Le Messager (Douala)

Cameroun: Port en eau profonde Kribi - Encore les préalables

Marie.noelle.guichi

21 Octobre 2009


A la tête d'une forte délégation constituée d'acteurs du projet Port en eau profonde de Kribi, le ministre de l'Economie, de la planification et de l'aménagement du territoire, Minepat, Louis Paul Motaze s'est rendu sur le site, en haute mer, à bord d'un bateau off-shore.

C'était mercredi 14 octobre dernier. Le but visé, a-t-il souligné, était d'apprécier sur place le déploiement des techniciens étrangers, arrivés au Cameroun pour la réalisation des travaux préalables sur le site de construction de ce futur port, présenté comme une infrastructure de pointe sur la côte ouest africaine. Pour cette phase dite préparatoire du gigantesque projet, quatre entreprises ont été retenues. Elles ont été présentées, par Louis Paul Motaze, au cours d'une réunion d'information tenue dans la salle des fêtes de la Communauté urbaine de Kribi, avec les populations de la cité balnéaire, avant sa descente sur le site. Ce sont Royal Haskoning, Sogrea, Geofor et Fugro dont les représentants ont eu l'occasion d'expliquer au public le rôle que chacun d'eux aura à jouer à ce niveau du projet.

L'on apprendra ainsi que la société Fugro dont l'un des bateaux est amarré à Kribi depuis plusieurs jours est chargée d'effectuer des investigations maritimes pour la bathymétrie sur la partie maritime du port. Elle aura à jauger, pendant huit semaines, la profondeur des eaux sur toute la partie maritime du futur port, afin de savoir avec précision où les différents bateaux pourront accoster, en fonction de leur taille. La société Geofor fera des études géotechniques sur la partie terrestre du futur port, en effectuant des prélèvements pour l'analyse des sols. Royal Haskoning a pour mission de réaliser des études environnementales et de proposer au comité de pilotage, un plan de relocalisation des populations à déguerpir sur le site. La société Sogrea, quant à elle, a la charge d'étudier les mouvements des vagues et des courants d'eau pour prévenir la stabilité de l'infrastructure. Les activités de ces sociétés permettront aux constructeurs, selon Louis Nlend Bahanack, le directeur du Projet, de disposer d'un solide dossier technique des ouvrages à construire sur le futur Port en eau profonde de Kribi.

Globalement, il est question pour ces quatre entreprises qui ont récemment reçu des ordres de services du gouvernement, de mener des investigations permettant de dimensionner les installations portuaires, de positionner le chenal d'accès, la digue de protection et les quais, et de faire des conceptions techniques de détail de ces ouvrages. Après ces travaux préparatoires qui se déroulent parallèlement avec le bornage du site débuté le 9 mars dernier, la construction proprement dite des installations purement portuaires démarrera en mars 2010.

Les opportunités d'affaires

D'un coût total estimé à 282 milliards Fcfa, le Port en eau profonde de Kribi, a déclaré Louis Paul Motaze, devrait entraîner la construction d'un complexe industrialo-portuaire associé, l'exploitation des mines et la construction d'autres voies de communication pour rallier le site. Pour cela, il faut disposer d'espace. On parle de la nécessité d'une superficie de 30 000 ha. Des aménagements portuaires sont prévus sur les sites de Kribi, Grand-Batanga, Mboro et Lolabè. Toutes les installations à mettre en place aboutiront en fin 2013, d'après le chronogramme défini par le comité de pilotage, à ce que Louis Paul Motaze appelle « complexe portuaire de Kribi ». A Kribi, le comité envisage un réaménagement du port existant pour faire prospérer des activités de cabotage, de pêche artisanale et de plaisance. A Grand-Batanga, ce sont des activités de tourisme balnéaire et de pêche industrielle qui sont attendues. A Mboro, le port général à caractère industriel et commercial, comprendra notamment un terminal conteneur, un terminal aluminium, un terminal hydrocarbures et un terminal polyvalent.

