Auteur: Gustav Ahadji

http://www.afrology.com/presse/ahadji_cedeao.html


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