Inter Press Service (Johannesburg)

Mozambique: La campagne anti-pauvreté cible les candidats

Zenaida Machado

22 Octobre 2009


Antonio Machava est debout devant le portail de sa ferme en train d'écouter des gens en campagne électorale. Ce groupe de jeunes affirme que leur parti se battra pour une loi visant à protéger les petits fermiers et créer des conditions leur permettant de prospérer.

"Ils disent cela toujours", déclare Machava. "Lorsque les élections sont terminées et qu'ils sont au parlement, ils changent leur programme. (Ensuite), nous ne sommes plus importants".

C'est la deuxième année que la récolte de mangues de Machava a échoué. Une invasion d'insectes et un manque d'eau et d'engrais ont détruit sa culture de fruits, qui était auparavant la principale source de revenus pour sa famille.

"C'est un désastre! J'ai abandonné! L'année dernière, certains de mes arbres continuaient par produire de fruits. Mais les mangues étaient petites et fades, et les gens me demandaient ce qui s'est passé avec les bonnes mangues que je cultivais dans le passé".

Machava est l'un des millions de Mozambicains qui cultivent pour se nourrir eux-mêmes et nourrir leurs familles, et vendre le surplus dans les marchés locaux. Environ 80 pour cent de la population du Mozambique, un pays au potentiel énorme pour la croissance agricole, vivent de la terre de cette manière, la plupart d'entre eux sur des fermes familiales.

Ce type d'agriculture est caractérisé par une dépendance de la main-d'oeuvre familiale et des niveaux de mécanisation faibles. Un appui comme les tracteurs, les engrais ou les pesticides n'est généralement pas disponible.

Machava, 47 ans, cultive des légumes, des oranges et des mangues, de même qu'il élève des poulets et canards pour les vendre dans les marchés locaux ainsi qu'aux voisins et amis.

L'argent qu'il gagne de ces activités sur son lopin d'un hectare a pu être suffisant pour subvenir aux besoins d'une famille de six personnes. Toutefois, dit-il, sa qualité de vie a baissé au cours des deux dernières années parce qu'il ne vend plus de mangues.

"Novembre et décembre constituent la période des mangues au Mozambique. J'avais l'habitude de me faire beaucoup d'argent à la fin de l'année. Cet argent m'aidait à acheter des fournitures scolaires et à payer les frais de scolarité de mes enfants au début de l'année suivante", se plaint Machava. "Maintenant, je ne sais pas quoi faire".

Un secteur ciblé pour un appui

Le gouvernement mozambicain a identifié la production agricole à petite échelle comme le principal outil pour lutter contre la pauvreté dans le pays.

Le ministère de la Planification et du Développement affirme que les développements agricoles ont joué un rôle très important dans la réduction de la pauvreté au cours des quatre dernières années au Mozambique. Selon des rapports officiels, le nombre de personnes vivant dans la faim a chuté, passant d'environ un million en 2004 à 120.000 en 2009.

Le gouvernement espère augmenter la production de céréales de 17 pour cent cette année, grâce à son Plan d'action pour la production alimentaire.

"Notre révolution verte a très bien réussi jusqu'à présent", explique Edmundo Galiza Matos Jr, un candidat aux élections législatives pour le parti au pouvoir, le Frelimo (Front de libération du Mozambique).

"Ce que nous devons faire ensuite, c'est de s'assurer que les agriculteurs ont accès aux moyens de production mécanisés. Nous voulons que les petits fermiers soient en mesure d'utiliser les nouvelles technologies dans l'agriculture".

Galiza Matos a souligné l'importance du Budget pour l'initiative à l'investissement local, un programme gouvernemental sous lequel environ sept millions de meticals (260.000 dollars US) sont transférés annuellement à chaque district pour financer des projets visant à accroître la production alimentaire et les emplois.

Le vrai impact remis en cause

Mais la société civile mozambicaine a une perspective différente des progrès réalisés par le gouvernement en matière de réduction de la pauvreté et de la faim.