Selon le comité, il pourra accueillir des navires de 100 000 tonnes de capacité et 16 mètres de tirant d'eau. A Lolabè, un appontement fer pour l'exportation du minerai de fer est prévu pour recevoir des navires de 250.000 tonnes et 22 mètres de tirant d'eau. Autant de capacité que n'offrent pas les Ports de Douala et de Limbé, finalement complémentaire au port de Kribi, selon le comité. Pour les responsables du projet, le port en eau profonde de Kribi pourrait permettre de mettre en place une chaîne industrielle au Cameroun, avec le transport des minerais, leur transformation et leur exportation vers les filières d'utilisation dans les usines étrangères. Ils rêvent même d'assister éventuellement à la délocalisation de certaines firmes au Cameroun. Ce qui donnerait la possibilité au Cameroun de rattraper le déséquilibre de sa balance commerciale d'aujourd'hui. L'on soutient qu'il entraînera aussi la création d'emplois et des investissements divers. On parle ainsi d'un taux de rentabilité interne entre 11,5 et 16,3 % pour un bénéfice économique actualisé de plus de 66 à 266 milliards Fcfa sur 30 ans. Près de 400 km de voies ferroviaires s'ajouteront par ailleurs au réseau camerounais pour l'évacuation du fer de Mballam à l'Est pour Kribi.

L'exploitation et la possibilité d'évacuation du gisement de diamant estimé à 750 millions de carats dans la Boumba et Ngoko, le cobalt dans la région de Lomié toujours à l'Est, l'uranium dans les régions de Poli dans le Nord et de Lolodorf dans la Province du Sud sont également à l'ordre du jour. Mais l'optimisation de l'exploitation du port en eaux profondes de Kribi dépend du démarrage de nombre d'autres projets structurants en cours dans le pays, tels que la réalisation du barrage de Lom Pangar, qui est indispensable au triplement de la production d'Alucam.

Les doléances des populations

Le préfet de l'Océan estime que la construction du port en eaux profondes de Kribi va induire le déguerpissement des populations et la destruction de tous leurs biens sur une superficie de 26.655 hectares. Les ethnies Mabi, Batanga et les Pygmées sont concernées par cette délocalisation, pour laisser place au Port en eau profonde de Kribi. Au cours de la réunion d'information qui a précédé la descente de Louis Paul Motaze sur le site du projet, elles ont spontanément exprimé leurs doléances au sujet de ce déguerpissement annoncé autour des sites concernés. De même qu'elles ont voulu en avoir le cà "ur net sur leurs indemnisations et leurs relocalisations, telles que promises par le gouvernement. Louis Paul Motaze s'est voulu rassurant. Il a confié que tout est mis en à "uvre pour que tout se passe sans heurts. Il est revenu sur les missions confiées à Royal Haskoning, entreprise hollandaise qui s'occupera, entre autres, de l'étude d'élaboration du plan de relocalisation et de gestion sociale des populations affectées. « C'est une société étrangère. Vous n'avez pas besoin d'être inquiets. Elle agira en toute neutralité puisqu'elle ne connaît personne ici », a-t-il indiqué, avant de s'atteler à lire une partie du cahier de charge de Royal Haskoning. Plus concrètement, a-t-on appris, elle devra obtenir l'adhésion des populations riveraines affectées, établir des principes justes et équitables de compensation foncière, et enfin, assurer l'insertion socioculturelle des populations.

A terme, d'assurer un dédommagement sans faille des intéressés, le préfet de l'Océan a invité les détenteurs des titres fonciers sur ce site à se rapprocher de l'unité opérationnelle, qui effectuera des descentes sur le terrain en vue de procéder aux évaluations des biens des personnes à déguerpir, selon un chronogramme à établir. Au chapitre des emplois qui seront générés par le projet, les Kribiens ont souhaité obtenir le plus grand nombre de places possibles. En porte-parole de ses administrés, le maire de Kribi Grégoire Mbah Mbah, a souhaité que des mesures soient prises pour que le projet contribue considérablement à la réduction du taux de chômage dans sa ville de Kribi. Louis Paul Motaze a réaffirmé qu'à compétence égale, l'emploi reviendra au fils de Kribi, à condition qu'on en trouve de vraiment compétents. Pour se montrer plus convaincant, il a cité des noms de dignes fils de Kribi, membres du comité de pilotage du projet, signe que les intérêts des riverains seront préservés. Entre autres, il parle du Général Ngoa Ngali du ministère de la Défense, Melom Patrice des services du Premier ministre, Malonga Issoua Gérémi du ministère du Tourisme.

Au sein du Comité, ces personnalités, toutes originaires de Kribi, représentent leurs administrations. Près de 5000 emplois sont annoncés par le Comité de pilotage du projet.

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