Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Sud-Kivu - Deux tiers des enfants sont malnutris

22 Octobre 2009


Kinshasa — Au Sud-Kivu, quatre enfants sur dix meurent de faim avant d'avoir deux ans. Dans cette province où tout poussait en abondance, les gens ne mangent plus que du manioc, un aliment pauvre, le plus souvent importé. Une situation catastrophique.

Une file de femmes et d'enfants s'allonge un matin à la paroisse Saint-François Xavier de Kadutu à Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu. En première ligne, une femme enceinte, accompagnée de quatre gosses qui n'ont que la peau sur les os. Gobelets en plastique et cuillères à la main, ils attendent d'être servis devant les chaudrons de bouillie de maïs, sorgho et soja. «Je ne te sers pas avant que tu ne me présentes l'homme qui ne cesse de t'engrosser», fulmine Giovanni, prêtre et pédiatre très connu dans les milieux pauvres de la ville.

Selon le Conseil provincial de planification, presque 4 enfants sur 10 du Sud-Kivu n'ont pas la chance de fêter leur 2ème anniversaire, faute de manger à leur faim. Le taux de mortalité infantile, durant la première année, qui était de 31,5% en 1989 dans la province, est estimé à 47,6 % en 2008, selon le Document stratégique de croissance et de réduction de la pauvreté (Dscrp). Plus de 70 % des enfants présentent des signes de malnutrition, selon le Programme national de nutrition (Pronanut), section du Sud-Kivu.

Une forte croissance démographique, la baisse de la production agricole, les habitudes alimentaires sont les principales raisons de la situation alimentaire catastrophique de nombreuses régions du Sud-Kivu qui compte 4,6 millions d'habitants. C'est ainsi que des confessions religieuses et des ONG ont ouvert, depuis 2000, plusieurs centres de nutrition des enfants à travers la province gagnée par le kwashiorkor.

LE MANIOC PEU NUTRITIF

Le Pronanut montre du doigt les régimes alimentaires dominés par le manioc. «La farine de manioc est un aliment de médiocre valeur nutritive. Dans nos campagnes, on ne mange pas assez de viande ni de poisson et moins encore de légumes. Les aliments sont préparés sans ingrédients comme la tomate, le sel, l'oignon. On ne mange qu'une fois par jour», regrette le responsable Roger Ndirhuhirwe.

À ce régime qui ne couvre pas les besoins de l'organisme, l'administratrice adjointe du territoire de Kalehe, Noëlla Nanfranga ajoute le fait que la femme s'occupe de tout au village pendant que les hommes boivent la bière de banane en bavardant. «La femme regagne la maison tard le soir, prépare la nourriture et réveille les enfants en bas âge pour manger, constate-t-elle. L'absence continuelle des mères dans les foyers n'est pas favorable à l'équilibre alimentaire des très jeunes enfants.»

Le tableau de la situation alimentaire du Sud-Kivu est dramatique pour une province dont la fertilité et le climat favorable à l'agriculture ont été longtemps vantés. «Nous restons nostalgiques du sorgho, viande et lait que nous consommions à satiété. Nos petits fils sont de plus en plus atteints de marasme et de kwashiorkor», murmure le nonagénaire Alexis Buhendwa dans le territoire de Walungu.

L'AGRICULTURE DEMANTELEE

Mais la terre ne produit plus autant. La province a connu, ces 5 dernières années, des perturbations climatiques et des insectes prédateurs des cultures. «Des pluies abondantes ont inondé les vallées et érodé les collines. La mosaïque a décimé des champs de manioc et la fusariose s'en est prise au bananier. 75 % des voies de desserte agricole sont dans un état de délabrement avancé. Les paysans craignent les pillages de leurs récoltes par des groupes armés. Ils ne bénéficient d'aucune intervention de l'État», s'indigne Jerry Mudahama du service du Plan. Une enquête réalisée par le Comité anti-Bwaki dans les milieux ruraux du Bushi, a aussi pu voir des fermes razziées par des hommes en armes, des unités de transformation démantelées et des plantations jadis florissantes envahies par la brousse.

Les territoires de Kabare, Walungu, Uvira et Mwenga sont ainsi plongés, depuis plusieurs années, dans des déficits alimentaires récurrents, tandis que Fizi, Shabunda et Kalehe disposent de surplus de production difficiles à écouler vers les milieux de grande consommation. Ces gens affamés et mal nourris sont exposés aux maladies. Selon le rapport de l'Inspection provinciale de la Santé, le choléra est devenu endémique dans certaines parties de la province et la malaria s'est généralisée, pour devenir la principale cause de mortalité. Pour se nourrir, villes et campagnes sont contraintes d'importer des régions ou pays voisins.

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