"Nous faisons nos propres rapports sur la réduction de la pauvreté. C'est ce que nous appelons un 'rapport fantôme', dans lequel nous recueillons les perceptions et les témoignages oraux des citoyens ordinaires. Contrairement aux rapports du gouvernement, qui s'appuient sur des statistiques et sont purement quantitatifs, nos rapports sont qualitatifs", indique Erasmo Mabunda de 'Organic Agriculture, Biodiversity and Sustainable Development' (Agriculture biologique, la biodiversité et le développement durable), une ONG plaidant pour les progrès sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) au Mozambique.

Des rapports officiels indiquent que le Mozambique a atteint d'importants objectifs en matière de réduction de la pauvreté, avec le nombre de personnes vivant dans la pauvreté absolue diminuant, passant de 54 pour cent en 2003 à 45 pour cent en 2009.

"Mais les gens ordinaires ne voient pas une traduction de ces chiffres dans leur vie", affirme Mabunda. "Les prix deviennent de plus en plus élevés. Le panier des aliments de base est chaque jour plus coûteux et moins satisfaisant. Et si vous demandez aux gens s'ils sont moins pauvres... la réponse sera 'non'".

Des fermiers comme Antonio Machava n'ont pas pu bénéficier du Budget du gouvernement pour l'initiative à l'investissement local.

"J'ai essayé de faire une demande pour les fonds, mais malheureusement, il y avait très peu d'informations au niveau de l'administration de mon district. Je voulais l'argent pour acheter des engrais, mais le processus semblait trop compliqué et j'ai abandonné... J'ai fini par utiliser mes propres économies. Peut-être pourrai-je faire une nouvelle demande l'année prochaine", a expliqué Machava.

Les fermiers et d'autres personnes intéressées par l'obtention de fonds du Budget pour l'initiative à l'investissement local soumettent un projet d'entreprise précisant la manière dont ils vont utiliser l'argent - et la manière dont ils le rembourseront. Les administrateurs de district choisissent qui peut bénéficier de ces fonds. Selon le gouvernement mozambicain, ces fonds locaux ont appuyé 26.000 projets dans 128 districts, essentiellement dans l'agriculture et l'industrie à petite échelle.

Mais le principal parti de l'opposition au Mozambique accuse le gouvernement de n'avoir pas fait assez pour les petits agriculteurs et la production locale.

"Le Mozambique est un pays riche avec beaucoup de ressources en eau. Le problème est que nous n'avons pas de bonnes politiques agricoles qui incitent les gens à produire plus afin de lutter contre la pauvreté. Ce pays n'est pas pauvre. Il est appauvri", déclare Ivone Soares, une candidate de la RENAMO (Résistance nationale du Mozambique), un parti de l'opposition.

"Nous avons besoin d'une politique agricole qui répond aux besoins des fermiers mozambicains... Les agriculteurs ont besoin de trouver des voies pour vendre leurs produits dans les marchés... Ils ont également besoin des incitations et des exonérations fiscales lorsqu'ils achètent des outils de production comme le carburant, les tracteurs et les semences", a ajouté Soares.

L'édition de cette année de la campagne mondiale 'Levez-vous, agissez' en faveur de la réalisation des OMD, ciblera les candidats aux élections au Mozambique, prévues le 28 octobre.

Mabunda estime que c'est le moment idéal pour cet événement annuel. "Pendant la campagne électorale, les politiciens sont plus enclins à écouter notre message. Et cette année, notre message est que nous pouvons tous opérer un changement dans la lutte contre la pauvreté", a expliqué ce militant.

Les militants espèrent la participation d'au moins 15.000 personnes aux concerts, aux ateliers et aux meetings avec les politiciens, les religieux et les profanes - et une formation pratique pour les petits agriculteurs comme Antonio Machava.

"Nous saisissons cette opportunité pour montrer aux petits fermiers la façon dont ils peuvent être impliqués dans le processus de lutte contre la pauvreté et la faim. Nous leur enseignons des méthodes faciles pour enrichir le sol, et la façon de transférer les excédents d'une récolte à un moment ultérieur de crise ou de baisse de la productivité", explique Mabunda.

"Si chacun de nous, dans nos propres potagers, plante un arbre ou quelques légumes, nous serons tous en train de contribuer à la réduction de la faim. De petites actions individuelles peuvent faire une grande différence dans la lutte contre la pauvreté", a-t-il ajouté.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2009 Inter Press Service. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Mozambique

Rubriques