Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Brazzaville: La construction du port en eaux profondes de Banana - Une contrainte nationale

Marcel Lutete

22 Octobre 2009


Kinshasa — Plus de doute possible. La construction du port en eaux profondes à Banana doit se faire avant celle du pont route-rail Kin-Brazza. La conférence-débat organisée par la communauté kongo l'a une fois de plus réaffirmé et ce, à l'unanimité.

Mardi 20 octobre 2009. Grand rendez-vous à l'hôtel Invest, dans la commune de Lingwala. A l'ordre du jour, une conférence-débat sur les projets de développement de la province du Kongo central, avec un thème d'actualité « La problématique du port en eaux profondes de Banana et du pont route/rail Kinshasa-Brazzaville ».

Deux importants exposés meublent la conférence-débat où un grand monde s'est fait inviter. Premier intervenant, l'ingénieur Théodore Mambu Ma Nsungu Makuala, ancien directeur de l'OEBK. Thème développé : « Projet de construction du port en eaux profondes de Banana face aux enjeux suscités par la réalisation programmée du pont route/rail entre Kinshasa et Brazzaville ». Deuxième intervenant, le sénateur Jacques Mbadu. Il axe son exposé sur « la controverse autour du projet de construction du pont route-rail entre Brazzaville et Kinshasa ».

L'ingénieur Mambu Ma Nsungu Makuala commence par faire une brève description commentée du système portuaire. Après avoir rappelé l'évolution du projet, il se livre à l'élucidation de l'intérieur du projet face aux enjeux du moment. In fine, il propose, avant toute chose, la construction du port en eaux profondes de Banana, la construction du port de Maluku et du chemin de fer Kinshasa-Ilebo. Ce n'est qu'après avoir accompli ce travail, argumente-t-il, que le gouvernement de la RDC pourra enfin aborder le sujet de la construction du pont route/rail Kin-Brazza.

Il estime qu'il y a des raisons objectives à cela. Surtout que le pays devra faire face à divers enjeux charriés par le projet d'érection du pont route-rail Kinshasa-Brazzaville. Quels sont ces enjeux ? Et l'ingénieur d'en aligner quelques-uns. Premier enjeu : il y a, soutient-il, « une nécessité incontournable de prioriser l'exécution du projet de port en eaux profondes de Banana et des autres infrastructures routières et ferroviaires y afférentes conformément aux intérêts majeurs de la RDC ». Il ajoute qu'il s'agit vraiment d'une évidence.

Tel que cela est aperçu de longue date, depuis déjà l'époque de la Colonie, il est indispensable, affirme-t-il, de compléter les infrastructures de l'hinterland Océan-Kinshasa en vue d'en parfaire le système multimodal de transports. Pour l'ingénieur Mambu, ce complément doit se traduire par l'exécution plus ou moins concomitante du projet de construction du port en eaux profondes de Banana, de celui du chemin de fer Matadi-Banana et de l'asphaltage du tronçon routier Boma-Banana. Ainsi que de l'érection de toutes les autres infrastructures y adjacentes dont la panoplie avait jadis constitué la trame de projets dévolus à la Zone franche d'Inga.

Au stade actuel, la réalisation du projet de construction du port en eaux profondes est de plus en plus unanimement considérée comme étant l'élément pivot et déclencheur de la relance effective et réelle de l'économie nationale. Surtout en ce qu'il (l'élément) est capable de faire sauter le goulot d'étranglement annihilant actuellement toutes les possibilités de développement harmonieux du système multimodal de transports de la voie nationale et des échanges commerciaux interprovinciaux. De sa concrétisation et, par effets d'entraînement, il devrait « en résulter une nouvelle impulsion forte au développement agricole, minier, forestier, commercial et industriel intégral de notre pays, somme toute de celui de l'ensemble de l'économie nationale », a soutenu l'ancien directeur de l'OEBK.

Plus de doute possible. La construction du port en eaux profondes à Banana doit se faire avant celle du pont route-rail Kin-Brazza. La conférence-débat organisée par la communauté kongo l'a une fois de plus réaffirmé et ce, à l'unanimité.CONTRAINTE NATIONALE

Il poursuit : « De ce point de vue, il apparaît que, face aux intérêts objectifs majeurs de la RDC, la réalisation du projet de port en eaux profondes de Banana se présente sous le signe d'une contrainte nationale concourant à mobiliser toute l'attention et toutes les énergies de tous les Congolais en vue de sa concrétisation la plus prochaine ».

