Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana
22 Octobre 2009
Le refus, il y a quelques mois, du panurgisme politique à propos du cas Omar El Béchir ? C'est le Botswana. L'éducation de la jeunesse prise en charge avec des bourses octroyées aux étudiants ? Encore le Botswana. Un sous-sol hyperriche en diamants qui profite aux populations ?
Toujours ce pays. Et ce n'est pas fini ! Une démocratie qui marche depuis des décennies ? C'est une réalité dans l'ex-Bechuanaland. Nous ne sommes ni en Europe ni en Amérique, mais bien sur le continent noir, dans un petit pays de l'Afrique centrale, qui s'étend sur 581 730 km2 qu'occupe une grande partie du désert du Kalahari (70% du territoire) et où foisonnent des collines rocailleuses.
Ce n'est cependant pas par sa géographie que s'est illustrée l'exception botswanaise, mais par sa politique : voilà un pays où, depuis plus de deux décennies, l'alternance se déroule sans heurt, réglée comme du papier à musique ; et ça marche :
au commencement était Seretse Khama, petit-fils du roi des Bamangwata, qui devait hériter du sceptre de son grand-père, mais qui ne put régner en raison de son mariage avec une Blanche, rencontrée à Londres lors de son séjour estudiantin. Après l'exil, il rentra au pays en 1956 et fonda le Bechuanaland democratic party, qui deviendra le Botswana democratic party (BDP). Il devint le premier président de la République à l'indépendance du pays le 30 septembre 1966 ;
Quett Masiré, son vice-président, le remplace à sa mort en 1980, lequel sera réélu en 1984, 1989, 1994, avant de prendre une retraite méritée ;
Festus Mogae devint chef de l'Etat à son tour, lui qui assurait la vice-présidence. Il rempila en 1994 ;
Enfin vint le fils du premier président, Ian Khama, en avril 2008, élu le 16 octobre dernier et qui a prêté serment 4 jours plus tard ; lui aussi était dans l'antichambre de la présidence, la vice-présidence.
Quatre alternances successives et sans accros, avouons que, sur un continent où le pouvoir kaki pousse comme champignons après orage, où les pantalonnades constitutionnelles et où on trouve une kyrielle de putschistes absous par les urnes, c'est exceptionnel.
Politiquement, cette république, qui arrime régime présidentiel sur démocratie représentative est un exemple d'Etat de droit qui marche à merveille. Le président assume en même temps la fonction de chef de l'Etat et du gouvernement. Le pouvoir législatif demeure du domaine du gouvernement et du Parlement, tandis que le judiciaire est carrément déconnecté de tous les autres.
Multipartite dans la forme, la vie politique est surtout régentée par le BDP, qui surplombe toutes les autres formations politiques. Jusqu'à présent, cette démocratie fait des jaloux et des... craintes : celui qui vient de prêter serment semble s'engouffrer dans l'autoritarisme et le culte de la personnalité.
Austère et abhorrant les adeptes de Bacchus, il aurait interdit la vente d'alcool sur toute l'étendue du territoire si le Parlement n'y avait mis son veto. En outre, sa propension à nommer ministres et hauts cadres de l'Administration et de l'armée risque de créer une patrimonialisation du pouvoir.
On le voit, si l'ancien pilote issu de l'école militaire de Sandhurst n'y prend garde, il risque une fausse manoeuvre des manettes qui pourrait créer des zones de turbulences au mieux, et au pire...
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