Deuxième enjeu : il y a nécessité de toujours prioriser l'exécution du projet de port en eaux profondes de Banana face aux sollicitations même les plus insistantes de l'intégration sous-régionale et régionale. Plus d'une fois, et sous d'autres expressions et formes, il a déjà été souligné que les corridors anciens et nouveaux, actuellement en projet, enjambant la RDC, échappaient à son plein contrôle et ne garantissaient pas la satisfaction de ses moindres intérêts légitimes. « Nous nous devons, a-t-il déclaré, de considérer que le projet de pont route-rail Kinshasa-Brazzaville aurait comme effets directs, en devenant une réalité, de détourner effectivement le trafic destiné aux ports de Banana, Boma et Matadi».

La conséquence doit en être évidemment perçue comme étant une opération dangereuse de dépossession de la province du Bas-Congo en particulier et des autres provinces adjacentes en général, c'est-à-dire la province ville de Kinshasa, le Bandundu, l'Equateur et les deux Kasaï, du meilleur usage de ce précieux outil de développement que constitue l'épine dorsale de son système multimodal de transports qui s'appuie normalement sur des ressorts dont les fondements se situent au Bas-Congo. Qui plus est, le corridor Pointe-Noire-Brazzaville-Pont route rail n'offrira aucune garantie aux transporteurs routiers de la RDC à pouvoir pénétrer les espaces CEMAC et CEDEAO.

La réalisation du projet pont route-rail entraînerait, a-t-il prévenu, à court et moyen terme non seulement les perturbations économiques et sociales frappant de plein fouet les entreprises de service dont les activités sont liées à l'exploitation des ports de Matadi, Boma et Banana, qui seraient vouées à disparaître, à savoir notamment l'Onatra, la RVM, l'OCC, l'Ofida, l'Ogefrem et Sep Congo

De son côté, le sénateur Jacques Mbadu a abordé le sous-thème « Controverse autour du projet de construction du pont route-rail entre Brazzaville et Kinshasa ». Il a posé la question de savoir si la construction du pont route-rail entre Brazzaville et Kinshasa constituait un danger pour l'avenir des ports de Matadi et de Boma dans le Bas-Congo avec compromission même de l'érection du port en eaux profondes à Banana.

Comparant les ports de Matadi et de Pointe-Noire, surtout sur le plan technique, il a indiqué que les deux ports n'avaient pas la même vocation. « Le port de Matadi, a-t-il dit, est un port maritime avec un impact régional, car outre le fret de la RDC, il traite jusqu'à présent le fret destiné à Brazzaville et au nord de Brazzaville, au nord du Cameroun, à la RCA et au sud du Tchad. Tandis que le port de Pointe-Noire est un port de transit qui était construit que pour le fret de la République du Congo-Brazzaville.

Après avoir comparé la morphologie topographique du port de Matadi et celle du port de Pointe-Noire construit sur un terrain mou et sablonneux d'où l'ensablement continuel des quais portuaires qu'il faut toujours draguer, il a mis en parallèle la situation du port de Matadi par rapport à Kinshasa comparé à celui de Pointe-Noire. Il a dit que le port en eaux profondes de Banana, les ports maritimes de Matadi et de Boma ainsi que le chemin de fer qui partira de Banana au Katanga en traversant toute la province du Bas-Congo, Kinshasa, les provinces de Bandundu, du Kasaï occidental, du Kasaï oriental jusqu'au Katanga, allaient doter le pays d'une voie nationale pour asseoir l'unité du pays. Ce chemin de fer pourrait être connecté au chemin de fer Kamina-Kalemie-Kindu sans oublier le Haut-Uélé. Conclusions techniques. Avec tous ces atouts, Pointe-Noire n'arrive pas à la cheville des ports de Boma et de Matadi, a noté le sénateur Jacques Mbadu.

Le ministre Simon Mboso, a, lui, parlé du projet de développement de l'industrie dans le Bas-Congo. Mais bien avant, M. Konde Vila ki Kanda a annoncé que la communauté kongo envisageait d'organiser d'autres rencontres, notamment sur la construction d'Inga III, le Plateau continental pétrolier...

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